Début des pourparlers entre Cuba et les États-Unis

Les membres de la délégation américaine étaient tout sourire au début des discussions mercredi.
Photo: Adalberto Roquet Agence France-Presse Les membres de la délégation américaine étaient tout sourire au début des discussions mercredi.

La Havane — C’est avec un esprit d’ouverture et de collaboration que des responsables américains et cubains ont entamé mercredi, pour la première fois en plus de 30 ans, une série de rencontres devant normalement mener à une normalisation des relations entre les deux pays.

Cette rencontre a porté sur la question de l’immigration, un dossier fort complexe qui nécessitera certes qui nécessitera certes des discussions longues et ardues. Il s’agissait aussi d’une prise de contact après l’annonce historique du rétablissement de leurs relations diplomatiques le 17 décembre dernier.

En marge de la réunion, la sous-secrétaire d’État pour l’hémisphère occidental, Roberta Jacobson, a atterri à La Havane, devenant le premier responsable américain de ce niveau à fouler le sol de l’île communiste depuis 1980. À l’époque, le secrétaire d’État adjoint Peter Tarnoff, sous l’administration de Jimmy Carter, avait effectué trois voyages à Cuba et s’était entretenu avec Fidel Castro pour tenter de désamorcer plusieurs points de tensions.

Mme Jacobson doit participer jeudi à des échanges portant sur le rétablissement des relations diplomatiques rompues en 1961, dont la réouverture d’ambassades est le volet le plus attendu.

Les positions

La première phase des discussions, consacrée mercredi à la révision des accords migratoires signés en 1994, a surtout été l’occasion pour ces pays distants de moins de 200 kilomètres de réaffirmer leurs positions.

La partie cubaine a rappelé son hostilité envers la « loi d’ajustement » américaine qui offre des avantages d’installation aux émigrés cubains, et la politique des « pieds secs, pieds mouillés », qui prévoit des facilités d’installation aux États-Unis pour les illégaux cubains qui touchent terre et le rapatriement des migrants interceptés en mer.

Ces règles « portent atteinte à la lettre et l’esprit » des accords migratoires de 1994, a protesté Mme Vidal, assurant qu’elles « continuent de constituer le principal stimulus de l’immigration illégale, du trafic d’émigrants et des entrées irrégulières aux États-Unis via des pays tiers de citoyens cubains qui voyagent légalement » dans ces pays. En outre, a-t-elle assuré, « tous les migrants illégaux cubains interceptés en haute mer ne sont pas » renvoyés vers leur pays.

« Cuba aspire à une relation normale avec les États-Unis, au sens large, mais aussi sur les questions migratoires », a insisté Mme Vidal.

Face à ces critiques, le sous-secrétaire d’État adjoint pour les Amériques, Alex Lee, a poliment accusé une fin de non recevoir à la partie cubaine, tout en soulignant la portée historique de ces discussions. « Nous avons expliqué au gouvernement cubain que mon gouvernement est décidé à continuer à appliquer la loi d’ajustement sur Cuba, et de faire en sorte que […] la politique « pieds secs-pieds mouillés » reste en place », a-t-il soutenu.

Tendre la main

Dans le même temps, M. Lee a tenu à souligner que ces discussions « reflètent l’accent mis sur l’engagement et le dialogue » entre les parties. « Nous avons hâte de continuer à progresser sur ces sujets », a-t-il conclu.

Mardi soir, le président Barack Obama avait appelé à « tendre une main amicale au peuple cubain ».

Dans le cadre du rapprochement, la Maison-Blanche a indiqué qu’elle soumettrait bientôt aux parlementaires américains la levée de l’embargo commercial et financier imposé à l’île communiste depuis 1962, même si la majorité républicaine au Congrès a annoncé son opposition au projet.

La semaine dernière, Washington a aussi levé une série de restrictions commerciales et sur les voyages, et assoupli les transferts de fonds de migrants cubains.

La Havane a de son côté libéré 53 prisonniers politiques figurant sur une liste remise par les États-Unis.

Même si une large majorité d’Américains salue le changement de politique envers Cuba, plusieurs élus républicains et une partie de la dissidence cubaine critiquent Washington pour n’avoir rien obtenu en échange.

À La Havane, un responsable du ministère des Affaires étrangères insistait encore mardi sur le souci du régime communiste de mettre l’accent sur la respect de « conceptions politiques différentes », réclamant des discussions dépourvues « d’entraves à la souveraineté » de l’île.