La paix au bout du tunnel

Engagés dans des négociations de paix depuis près de trois ans, à La Havane, le gouvernement colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) sont plus près que jamais d’un accord. En guerre depuis plus de 50 ans, et 220 000 morts plus tard, les parties se sont donné jusqu’à mars pour parvenir à un accord complet. Où en sont les négociations ? Que reste-t-il à faire ? Explications de Nicolas Rodriguez, doctorant en histoire du conflit colombien et membre du CERIUM.​
 

Les parties sont assez avancées dans les négociations. Qu’est-ce qui a été conclu jusqu’à présent ?

Il y a tout d’abord la question des terres, très importante pour les FARC, puisqu’elles forment une guérilla de paysans. Elles se sont entendues avec Bogotá pour conserver un contrôle sur la gestion de celles-ci dans certaines zones. Leur gestion est plus communautaire et similaire à celle employée par les Afro-Colombiens et les indigènes.

L’accord prévoit aussi que les rebelles participeront au démantèlement des réseaux de narcotrafic qui les ont financés. Dès le milieu des années 1980, le narcotrafic est devenu la principale source de financement des FARC, qui ont toujours assuré la protection et le contrôle des terres où est cultivée la feuille de coca.

Troisièmement, l’État s’engage à faciliter la transformation des FARC en mouvement politique autorisé à participer à la démocratie. Et sans les armes. Il est très important de le spécifier, car les tentatives passées d’insérer les FARC dans le jeu politique omettaient leur désarmement. Et ce fut un échec. Dans la guerre qui avait repris par la suite, 30 000 membres des FARC ont été assassinés.

Enfin, un accord a été conclu fin septembre sur la question centrale de la justice. C’est à ce moment que les FARC et Bogotá se sont engagés à conclure un accord définitif d’ici cinq mois, une première. C’est aussi une première que les FARC acceptent de se soumettre à un tribunal qui jugera une série de crimes qui ne sont pas amnistiables : déplacements forcés, crimes contre l’humanité, crimes de guerre, etc. La formule retenue veut que s’ils admettent leur responsabilité, les coupables bénéficient de peines d’entre cinq et huit ans de restriction de liberté. Reste à savoir ce que ce dernier terme signifie concrètement. Pour en bénéficier, les FARC doivent aussi respecter l’engagement d’offrir réparation à leurs victimes. Une « commission de vérité historique » aura trois ans pour recenser l’ensemble des violences.

Plusieurs tentatives de paix avec les FARC ont échoué. Qu’est-ce qui est différent cette fois-ci ?

L’État colombien est plus fort qu’il ne l’était, politiquement et militairement. Cela rend les négociations plus faciles pour le gouvernement.

La situation est aussi plus calme en raison de la démobilisation des forces paramilitaires, les Autodéfenses unies de Colombie (AUC), qui étaient en lutte contre les FARC. Entre 2003 et 2006, plus de 30 000 membres des AUC ont été démobilisés. Il est vrai, toutefois, que plusieurs d’entre eux se sont réinsérés dans d’autres réseaux violents et criminels, comme le narcotrafic.

Autre fait nouveau : la reconnaissance des victimes. Dans les années 1980, la figure de la victime n’était pas importante. Or en reconnaissant les droits des victimes dans la présente entente, il sera plus facile pour le gouvernement de rendre cet accord de paix acceptable.

Enfin, le président colombien, Juan Manuel Santos, a reconnu que les FARC forment un groupe armé. C’est un élément de langage très important, car les FARC deviennent ainsi un groupe avec lequel il est possible d’utiliser les outils de la justice internationale humanitaire. Auparavant, le gouvernement Uribe avait qualifié pendant huit ans les FARC de terroristes, ne laissant que la lutte armée comme option.

Les parties se donnent jusqu’au 23 mars 2016 pour signer un accord complet. Que reste-t-il à faire ?

Une fois que les détails de la justice transitionnelle seront réglés — c’est ce qu’il reste de plus important —, il faudra aborder la question des mines antipersonnel, que les FARC ont longtemps utilisées. Il y a beaucoup de territoire miné en Colombie. Il faut aussi déterminer le sort des armes des FARC. Doivent-elles les rendre ? Les détruire ?

Enfin, même si les deux parties signent l’accord final, il faudra convaincre les Colombiens. Or selon un sondage récent, seulement 38 % préfèrent les négociations à la guerre contre les FARC. Sur la scène politique, il y a aussi une division politique profonde entre ceux qui veulent la paix et les partisans d’Uribe, très nombreux, qui s’y opposent.

Le président cubain Raul Castro (au centre) encourage le président colombien, Juan Manuel Santos, et le commandant des FARC Timoleon Jimenez à se serrer la main.

Photo: Desmond Boylan Associated Press


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