Sprint final dans la course aux 100 milliards pour le climat

Lima — La course aux 100 milliards de dollars par an pour le climat entre dans le sprint final à Lima, à deux mois de la cruciale réunion de Paris — mais il reste quelques haies à franchir.

Réunis dans la capitale péruvienne, les grands argentiers du monde ont fait quelques foulées supplémentaires avec environ 15 milliards promis dans l’escarcelle, en 2020, par les différentes banques de développement.

« Nous attendions beaucoup des banques multilatérales […] et elles ont été au rendez-vous », s’est félicité le ministre français des Finances Michel Sapin dans la capitale péruvienne, à l’issue d’une réunion climat à laquelle quelque 50 pays et institutions ont participé.

Ce montant et de nouvelles contributions des États viendront s’ajouter aux 62 milliards de dollars annuels déjà alloués par la communauté internationale pour soutenir financièrement les pays du Sud dans la lutte contre le réchauffement de la planète.

Ce nouvel effort a été notamment apporté par la Banque mondiale, la Banque africaine de développement et la Banque européenne de reconstruction et de développement, qui se sont engagées à augmenter la part de leurs investissements consacrés à des projets verts.

L’objectif de 100 milliards par an d’ici à 2020 semble désormais être à portée de main, même si des contributions du secteur privé seront décisives.

« Nous ne sommes pas au bout, il y a encore du chemin devant nous. Ce sont souvent les derniers pas qui sont les plus difficiles », a ajouté M. Sapin, tandis que son homologue des Affaires étrangères Laurent Fabius, saluait une bonne « dynamique ».

Faible effort public

Selon les experts, les gouvernements ne sont toutefois pas dispensés d’efforts supplémentaires.

« Les acteurs multilatéraux peuvent faire plus, mais les pays aussi doivent faire plus », estime pour l’AFP le sous-secrétaire général de l’ONU sur le changement climatique, Janos Pasztor, le « Monsieur climat » de Ban Ki-moon.

Une opinion partagée par Isabel Kreisler, experte en politique du changement climatique chez l’ONG Oxfam. « Les banques multilatérales de développement et les gouvernements devraient payer plus. »

Dans l’Union européenne, il reste ainsi une dizaine de pays qui n’ont pas encore donné le détail de leurs efforts. À Lima, le Luxembourg et les Pays-Bas ont annoncé qu’ils feraient un effort, selon le ministère français des Finances.

À Lima, « je réitérerai la nécessité d’être dans les temps, je continuerai à mettre une pression positive sur les États membres mais je n’ai pas d’inquiétude sur le fait que l’Europe sera au rendez-vous de Paris », a déclaré à l’AFP le Commissaire européen aux Affaires économiques Pierre Moscovici.

Hors d’Europe, certains pays doivent encore dévoiler leur jeu, rappelle Mme Kreisler : Japon, Canada, Australie, entre autres.

La part des prêts

Mais malgré les efforts supplémentaires engrangés à Lima, pour certaines ONG, une bonne partie des fonds comptabilisés par l’OCDE ne devraient pas être considérés comme de l’aide, réduisant d’autant la portée de ce chiffre de 100 milliards.

« Tout ce qui brille n’est pas or », affirme à l’AFP Mme Kreisler, estimant que sont considérés comme verts les financements de certains projets qui ne sont pas toujours liés au changement climatique (dans l’agriculture par exemple), ou que les sommes recensées par l’OCDE comportent de trop nombreux prêts, qui devront donc être remboursés.

Pour Denis Voisin, de la fondation Hulot, il « reste des problèmes sur la comptabilisation retenue, qui inclut beaucoup de prêts ». « Nous insisterons pour qu’il y ait une part de dons plus importante, c’est l’un des enjeux pour Paris. »

« Pour le moment, le rapport de l’OCDE est un rapport des pays du Nord […] et c’est très bien, mais maintenant il faut que tous les pays puissent être engagés dans ce processus », estime M. Pasztor.

De même, il y a un débat persistant sur la répartition des fonds entre aides destinées à réduire les émissions de gaz à effet de serre, et aide à l’adaptation des pays défavorisés à faire face au changement climatique, ce volet étant considéré par beaucoup comme un parent pauvre.

Une situation que la France dit vouloir changer. « L’adaptation est un enjeu essentiel dans l’accord de Paris, en particulier pour les pays les plus pauvres et les plus vulnérables au changement climatique », a déclaré vendredi M. Sapin.

Lutte contre l’optimisation fiscale

Rassemblées au Pérou pour l’assemblée générale FMI-Banque mondiale, les grandes puissances avaient plus tôt dans la journée célébré un moment « historique » après avoir approuvé un plan de lutte contre l’optimisation fiscale.

« Il ne s’agit pas simplement de redresser nos finances publiques mais également de regagner la confiance de nos citoyens », a déclaré Angel Gurria, le secrétaire général de l’OCDE qui a supervisé la création de ce mécanisme.

Le dispositif, qui doit recevoir en novembre lors du sommet du G20 d’Antalya l’onction des chefs d’États et de gouvernement, vise à freiner les techniques d’optimisation fiscale qui feraient perdre jusqu’à 240 milliards de dollars par an de recettes fiscales aux États.

Élaboré depuis trois ans, ce plan d’action doit compliquer la tâche des grandes entreprises qui font « disparaître » leurs bénéfices ou les transfèrent dans des territoires à faible fiscalité « où ne se déroule aucune activité économique », détaille l’OCDE.

Les géants américains Google, Starbucks ou Apple ont récemment été dans le collimateur des autorités pour avoir ainsi artificiellement fait fondre leur ardoise fiscale.

« Ce n’est pas une question de payer des impôts élevés ou faibles, il s’agit simplement de payer des impôts » a relevé le ministre britannique des Finances, George Osborne.

Le Luxembourg, accusé d’avoir accordé des tarifs fiscaux à des multinationales, s’est associé à ce mouvement en appelant à mettre en place des « conditions de jeu équitables pour tous ».

Le plan doit désormais entrer dans une phase délicate de mise en oeuvre. « Il faut que ce soit appliqué sans quoi ce ne sera qu’un bout de papier », a déclaré le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble.

L’ONG Oxfam s’est montrée très critique, en jugeant que ce plan « servait les intérêts des pays riches » et qu’il ne traitait pas tous les États sur un « pied d’égalité ».

Les pays pauvres sont, de fait, en embuscade et espèrent ne pas être tenus à l’écart de ce dispositif qui vient compléter un arsenal permettant déjà l’échange automatiques de données bancaires pour lutter contre l’évasion fiscale des particuliers.

Ces deux avancées ont en tout cas quelque peu éclipsé les inquiétudes sur l’économie mondiale qui se sont fait jour depuis le début de la semaine au Pérou, premier pays sud-américain à accueillir une assemblée FMI-Banque mondiale depuis près de 40 ans.

La venue de ces institutions n’a toutefois pas été du goût de tous. Tenus à l’écart du centre de conférences par des barrages policiers, quelque 2000 manifestants ont défilé aux cris de « Banque mondiale, terreur universelle » ou « Impérialistes, “ go home ! ” ».

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