Lula revient dans l’arène politique

L’ancien chef de l’État brésilien, Luiz Inácio Lula da Silva, n’exclut pas de se présenter à l’élection de 2018, et défend sa protégée Dilma Rousseff, qu’un scandale de corruption a fait chuter à 8 % de popularité.

« J’ai repris mon envol », a proclamé samedi Lula. L’annonce est lyrique mais pas anodine : l’ancien président du Brésil revient dans l’arène politique, plus de cinq ans après l’avoir désertée. Il s’exprimait à São Bernardo do Campo, cité ouvrière de la banlieue de São Paulo où son mythe a pris racine : il y fut métallo, à 14 ans, dans l’automobile, puis leader syndical, fondateur du Parti des travailleurs (PT), député et devint enfin président de la République, de 2003 à 2011.

La veille, interrogé par une station de radio du Minas Gerais, Lula avait déjà reconnu qu’il n’excluait pas de se représenter à la magistrature suprême pour l’échéance de 2018. À la question « Serez-vous candidat ? », il avait répondu : « Je ne peux pas dire que je le serai, ni que je ne le serai pas. […] Mais une chose est sûre : si l’opposition pense avoir gagné d’avance et que le PT est fini, qu’elle sache que, si c’est nécessaire, j’irai au combat et je me battrai pour l’empêcher de l’emporter. »

La situation qui pousse le vieux lion de gauche à quitter sa retraite à bientôt 70 ans est en effet dramatique : sa protégée Dilma Rousseff est devenue la présidente la plus impopulaire du Brésil depuis 1985, date du retour à la démocratie après la dictature militaire. Seulement 8 % des Brésiliens lui font confiance, quelques mois seulement après l’avoir réélue (de justesse, certes) pour un deuxième mandat de quatre ans. Dilma et la coalition de centre-gauche au pouvoir sont empêtrés dans un scandale de corruption au sein de la compagnie pétrolière publique Petrobras. Et elle peine à imposer un ajustement budgétaire au Parlement, et à ses propres partisans. Conséquence : l’opposition de droite reprend l’offensive et des manifestations massives, ces dernières semaines, ont exigé la destitution de la présidente.

Samedi, lors de la rencontre organisée par l’Institut Lula, à laquelle participait aussi l’ancien président de l’Uruguay, José Mujica, icône vénérée de la gauche latino-américaine, l’ancien président soulignait les progrès accomplis par le Brésil à son initiative, en matière de justice sociale, d’éducation ou de logement.

La hantise de voir ces acquis remis en cause par un retour de la droite est un argument porteur pour l’électorat populaire, base du PT. L’an dernier, le soutien de Lula à Dilma avait déjà été décisif, lorsqu’il avait participé à ses meetings électoraux, redynamisant avec son prestige et son charisme une campagne mal engagée. Aujourd’hui, la partie s’annonce encore plus difficile, et les trois longues années avant la présidentielle risquent de ressembler à un chemin de croix pour la gauche au pouvoir.

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