1000 scientifiques pour aider Haïti

Depuis le tristement célèbre séisme qui l'a dévastée, Haïti tente de se relever. Ici, une femme vend des fruits au milieu des ruines de Port-au-Prince, un an après les événements.
Photo: François Pesant Le Devoir Depuis le tristement célèbre séisme qui l'a dévastée, Haïti tente de se relever. Ici, une femme vend des fruits au milieu des ruines de Port-au-Prince, un an après les événements.

Quatre ans après le séisme qui l’a dévastée, Haïti a tout autant besoin, pour se relever, d’investissements dans son capital humain que dans le béton.

 

C’est dans cette optique que l’Institut des sciences, des technologies et des études avancées d’Haïti (ISTEAH), qui vient de conclure la première session de son existence, a été créé par des scientifiques de la diaspora avec des collègues d’Amérique du Nord, des États-Unis et d’Europe, ainsi que des partenaires qui vivent en Haïti. Il vise à y former 1000 scientifiques de niveau universitaire en dix ans, c’est-à-dire à en doubler le contingent.

 

Cette « initiative majeure » a été lancée pour pallier un manque criant de spécialistes dans l’île, explique Samuel Pierre, professeur à l’École polytechnique de Montréal et président du GRAHN-Monde (Groupe de réflexion et d’action pour une Haïti nouvelle), dans un entretien avec Le Devoir.

 

« Haïti vit de l’aide internationale et ne crée pas de richesse. C’est son problème depuis 1804. Pour créer de la richesse, il faut valoriser le savoir. L’ISTEAH renforcera les capacités des universités haïtiennes et dotera le pays de la masse critique de scientifiques et d’ingénieurs, mais renforcera aussi les capacités associatives et le développement économique », explique l’universitaire.

 

Ce dernier a constaté que le Québec, avec ses 8,5 millions d’âmes, dispose de 10 000 professeurs de niveau universitaire dans les disciplines scientifiques alors qu’Haïti, avec une population de 10,5 millions, n’en compte que 1000, qui n’enseignent pas tous à plein temps et dont 10 % seulement détiennent des doctorats. « Il y a un fossé à combler », a poursuivi Samuel Pierre, quoi voit dans l’ISTEAH « une manifestation de solidarité de peuple à peuple ».

 

L’ISTEAH a reçu, entre autres, l’appui de l’Université de Lyon, du collège Dartmouth, au New Hampshire, et de la TELUQ, le réseau d’enseignement à distance de l’Université du Québec. Le Centre de recherche sur le développement international (CRDI), un organisme fédéral, lui a récemment accordé du financement.

 

« La science et la technologie sont nécessaires pour le développement d’une nation. Avec la Révolution tranquille, le Québec a pris les moyens pour se développer grâce à ses universités. C’est aussi le choix qu’on fait le Brésil, Singapour Taïwan », fait remarquer Samuel Pierre.

 

61 étudiants

 

Une soixantaine de professeurs se sont joints à l’ISTEAH à titre bénévole et à temps partiel. Ils donnent la majorité de leurs cours par vidéoconférence, mais en dispensent aussi un certain nombre sur place pendant de courtes périodes, dans des campus existants à Port-au-Prince, à Jacmel, à Hinche et au Cap-Haïtien.

 

Une première cohorte de 50 étudiants était prévue pour la première session du nouvel Institut. Vu la qualité des candidatures, elle en compte 61, venus des quatre coins du pays. Ils visent la maîtrise, le doctorat ou le diplôme d’études supérieures spécialisées.

 

Pierre Djympson Chery fait partie de ces étudiants. Détenteur d’une maîtrise en science de l’éducation, il est candidat au doctorat dans cette discipline. Il se destine à la conception et à la mise en place de projets éducatifs.

 

Interrogé sur l’état de l’éducation en Haïti, il répond : « Oh là là ! », avant de décrire un pays où presque toutes les institutions sont privées et pas toujours dotées d’enseignants qualifiés. Pour la petite enfance, les écoles publiques sont inexistantes ; au primaire, c’est 80 % de l’offre qui est assurée par le secteur privé, dit-il. « Cela se traduit par des difficultés financières pour la majorité de la population, sans compter que les écoles nationales n’ont pas toujours la capacité d’accueil nécessaire. Il y a donc plusieurs catégories d’écoles et une éducation à deux vitesses. Un jeune en dernière année du secondaire ou à l’université fait déjà partie de l’élite. »

 

Irving Julien, qui réside à Cap-Haïtien, se destine à une carrière de professeur de chimie. « Le véritable problème en est un de compétence, dit-il. Il y a des professeurs qui enseignent dans les facultés privées, qui n’ont même pas de licence, et qui forment des étudiants à distance. On se demande si on a vraiment une formation solide dans ces institutions. On ne respecte pas toujours le nombre d’heures qui devraient être attribuées à une matière. »

2 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 31 janvier 2014 11 h 54

    Haïti n'aurait jamais créé de richesses

    Dire qu'Haïti vit de l'aide internationale depuis son indépendance est certainement erroné. Pays dévasté par sa guerre d'indépendance, Haïti a été contraint d'acheter son indépendance à la France au prix de 150 000 000 de francs-or (ce qui équivaut à 43,5 tonnes d'or). Qui a subventionné qui?

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 31 janvier 2014 11 h 54

    Un aspect qui est peu mentionné : la surpopulation en Haïti.

    En plus de tous les autres problèmes comme la déforestation, la corruption, Haiti souffre de surpopulation dans un tout petit territoire: 400 habitants au kilomètre carré (actuellement 9 millions d’habitants, et doublement à tous les 25 ans). Situation insoutenable à long terme.

    Qu’on me permette de citer ici Pierre-Raymond DUMAS, écrivain et professeur de sciences sociales haïtien, qu’on ne peut taxer de racisme.

    « Le contrôle des naissances en Haïti, un impératif majeur», selon le professeur Pierre-Raymond DUMAS dans le Juriste haïtien le 7 janvier 2008 :

    « ... le phénomène de l'explosion démographique. Ce déséquilibre macabre et dévastateur qui s'amplifie sans cesse entre nos ressources matérielles et notre taux de natalité est à la base de la presque totalité de nos plaies abyssales, de nos grands défis, de nos difficultés les plus alarmantes : la dégradation environnementale, la bidonvillisation, le pullulement des marchés-marchands ambulants, la criminalité bondissante, les boat people, les écoles-universités borlette, l'exode rural, les enfants des rues, la délinquance juvénile, la pédophilie, etc., etc.

    Ce pays est trop pauvre pour répondre aux besoins immenses et pressants de tous ses fils qui naissent en si grand nombre. Cette spirale infernale-population-pauvreté - s'est accélérée sous les coups de boutoir de l'instabilité politique et de l'affaissement de l'autorité de l'Etat. Si on ne la freine pas, cela finira pas mal tourner dans 15, 20, 40 ans. Mais comment ? Quand ? » (Fin de la citation)

    (Voir http://public.fotki.com/pikliz/art__culture_of_hai )

    À moyen et long terme, seul un meilleur contrôle des naissances pourrra assurrer la pérennité de ce peuple courageux.