Michelle Bachelet change son gouvernement

La présidente chilienne Michelle Bachelet, confrontée à une crise de confiance liée à des scandales financiers dont l’un implique son fils, a dévoilé lundi la composition de son nouveau gouvernement marquée par le départ de certains de ses plus proches collaborateurs.

Lors d’une brève cérémonie au Palais présidentiel de la Moneda, la présidente a indiqué qu’il était « temps de donner un nouvel élan » au gouvernement, après avoir annoncé abruptement mercredi sa décision de congédier en bloc son cabinet.

« Nous avons besoin de nouvelles énergies et de nouveaux visages pour faire face aux nouveaux défis et pour tenir les promesses que nous avons faites au pays », a ajouté la présidente socialiste de 63 ans, médecin de formation et ex-directrice de l’ONU-Femmes.

La nouvelle équipe ministérielle voit le départ de certains de ses plus proches collaborateurs avec lesquels elle avait commencé son second mandat en mars 2014.

Le « fils spirituel »

Mme Bachelet a décidé notamment de se séparer de son chef de cabinet et ministre de l’Intérieur, Rodrigo Peñailillo, 41 ans, plus jeune membre du gouvernement sortant et son plus proche collaborateur depuis 10 ans, considéré comme son « fils spirituel ».

Il sera remplacé par Jorge Burgos, ex-ministre de la Défense (démocrate-chrétien) et membre de la « vieille garde » de la coalition au pouvoir.

Dans une décision sans précédent depuis le retour à la démocratie après la dictature d’Augusto Pinochet en 1990, Bachelet a également décidé de changer le ministre des Finances, Alberto Arenas, remplacé par le directeur de la Banque d’État, Rodrigo Valdes.

Mme Bachelet a également nommé un deuxième communiste au gouvernement, Marcos Barraza, qui sera le nouveau ministre du Développement social.

Dès jeudi dernier, le ministre des Affaires étrangères, Heraldo Muñoz, avait pour sa part été confirmé à son poste.

Décision surprise

La présidente Bachelet avait annoncé mercredi soir de manière inattendue, lors d’une interview à une chaîne de télévision, qu’elle avait demandé à son gouvernement de démissionner en bloc, se donnant 72 heures de réflexion.

Quatorze mois après avoir été réélue à la présidence du Chili, Mme Bachelet affronte les conséquences d’un scandale de spéculation immobilière dans lequel est impliqué son fils aîné Sebastian Davalos.

Une autre affaire concerne un possible financement illégal de campagnes électorales impliquant le groupe Penta, un des plus grands groupes financiers du Chili, et la compagnie chimique et minière chilienne Soquimich, dirigée par un ex-gendre de l’ancien dictateur Augusto Pinochet.

Cette affaire touche principalement l’opposition de droite mais les noms de membres de l’équipe Bachelet sont apparus dans l’enquête.

Ces affaires ont provoqué une chute de la popularité de la présidente socialiste, qui ne bénéficie plus actuellement que de 31 % d’opinions favorables, soit la cote la plus basse de ses deux mandats.

Pour Mauricio Morales, directeur de l’Observatoire politique de l’université Diego Portales, ce gouvernement remanié « sera plus modéré et moins polarisé ».

« C’est un coup porté à la gauche la plus récalcitrante qui veut tout changer », dit-il à l’AFP.

Morales relève qu’un « ministre de l’Intérieur membre de la Démocratie chrétienne va se consacrer davantage à la gestion et l’administration, et moins aux réformes », fer de lance du programme de la présidente Bachelet.

« Cela implique un changement de la feuille de route vers un programme plus modéré », ajoute-t-il.