Jimmy Morales: les défis de l'acteur-président

Élu dimanche président du Guatemala à l’issue d’un véritable raz-de-marée électoral, l’acteur comique Jimmy Morales devra surmonter son manque d’expérience politique pour diriger ce pays d’Amérique centrale miné par la corruption, la pauvreté et l’insécurité.

Âgé de 46 ans, le candidat du parti de droite FCN-Nacion a raflé 67,44 % des suffrages exprimés selon les résultats définitifs, laissant sur le carreau sa concurrente et ex-Première dame Sandra Torres, 60 ans.

Dans sa première intervention publique après son élection, Jimmy Morales a rappelé que sa priorité serait « la guerre contre la corruption », un fléau qui ronge le Guatemala, comme l’illustre le récent placement en détention provisoire du précédent chef de l’État, Otto Pérez, accusé dans le cadre d’un vaste scandale de corruption au sein des douanes.

Restructurer et assainir l’administration sera l’un des défis majeurs du futur président, qui ne pourra s’appuyer que sur les 11 députés de son parti dans un Parlement comptant 158 sièges.

Jimmy Morales, qui était devenu célèbre grâce son rôle de Neto, un cowboy naïf sur le point de devenir président par accident mais qui se repent à la dernière minute, prendra ses fonctions le 14 janvier prochain.

Lui et son équipe économique devaient se réunir lundi avec le Congrès afin de discuter de ses priorités budgétaires de l’année à venir : la lutte contre la malnutrition, l’approvisionnement des hôpitaux en médicaments et le soutien aux producteurs du pays.

Mais c’est sur sa capacité à lutter contre la corruption qu’il sera le plus étroitement surveillé, le Guatemala ayant été secoué entre avril et septembre par un mouvement de protestation populaire historique sur ce thème.

« Ce que nous souhaitons du nouveau gouvernement, ce sont des résultats concrets dès le premier jour. Nous voulons voir ce combat contre la corruption, avec des résultats mesurables », a mis en garde Jorge Briz, président du Comité de coordination des associations agricoles, commerciales, industrielles et financières (Cacif), qui représente le patronat guatémaltèque.

« Le nouveau président l’a dit et c’est ce que nous exigeons tous : un combat contre la corruption. Nous voulons un nouveau gouvernement honnête, compétent et avec des résultats immédiats », a-t-il insisté.

Il est impossible de gouverner un pays où « 30 à 40 % des dépenses de l’État sont contaminées par la corruption », a-t-il souligné, demandant également des résultats en matière de santé publique, d’éducation, d’infrastructures, ainsi qu’une lutte contre la pauvreté.

Au Guatemala, pays le plus peuplé d’Amérique centrale (15,8 millions d’habitants), 53,7 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, selon la Banque mondiale. Et ce sont près de 6000 morts violentes par an qui sont enregistrées, en faisant l’un des pays les plus dangereux du monde.

 

Dans le même temps, l’éducation n’a plus de moyens et les hôpitaux publics souffrent du manque de médicaments. Les faibles recettes fiscales, 10 % du PIB, ne facilitent pas les choses.

Faible participation

L’écrasante victoire de M. Morales doit par ailleurs être nuancée par le faible taux de participation au second tour : seuls 56,32 % des électeurs se sont rendus aux urnes.

Et la faible représentation parlementaire de son parti met le futur gouvernement en position de faiblesse au cas où éclaterait un nouveau scandale de malversations.

« Le grand défi est d’éviter qu’il y ait des accusations de corruption, car face à la faible légitimité du prochain gouvernement, c’est quelque chose qui pourrait provoquer de nouvelles manifestations », comme celles qui ont contraint le président Otto Pérez à la démission début septembre, estime Cristhians Castillo, analyste politique à l’Institut des problèmes nationaux de l’Université de San Carlos.

Selon lui, Jimmy Morales, par son profil atypique et son absence totale d’expérience politique, suscite beaucoup d’attentes et sera soumis à une attention méticuleuse de la population.

Le futur président a assuré qu’il continuerait à travailler avec la Commission internationale contre l’impunité au Guatemala (Cicig), mission spéciale des Nations unies unique au monde, dont le travail commun avec le parquet a permis de révéler les récents scandales de corruption.

Enfin, il a annoncé qu’il offrirait plus de moyens à la justice afin de poursuivre ses actions contre la corruption.

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Des acteurs devenus politiciens : Jimmy Morales ; Arnold Schwarzenegger, gouverneur de la Californie (2003-2011) ; Ronald Reagan, président des États-Unis (1981-1989) ; Joseph Estrada, président des Philippines (1998-2001) ; Beppe Grillo, chef et fondateur du Mouvement 5 Étoiles italien ; Michel Martelly, président d’Haïti (2011-2015). (montage : AFP)