Une délégation réclame l’intervention d’Ottawa

Hilda Legideño Vargas et Jorge Luis Clemente Valbuena veulent des réponses de leur gouvernement.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Hilda Legideño Vargas et Jorge Luis Clemente Valbuena veulent des réponses de leur gouvernement.

Hilda Legideño Vargas a toujours espoir de retrouver vivant son fils disparu il y a près de sept mois avec 42 de ses camarades mexicains, mais elle a perdu toute confiance envers son gouvernement. Elle se tourne donc vers les pays étrangers, dont le Canada, en espérant que la pression internationale fera un jour surgir la vérité.

« Comme pères et mères de famille, nous sommes obligés de sortir du Mexique pour expliquer au reste du monde toutes les violations du gouvernement envers sa propre population », explique d’une voix étonnamment posée la mère de Jorge Antonio, l’un des étudiants mexicains mystérieusement disparus en septembre dernier.

En compagnie de Jorge Luis Clemente Valbuena, un camarade de classe des jeunes disparus —âgés dans la jeune vingtaine —, elle sillonnera le Canada jusqu’au début du mois de mai pour attirer l’attention des élus et de la population sur un dossier qui, jure-t-elle, n’est pas aussi clos que le prétend le gouvernement mexicain.

En janvier, les autorités mexicaines ont indiqué qu’à l’issue de leur enquête, elles avaient acquis la « certitude » que les étudiants disparus ont été assassinés par des membres du crime organisé, avant que leurs corps ne soient incinérés. Les restes d’un seul étudiant ont pu être identifiés.

Cette version des faits a toutefois été mise en doute par des experts légistes argentins. À la demande des familles des disparus, ceux-ci ont trouvé des irrégularités dans l’enquête gouvernementale. Plusieurs ONG ont également dénoncé une enquête basée essentiellement sur des témoignages, peut-être obtenus de force.

Confiance brisée

 

« On n’a plus confiance en nos élus et notre président, parce qu’ils ont tous eu des liens avec le crime organisé », explique M. Valbuena. Voilà pourquoi ce jeune homme espère que l’indignation de la communauté internationale forcera la tenue d’une enquête indépendante sur les circonstances de la disparition de ses pairs.

La tournée canadienne des deux Mexicains éplorés s’ajoute aux démarches semblables effectuées notamment auprès du gouvernement américain et de l’Organisation des Nations unies. Au Canada, la délégation demande au gouvernement fédéral de reconnaître la crise des droits de la personne au Mexique et de retirer cet État de la liste des pays « sûrs ».

Mme Vargas et M. Valbuena participeront mercredi à une conférence publique à l’UQAM, puis se rendront jeudi à l’Assemblée nationale, où Québec solidaire pourrait déposer une motion d’appui. Ils prendront ensuite la direction d’Ottawa, pour témoigner mardi devant le Sous-Comité des droits internationaux de la personne. Une rencontre est déjà prévue avec des députés du NPD et des demandes ont été acheminées aux autres partis.

De toute évidence, Mme Vargas en a contre le gouvernement de son pays, mais elle demeure une fière Mexicaine. « Nous sommes de vrais Mexicains. Celui qui ne l’est pas, c’est le gouvernement qui ne défend pas son propre pays », lance-t-elle sans hausser le ton, arborant un chandail sur lequel apparaît le visage du fils qu’elle espère revoir un jour.

Des experts demandent l’exploration de nouvelles pistes

Des experts de la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) ont demandé lundi à la police mexicaine d’explorer deux nouvelles pistes pour la recherche des 43 disparus le 26 septembre dans le sud du Mexique. Selon l’Espagnol Carlos Beristain, l’un des experts envoyés au Mexique par la Commission, les proches des 43 étudiants de l’école normale d’Ayotzinapa ont indiqué des zones « très concrètes » pouvant être explorées utilement pour faire la lumière sur cette disparition massive dans l’État du Guerrero. Les familles ont donné des coordonnées géographiques précises sur une zone, tandis qu’une seconde localisation « pourrait avoir été utilisée » dans la disparition, a-t-il dit sans autres détails. Agence France-Presse


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