Un drame humanitaire guette le Venezuela

Sur fond d’inflation galopante et de pénuries récurrentes, les files d’attente devant les supermarchés et les pharmacies alimentent les tensions.
Photo: Federico Parra Agence France-Presse Sur fond d’inflation galopante et de pénuries récurrentes, les files d’attente devant les supermarchés et les pharmacies alimentent les tensions.

La crise vénézuélienne va-t-elle virer au drame humanitaire ? Le risque existe, répond un récent rapport de l’organisation International Crisis Group (ICG). Intitulé Venezuela : un désastre qui n’a rien de naturel (An Unnatural Disaster), le document décrit la détérioration de la situation économique et la dégradation du climat politique, alors que démarre la campagne électorale pour les élections législatives du 6 décembre prochain. L’ICG s’inquiète du risque de dérapage. Et appelle les pays voisins à se mobiliser pour éviter « une tragédie » au pays de la révolution bolivarienne.

Sur fond d’inflation galopante et de pénuries récurrentes, les files d’attente devant les supermarchés et les pharmacies alimentent les tensions. L’exaspération des consommateurs vénézuéliens tourne sporadiquement à la violence. L’observatoire des conflits sociaux a ainsi recensé 56 cas de pillage depuis le début de l’année et quelque 500 manifestations de mécontentement. Les réseaux sociaux sont envahis d’images d’étalages vides. Et de vidéos d’empoignades, filmées à l’occasion d’un arrivage de viande ou de lait.

« Cinquième colonne des États-Unis »

Vendredi 31 juillet, un homme a été tué par balle au cours d’une échauffourée dans la ville de San Felix, dans le sud du pays, où plusieurs magasins ont été dévalisés. La police est intervenue. De source officielle, 60 personnes ont été arrêtées. Le président Nicolas Maduro accuse l’opposition, « cinquième colonne des États-Unis », d’avoir organisé l’incident. Et de chercher le chaos. Trois ans après la mort d’Hugo Chávez (1999-2013), M. Maduro n’a d’autre discours que celui de son mentor, ni d’autre politique.

La semaine dernière également, le gouvernement a donné ordre à l’armée d’occuper un centre de distribution d’aliments à La Yaguara, dans l’ouest de Caracas, pour y construire à terme 70 000 m2 de logements sociaux. La mesure se veut populaire, à quatre mois des élections. Mais l’expropriation des entrepôts, utilisés par des entreprises telles que Polar (la première compagnie alimentaire vénézuélienne) et Nestlé, pourrait perturber encore l’approvisionnement de la capitale.

La table de l’unité démocratique (MUD), qui réunit les principaux partis d’opposition, dénonce l’incompétence et la gabegie du gouvernement, la corruption qui règne à tous les échelons. La MUD a appelé à une grande manifestation « contre la faim et l’insécurité », pour le samedi 8 août.

« Faim ? Non, admet Gisela, une opposante âgée de 38 ans. Il manque plein de trucs dans les magasins, mais tous nos placards sont remplis de provisions. Le vrai problème, ce sont les médicaments. Et l’incertitude. » Les pénuries d’aliments masquent au quotidien la gravité de la situation sanitaire. Les hôpitaux et les centres de santé manquent de matériel, les pharmacies, de tout. Trop souvent, malades et femmes enceintes errent d’un hôpital à l’autre avant de trouver une place. La santé, fleuron des belles années de la révolution bolivarienne, est, elle aussi, dans le rouge.

Délinquance record

Faim ? « Pas encore », répondent les économistes, que l’épuisement des réserves monétaires et des stocks de nourritures inquiète. Les réserves internationales ont fondu de 9 milliards de dollars depuis le début de l’année. Le PIB devrait, lui, chuter de 7 %, selon le FMI. Douzième producteur de pétrole, le Venezuela importe plus de 70 % des aliments qu’il consomme. C’est dire si les politiques lancées par Hugo Chávez ont échoué à limiter la dépendance du pays et si la chute du prix du baril inquiète.

Dans les sondages, le coût de la vie et la crainte de manquer ont déplacé l’insécurité au rang des grands problèmes. La délinquance continue pourtant de battre des records. Le taux d’homicides (56 pour 100 000 habitants, selon les chiffres officiels, 82 pour 100 000, selon l’Observatoire vénézuélien de la violence) fait du Venezuela le deuxième pays le plus violent au monde, après le petit Honduras.

Pour la première fois en 16 ans, l’opposition part favorite pour le scrutin législatif du 6 décembre. Mais, discréditée par ses divisions, la MUD peine encore à convaincre les déçus du chavisme. Le gouvernement en place brandit la menace de la violence, en cas de défaite.

