Raúl Castro appelle Obama à alléger davantage les sanctions

La Havane — Le président cubain, Raúl Castro, a demandé à son homologue américain Barack Obama d’« approfondir » l’allégement des sanctions économiques contre l’île, lors d’une conversation téléphonique vendredi après-midi.

Lors de cet échange tenu peu après l’annonce par le département du Trésor américain « de la levée de nouvelles restrictions », M. Castro a « insisté sur la nécessité d’approfondir la portée [de ces mesures] et de supprimer définitivement la politique d’embargo » contre Cuba, indique un communiqué du ministère des Affaires étrangères.

À Washington, la Maison-Blanche s’est aussi fait l’écho de cette conversation, indiquant que les deux chefs d’État avaient « discuté des étapes que les États-Unis et Cuba pouvaient franchir, ensemble et individuellement, pour faire progresser la coopération bilatérale, même si nous continuerons à avoir des différents sur des sujets importants ».

La Havane et Washington ont aussi mentionné, parmi les différents sujets passés en revue, la visite du pape à Cuba à partir de samedi et les progrès réalisés depuis leur rencontre au Sommet des Amériques de Panama en avril dernier.

Ni la Maison-Blanche ni le ministère cubain n’ont en revanche indiqué qui avait eu l’initiative de cette conversation. Il s’agissait du troisième entretien téléphonique entre les deux hommes après celles du 16 décembre 2014, à la veille de l’annonce historique du dégel entre les deux pays, et celle du 8 avril, avant le Sommet des Amériques.

Premières mesures

Après une première série de mesures le 16 janvier dernier, les États-Unis ont de nouveau allégé vendredi les restrictions commerciales pesant sur Cuba, marquant une nouvelle étape du dégel entre les deux anciens ennemis de la guerre froide, après le rétablissement de leurs relations diplomatiques en juillet dernier.

Les États-Unis n’ont toutefois pas mis un terme à l’embargo qui frappe l’île communiste depuis plus de cinquante ans.

« Une relation États-Unis-Cuba plus forte et plus ouverte a le potentiel de créer des opportunités américaines pour les Américains et les Cubains », a estimé le secrétaire au Trésor américain, Jacob Lew, dans un communiqué. Il a ajouté que les États-Unis cherchaient ainsi à soutenir la volonté des Cubains d’obtenir une « liberté économique et politique ».

Principale innovation, les limites sur le montant des transferts de fonds de la diaspora cubaine vers leur île seront purement et simplement levées à partir de lundi, selon le communiqué du Trésor.

Auparavant, les envois étaient plafonnés à 2000 dollars par trimestre et par individu tandis que les Américains et Cubains ne pouvaient physiquement ramener sur l’île que respectivement 10 000 et 3000 dollars.

Source cruciale de revenus pour des Cubains étranglés par l’embargo, ces transferts sont actuellement estimés à 5 milliards de dollars par an, selon des estimations non officielles.

Autre nouveauté, des ressortissants américains pourront désormais légalement ouvrir des bureaux, commerces ou entrepôts sur l’île communiste et créer des co-entreprises avec des Cubains dans le domaine des télécommunications et d’Internet, un domaine que Washington cherche à libéraliser au plus vite.

À la faveur d’une première vague d’allégements annoncée en janvier, les États-Unis avaient ainsi dévoilé une série de mesures visant à encourager les exportations dans le secteur des télécommunications, que ce soit au niveau des infrastructures, des logiciels ou des terminaux grand public.

À partir de lundi, les banques seront également autorisées à « ouvrir et maintenir » des comptes pour des ressortissants cubains hors de leur île.

« Les réglementations publiées aujourd’hui sont destinées à soutenir l’émergence d’un secteur privé cubain », a commenté la secrétaire américaine au Commerce Penny Pritzker, également citée dans le communiqué.

Si les voyages touristiques sont toujours interdits, les possibilités de visites vers Cuba sont à nouveau élargies, notamment s’agissant de « familles proches » pour des mariages ou des adoptions ou des actions « humanitaires ».

Les États-Unis ont également posé les jalons d’une possible reprise de vols réguliers avec la Havane en autorisant « au cas par cas » l’exportation de matériels destinés à l’aviation civile afin notamment de contrôler les passagers ou d’assurer la sécurité des vols, détaille le Trésor dans son communiqué.

Ébrécher l’embargo

Avec cette nouvelle série de mesures, l’administration Obama cherche surtout à ébrécher l’embargo économique, dont la levée totale ne peut être décidée que par un Congrès dominé par l’opposition républicaine et hostile au rapprochement avec La Havane.

Décrété en 1962 et renforcé par la loi Helms-Burton de 1996, cet arsenal interdit notamment aux entreprises américaines ou de pays tiers de faire affaire avec Cuba et restreint les déplacements vers l’île des Caraïbes.

À la mi-juillet, le président cubain Raúl Castro avait exhorté l’administration Obama à faire usage « de ses pouvoirs exécutifs pour démanteler certains aspects » de l’embargo qui continue à isoler l’île économiquement.

À la mi-août, son frère et prédécesseur, Fidel Castro, avait, lui, évalué à plusieurs « millions de dollars » le préjudice subi par son pays du fait de cet arsenal auquel la candidate à l’investiture démocrate pour la Maison-Blanche Hillary Clinton a appelé fin juillet à mettre un terme « une fois pour toutes ».

Ce n’est pas le seul obstacle à la normalisation complète des relations entre les deux pays : Washington et La Havane devront également s’entendre sur la fermeture de la base américaine de Guantánamo et sur l’indemnisation des expropriations menées après la révolution castriste de 1959.

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