Qui est responsable de la mine Mirador?

Un guerrier shuar dans une marche contre les projets miniers dans la province de Zamora en 2012.
Photo: Rodrigo Buendia Agence France-Presse Un guerrier shuar dans une marche contre les projets miniers dans la province de Zamora en 2012.

Au centre de la controverse : environ 673 millions de tonnes de cuivre avec quelques dizaines de tonnes d’argent et d’or à la clé, et des populations qui se disent lésées par une minière canadienne.

La mine Mirador, la plus importante en Équateur, est en voie d’être exploitée par la société Corriente Resources Inc., mais le Canada se dit impuissant à forcer cette dernière à suivre les principes directeurs de l’OCDE (Organisation pour la coopération et le développement économiques) en matière de responsabilité sociale, notamment parce qu’elle a été vendue en totalité à des intérêts chinois en 2010.

Un groupe d’ONG fait pression depuis plusieurs années sur les gouvernements équatorien et canadien, idéalement pour faire fermer cette mine qui a selon eux trop d’impacts négatifs, ou à tout le moins pour forcer les promoteurs à dialoguer avec les populations concernées en vue d’amoindrir ces impacts.

Un porte-parole de la société concernée, joint au téléphone par Le Devoir, a dit depuis Vancouver qu’il considère que des consultations adéquates ont déjà été menées.

La Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH), la Commission oecuménique des droits de l’homme de l’Équateur (CEDHU) et Mines alerte Canada (Mining Watch Canada) se sont récemment vu servir une fin de non-recevoir par le « point de contact national du Canada pour les principes directeurs de l’OCDE », auquel ils demandaient d’intervenir auprès de Corriente Resources Inc. Le point de contact national relève du ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement. Dans sa réponse aux ONG, cet organisme gouvernemental fait valoir que « même si Corriente Resources est constituée en société au Canada, EcuaCorriente, une entreprise établie en Équateur, détient tous les pouvoirs de décision sur place. De plus, le projet est géré par CRCC-Tongguan, une entreprise établie en Chine ».

Le point de contact national ajoute avoir offert à Corriente Resources de « favoriser » un dialogue avec les « parties » affectées en Équateur, mais que la compagnie en question ne s’est pas montrée intéressée.

La FIDH compte faire appel de la décision canadienne auprès de l’OCDE, un regroupement de pays industrialisés basé à Paris, qui a publié en mai 2011 une série de « principes directeurs » à l’intention des sociétés multinationales. Ni la Chine ni l’Équateur ne font partie de l’OCDE.

Nombreuses lacunes

Les reproches adressés aux propriétaires de la mine Mirador par la FIDH et la Commission oecuménique sont nombreux. Entre autres, on mentionne « l’absence de mécanismes de consultation adéquats, un processus d’acquisition des terres caractérisé par des irrégularités mettant en péril […] le droit d’être protégé contre les évictions forcées ; l’absence de garanties permettant de protéger les populations contre les impacts environnementaux de l’extraction minière à grande échelle et notamment le droit à l’eau ; la répression et la criminalisation dont sont victimes les hommes et femmes qui s’opposent aux projets miniers à grande échelle, notamment dans les provinces de Zamora [où se trouve la mine Mirador] et Morona Santiago ».

En mai 2010, Corriente Resources Inc. a été acquise en totalité par CRCC-Tongguan Investment (Canada), une filiale à part entière du conglomérat portant le même nom en Chine et qui est à son tour contrôlé par les groupes China Railway Construction Corporation Ltd et Tonglin Nonferrrous Metal Group Golding Co.


« Le point de contact national refuse de reconnaître […] qu’il y a eu violation du droit national équatorien. Ce qu’on allègue principalement, ce sont des violations au niveau du droit des peuples autochtones concernés d’être consultés. On fait référence, entre autres, au droit au consentement libre et à l’avis éclairé, qui sont protégés en droit national en Équateur et qui ont été reconnus par d’autres points de contact nationaux comme faisant partie des principes directeurs de l’OCDE », estime Geneviève Paul, responsable du bureau mondialisation et droits de la personne à la FIDH.


« Je crois que la compagnie a mené une excellente consultation, au-delà de ce qui est normalement exigé », a commenté John Shen, conseiller en matière financière et légale au bureau de Corriente Resources à Richmond, en Colombie-Britannique.Pour ce porte-parole, Corriente Resources a amplement montré aux membres du point de contact national canadien que les reproches faits par les ONG n’étaient pas fondés. Notant que la mine Mirador est le premier projet minier de très grande envergure en Équateur, M. Shen a fait valoir que la compagnie avait obtenu toutes les autorisations du gouvernement local. « Nous avons reçu des lettres d’appui de la part de citoyens de la région où se trouve la mine », a-t-il ajouté.

