Les incendies à Valparaiso font 12 morts

Valparaiso — Des hélicoptères et des avions ont largué lundi de l'eau sur des feux de forêt et les ruines fumantes de quartiers à flanc de montagne de Valparaiso, une ville chilienne connue pour sa beauté incomparable, pendant que des militaires s'apprêtaient à évacuer 700 familles qui pourraient être menacées si jamais le vent tournait de nouveau.

Les flammes ont déjà fait 8000 sans-abri, quand le vent a propagé des tisons brûlants, et détruit 2000 maisons. Le bilan s'établit pour l'instant à 12 morts et 500 blessés.

La fumée provenant des quartiers en ruines a recouvert la ville toute la journée, dans une scène qui rappelait à plusieurs l'univers de Dante.

Après des jours sans sommeil, certains résidants ont tenté de rentrer chez eux pour ne découvrir que des ruines. Les flammes ont totalement anéanti certains quartiers. Les quelques maisons qui ont survi étaient toujours menacées par les tisons emportés par le vent.

L'agence forestière chilienne a prévenu lundi qu'il faudra encore une vingtaine de jours avant que le sinistre ait été complètement éteint.

De l'aide arrivait à Valparaiso de partout au Chili, où les sinistrés s'entassent dans huit abris d'urgence.

L'incendie s'est déclaré samedi après-midi dans une zone boisée située à proximité de résidences délabrées juchées sur l'une des 42 collines qui surplombent Valparaiso. Il s'est rapidement propagé, alors que des vents puissants projetaient une pluie de cendres brûlantes sur les maisons en bois de la cité de 250 000 âmes.

Sans eau municipale ou bornes-fontaines à leur disposition, et avec des rues étroites bloquées par des véhicules abandonnés, les pompiers ne pouvaient qu'assister, impuissants, à la propagation des flammes, pendant que le vent emportait des tisons.

La présidente du Chili, Michelle Bachelet, a visité les abris d’urgence et annulé ses déplacements prévus cette semaine en Argentine et en Uruguay. Elle a convoqué une réunion d’urgence de ses ministres, lundi matin, pour faire le point sur la situation.

«C’est une tragédie énorme. Il pourrait s’agir du pire incendie de l’histoire de la ville», a-t-elle dit.

Il s’agit pour l’instant du pire incendie frapper Valparaiso depuis 1953, année où un feu avait tué 50 habitants et anéanti toutes les structures sur plusieurs des collines de la cité.

Valparaiso, qui fait partie du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2003, est connue pour ses quartiers colorés perchés sur des collines si escarpées que les rues y ont été remplacées par des escaliers ou même des téléphériques. Elle est située à environ 120 kilomètres au nord-ouest de la capitale, Santiago, possède un port très animé et abrite l’assemblée nationale chilienne.

«Nous sommes trop vulnérables aux incendies en tant que ville. Nous avons été les entrepreneurs et les architectes de notre propre danger», a déclaré dimanche le maire Jorge Castro, lors d’une entrevue avec la télévision chilienne.

Les domiciles menacés ont reçu des appels automatisés d’urgence. Des résidants paniqués ont alors entassé leurs biens dans leurs voitures pour tenter de s’enfuir, et les routes sont rapidement devenues impassables. Des résidants ont alors tenté de fuir à pied, parfois en emportant des téléviseurs sur leur dos.

Par Graciela Ibanez et Marianela Jarroud