Macri doit avant tout trouver une majorité

Le libéral Mauricio Macri, tout juste élu président de l’Argentine, fait face à de redoutables défis : relancer et réformer la 3e économie d’Amérique latine et construire une majorité pour gouverner, sa coalition étant minoritaire au Parlement.

Après 12 ans de politiques de gauche du Kirchnérisme, l’Argentine a basculé dimanche à droite. « C’est la première fois depuis 1938 qu’un parti d’orientation conservatrice arrive au pouvoir de manière démocratique », souligne le politologue Gabriel Puricelli, faisant référence aux dictatures militaires qui ont jalonné le XXe siècle en Argentine.

M. Macri, 56 ans, a remporté la présidentielle lors d’un second tour inédit en Argentine, avec 51,4 % des voix contre 48,6 % à Daniel Scioli, le candidat soutenu par la présidente sortante Cristina Kirchner.

« C’est la première fois qu’un chef d’entreprise gagne une présidentielle en Argentine », observe un autre politologue Rosendo Fraga, et « la première fois qu’un chef de l’État vient du monde des sports ». Avant d’être maire de Buenos Aires, M. Macri, président de l’équipe, a conduit le prestigieux club de football Boca Juniors à tous les succès.

Ralliement?

Toutefois, nuance le politologue Gabriel Puricelli, « il gagne, mais avec une avance limitée, il ne contrôle ni la chambre des députés, ni le Sénat. Mais en tenant les caisses de l’État, il peut obtenir le ralliement de gouverneurs nécessitant des fonds publics et qui appelleront leurs parlementaires à appuyer le gouvernement », poursuit-il.

Lors de sa première conférence de presse lundi matin, Mauricio Macri n’a pas manqué d’adresser un message aux gouverneurs de l’opposition péroniste. « Nous allons mettre le pays en marche et nous réunir avec les gouverneurs qui sont inquiets pour les économies régionales, pour l’emploi ».

Le président élu a aussi annoncé la formation d’un « cabinet économique » rassemblant six ministres afin de dresser un état des réserves et des comptes de l’État.

Dimanche soir, il avait appelé les Argentins à remiser les différends qui ont surgi au fil des 12 ans de Kirchnérisme, tout en soulignant que cela ne signifiait pas des petits arrangements entre amis et qu’il mettrait « fin à l’impunité », dans un pays rongé par la corruption.

Fragile coalition

Mauricio Macri n’était pas favori, mais il a su créer une large coalition autour du parti de droite qu’il a fondé, le PRO, intégrant notamment les radicaux de l’UCR (centre gauche), un parti historique tombé en disgrâce après la crise économique de 2001. « Maintenant, fait remarquer le politologue Mariano Aguas, il doit transformer sa coalition électorale en coalition de gouvernement ».

Sur le front économique, un règlement du conflit avec les « fonds vautours » sur la dette et une politique monétaire rompant avec la surévaluation du peso et le contrôle de l’accès aux devises font partie des priorités de l’administration Macri.

« Les premiers défis sont comment sortir l’Argentine de la stagnation sans affecter l’emploi et sans renforcer l’inflation », qui atteint déjà 30 %, observe Gabriel Puricelli.

Mauricio Macri « est un chef d’entreprise qui s’est transformé en dirigeant politique. Il ressemble en cela à des chefs d’État comme Sebastian Pinero [Chili], Horacio Cartes [Paraguay], Silvio Berlusconi [Italie]. Il est de centre droit, plus à droite sur des questions comme l’avortement. On peut le comparer à l’Espagnol Mariano Rajoy », ajoute-t-il.

En terme de politique étrangère, il entend rompre avec l’alignement de Buenos Aires sur l’axe passant par le Venezuela, Cuba, la Chine et la Russie afin de repositionner le pays dans son espace diplomatique naturel : Brésil, premier partenaire commercial, Europe et États-Unis.

Quant à l’assurance qu’il accomplira son mandat de 4 ans jusqu’au bout… « Des quatre présidents non péronistes élus depuis 1945, rappelle Rosendo Fraga, aucun n’a terminé son mandat. Les deux premiers ont été renversés par un coup d’État, les deux autres par des crises économiques qui ont rendu le pays ingouvernable. »

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