« Il n’y a pas de véritable volonté de regarder ce que des entreprises légalement enregistrées au Canada font à l’étranger, en particulier dans le secteur minier », estime de son côté Geneviève Paul, de la FIDH.

Parallèlement à la démarche entreprise auprès du point de contact national au Canada, Mines alerte Canada a déjà présenté devant un tribunal équatorien une demande de fermeture de la mine Mirador en vertu d’une loi de 2008, appelée « mandat minier », qui prévoit cette mesure draconienne lorsque les terres n’ont pas été obtenues de façon correcte ou lorsque les populations affectées n’ont pas été consultées de façon adéquate.

7 commentaires
  • Francois Cossette - Inscrit 15 octobre 2014 08 h 06

    Le plus beau pays pour qui !!!!

    Depuis longtemps on le sait que les minieres canadiennes se comportent, a l'exterieur du canada, comme ils se comportaient au canada au 20ieme siecle. On a beau vivre dans le plus beau pays du monde on en est pas moins une pays dont les compagnies exportent la misere dans des pays moins favorisés. Et, que font nos gouvernements, rien, par lacheté ou par complaisance allé savoir. Dans le fond le canada n'est pas mieux que n'importe quel autre pays, ils exportent la misère hors de ses frontieres.

  • Denis Miron - Inscrit 15 octobre 2014 08 h 22

    Responsabilité, quel mot infect pour les gouvernements complices du capitalisme sauvage!

    Un paradis fiscal ne se sent pas concerné moralement par l’activité hors de ses frontières des compagnies qu’elles abritent sur son territoire, car l’état qui tire avantage de cette condition d’existence, est de toute évidence amoral et le gouvernement en place doit par tous les moyens cacher à sa population cet état de fait par de la propagande…le mensonge est de rigueur car la vérité est l’ennemi #1 des va-t-en-guerre, pas étonnant qu’en cas de guerre elle en devient la première victime
    Selon Alain Deneault, le Canada est un paradis fiscal pour les corporations minières…«on le sait, le Canada est la législation de prédilection des minières : 75% des minières mondiales choisissent le Canada comme lieu d’enrégistrement et 60% de celles qui émettent des actions en bourses s’inscrivent à Toronto, loin devant le London Stock Exchange. En 2011, 90% des actions émises dans le domaine minier dans le monde ont été administré par le Toronto Stock Exchange (TSX)…» page 160 Paradis fiscaux : la filière canadienne…éd. Écosociété
    Lorsque la liberté d’entreprise, octroyée à celle-ci par nos gouvernements, se situe hors hors de tout sens moral, faut-il s’étonner que dans certaine région du monde, on puisse réponde par des actes terroristes à notre propre barbarie.

  • robert morin - Inscrit 15 octobre 2014 08 h 44

    Le capitalisme sauvage...

    Encore une autre illustration de la mauvaise foi et de la cupidité des sociétés minières qui multiplient les prête-noms et les stratagèmes pour se défiler face à leurs obligations socio-environnementales, et le tout avec la complicité et la complaisance évidentes des politiciens de droite, tels que notre tristement illustre Harper! Mais qui donc élit de tels monstres?

  • Bernard Terreault - Abonné 15 octobre 2014 09 h 52

    Et le gouvernement péruvien ?

    Est-ce que ce n'est pas plutôt au gouvernement péruvien de se grouiller ?

    • Raymond Carles - Inscrit 15 octobre 2014 12 h 38

      Les ressources hydroliques pillées par les grandes minières sont au cœur des problèmes de gouvernance de ce pays depuis quelques années déjà. Voi: <http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BM
      Le peuple, là-bas, se tient debout; ils nous demandent notre collaboration, étant donné notre implication (minière canadienne) dans ce problème, pas de faire les choses à leur place!

  • Christian Fleitz - Inscrit 15 octobre 2014 10 h 47

    C'est pas moi, c'est l'autre...

    ''C'est pas moi, c'est l'autre'' Pitoyable prétexte de cour d'école primaire des profiteurs pour laisser faire leurs complices accomplir leurs forfaits, voire leurs violences. Ce ne son que des amérindiens après tout qui sont concernée. Finalement, voilà bien l'internationale la plus active et la plus dangereuse, pour l'homme sans doute mais pas pour les profits. L'exploitation sans contre partie ? Et alors ? Il y a eu un temps, il n'y a pas si longtemps, le Canada avait, dans le monde entier, une réputation flatteuse d'équilibre et de justice, autre temps, autre mœurs....