Une frontière sous haute tension politique

Des citoyens vénézuéliens sont rentrés au pays récemment au poste-frontière de Paraguachon.
Photo: Federico Parra Agence France-Presse Des citoyens vénézuéliens sont rentrés au pays récemment au poste-frontière de Paraguachon.

Entre le Venezuela, socialiste et bolivarien, et l’ultralibérale Colombie, la frontière de 2219 kilomètres de long fait le bonheur des trafiquants en tout genre. Drogue, armes, pétrole, guérilleros, paramilitaires, bétail, farine et dentifrice, tout y passe. Entre Caracas et Bogotá, les relations n’ont jamais été faciles, mais la conjoncture politique récente les a rendues explosives.

En décidant, le 20 août, de fermer partiellement et sans préavis la frontière, le président vénézuélien, Nicolas Maduro, a pris l’initiative d’une crise diplomatique qui a conduit au rappel des ambassadeurs des deux pays. Et à une de ces escalades verbales dont les deux pays ont le secret. « Complice de tentative d’assassinat », « coupable de crime contre l’humanité » : les présidents se traitent en criminels. De l’avis des observateurs, la crise doit être lue à la lumière des élections législatives du 6 décembre au Venezuela.

C’est officiellement pour lutter contre les « paramilitaires colombiens et les contrebandiers » que la frontière a été fermée, d’abord à la hauteur de la ville de San Antonio de Tachira, puis sur toute la portion nord, enfin dans l’Apure, mardi 15 septembre. L’état d’exception a été déclaré dans 23 municipalités. Et plus d’un millier de sans-papiers colombiens ont été expulsés par la garde nationale vénézuélienne, leurs masures marquées d’un D pour « démolition ». Dix-huit mille autres ont choisi de rentrer en Colombie, par crainte d’une expulsion.

Échéances électorales

Le chaviste Maduro se défend de toute xénophobie. Depuis les années 1970, des centaines de milliers de Colombiens ont émigré au Venezuela, eldorado pétrolier et havre de paix, et y sont restés. Mais jamais une élection ne s’est présentée sous un jour aussi difficile pour les héritiers d’Hugo Chávez. Le prix du baril de pétrole a chuté de 60 % en 18 mois et la crise économique tourne à la catastrophe. Le Parti socialiste unifié du Venezuela, la formation présidentielle, risque de perdre sa majorité au Parlement.

En fermant la frontière et en agressant verbalement le gouvernement colombien, Nicolas Maduro cherche-t-il à mobiliser son électorat populaire ? Entend-il éviter le débat économique ?

Côté colombien, la politique intérieure et les élections municipales du 25 octobre pèsent également. Avant de devenir ministre de la Défense du très droitiste président, Álvaro Uribe, Juan Manuel Santos n’avait jamais caché son aversion pour le régime d’Hugo Chávez. Président à son tour, M. Santos s’est distancé de son prédécesseur pour se rapprocher du Venezuela et engager un processus de paix avec la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC).

Álvaro Uribe, désormais sénateur et toujours populaire — notamment au sein de l’armée colombienne —, tire à boulets rouges sur cette politique de paix. La crise de la frontière, pourtant prévisible, a pris M. Santos par surprise et le met en porte à faux. S’il se montre conciliant, il perd des points face à M. Uribe, à six semaines des élections. S’il élève la voix, il prend le risque d’envenimer les choses. C’est pourtant le choix qu’il semble faire. La solution des problèmes de la frontière attendra. L’indispensable coopération, aussi.