Mercredi 5 août, l’épouse de Nicolas Maduro, Cilia Flores, a fait officiellement acte de candidature à l’Assemblée nationale. Le Conseil national électoral a refusé d’enregistrer les candidatures de personnalités d’opposition ayant fait l’objet de sanctions administratives. C’est notamment le cas de l’ex-parlementaire Maria Corina Machado, une des dirigeantes les plus radicales de la MUD, interdite de fonction publique pour 12 ans.

À Washington, le département d’État a demandé, mercredi, la levée de ces mesures visant les candidats d’opposition. Et réclamé la présence d’observateurs étrangers le 6 décembre. La ministre des Relations extérieures a dénoncé cette nouvelle « ingérence » des États-Unis. Le président Nicolas Maduro l’a dit : « Personne ne surveille, ni ne surveillera le Venezuela. »

Il manque plein de trucs dans les magasins, mais tous nos placards sont remplis de provisions. Le vrai problème, ce sont les médicaments. Et l'incertitude.

3 commentaires
  • Richard Bérubé - Inscrit 8 août 2015 06 h 49

    Bien sûr que les américains doivent-être derrière pas loin!

    Étant donné que le sort du moyen-orient est presque rêglé, l'occident doit se tourner vers une autre région pour asseoir sa dominence sur une plus grande superficie. Toutes ces crises qui sont le plus souvent fromentées de l'extérieur n'ont qu'un but le contrôle total de la planète. Ça ne prend pas un génie pour réaliser leur dessein. En juin 1992 lors d'une résunion à Rio de Janeiro, un plan d'oeuvre de l'ONU appelé Agenda 21 (21ieime siècle) fût adopté par une majorité de pays, ce qui devait redéfinir l'avenir de la planète. D'après beaucoup d'observateurs critiques de ce plan, contrairement aux intentions évoquées par cet organisme, ce projet qui se devait d'ëtre volontaire et démocratique serait tout le contraire (inversion). Certains le décrive comme le jeu ''The Hunger Games'' ou l'on regroupe la population devenu extrêment pauvre dans des ghettos sinistres sous le contrôle de bureaucrates. D'ailleurs cette semaine j'ai écrit au maire Denis Coderre pour savoir si Montréal était participante dans ce Projet Agenda 21. J'attend toujours sa réponse. En parallèle si on ajoute ''Le monstre imaginaire'' des changements climatiques, ou l'on a imaginé une taxe sur le carbone, qui dit en passant fût appliquée en Australie avec comme conséquence une hausse du coût de la vie de .7% soit 550.00$ américains en 2013 jusqu'à une projection de 900.00$ en 2019 par famille par année. Mesure tellement impopulaire et injuste qu'on promet de l'enlever(???). Il faut être très prudent avec toutes ces mesures qui d'après plusieurs observateurs sont prises par des bureaucrates dans le seul but d'installer ce fameux ''New World Order'' nouvel ordre mondial. Ce qui signifie perte de souvereinté, ou l'on organise la planète en région etc. j'invite les gens à rechercher de informations sur le web pour mieux se renseigner. Aussi prudence avec les informations officielles et celles transmises par les médias habituels car souvent ils ne font que retransmettre les vérités des déci

  • Marc Tremblay - Abonné 9 août 2015 15 h 07

    Un pays guerrier par nature

    Les États-Unis existent depuis 239 ans. Ils ont été en guerre durant 93 % du temps soit durant 222 années. Bien que parfois, ils n'ont fait que se défendre contre des agresseurs, ils ont fomenté la plupart de ces guerres.

  • Sean O'Donoghue - Abonné 9 août 2015 15 h 46

    Drame humainitaire attisé par l'extrême droite

    Pour provoquer le mécontentement de la population en créant des pénuries et l'insécurité l'extrême droite et des secteurs de la bourgeoisie coopèrent ensemble avec l'implication d'agences étasuniennes. Des opposants sont arrêtés pour avoir commis des délits criminels, certains causant la mort, et on dénonce la déterioration des droits humains et de la démocratie. Des médias de l'information relaient le portrait d'un état qui ne fonctionne plus. Voià le coup d'état justifié, soutenu par les pays que sont les États-Unis et ses alliés qui veillent sur le bien être de l'humanité. On l'a vue au Guatémala, au Salvador, au Honduras, au Nicaragua, au Guatémala, à la Grenade, en Haïti, au Panama, au Chili, pour ne nommer que des pays près de nous car la liste serait trop longue!...Les peuples ne sont pas dupes et les Vénézéueliens et Vénézuéliennes ont appris.