Chili - Michelle Bachelet promet: «Je prendrai les décisions»

Dans son discours de victoire, Mme Bachelet a insisté sur l’urgence de bâtir «un Chili plus juste».
Photo: Luis Hidalgo AP Dans son discours de victoire, Mme Bachelet a insisté sur l’urgence de bâtir «un Chili plus juste».
Santiago — La socialiste Michelle Bachelet, élue dimanche à la présidence du Chili pour la deuxième fois, s’est démarquée lundi des partis de la large coalition qui l’a portée au pouvoir, affirmant : « Les décisions, c’est moi qui les prendrai. »

Lors de sa première conférence de presse au lendemain d’une élection où elle a obtenu 62,1 % des voix face à la candidate de droite Evelyn Matthei, Michelle Bachelet s’est expliquée sur le rôle des partis de la coalition au sein de son futur gouvernement.

La coalition, « La Nouvelle Majorité », réunit notamment socialistes, démocrates-chrétiens et communistes qui ont des visions divergentes sur certains sujets dont l’avortement thérapeutique ou le mariage homosexuel.

Mercredi, les responsables de ces partis se réuniront avec la présidente élue.
« Ils m’ont apporté tout leur soutien et aussi leur respect quant aux décisions que je prendrai », a assuré Mme Bachelet.

« La coalition politique est une chose, mais c’est à moi que revient de définir la constitution du gouvernement », a-t-elle ajouté.

Mme Bachelet s’est engagée à annoncer la composition de son gouvernement fin janvier et il devrait comprendre « les personnes les plus compétentes dans leur domaine », indépendamment du fait qu’ils soient hommes ou femmes.

L’investiture aura lieu le 11 mars prochain.

Elle a précisé qu’elle s’efforcerait de parvenir à la parité au sein de son cabinet ministériel « parce que je crois que les symboles sont importants », a-t-elle dit.

Lors de son premier mandat de 2006 à 2010, la présidente socialiste avait instauré un gouvernement où la parité était respectée, mais qui n’avait duré que quelques mois.

Transformations

Michelle Bachelet a promis de mener à bien de « profondes transformations » dans son pays, mais les fortes attentes de la population et un contexte politique incertain pourraient lui compliquer la tâche.

Après un premier mandat en 2006-2010, Michelle Bachelet, 62 ans, médecin de formation et première femme élue à la tête d’un pays sud-américain, a confirmé les pronostics qui lui promettaient une victoire très confortable au deuxième tour.

Elle s’est imposée en obtenant 62,1 % des suffrages face à la candidate de droite Evelyn Matthei (37,8 %), et ce malgré une abstention supérieure à 50 %.

Verrous

Dans son discours de victoire, la présidente a insisté sur l’urgence de bâtir un « Chili plus juste » et d’en « finir avec » de fortes inégalités.

Son programme prévoit en effet de faire sauter les « verrous antidémocratiques » de la Constitution de 1980 héritée de la dictature ainsi qu’une réforme fiscale prévoyant notamment une forte hausse des impôts sur les sociétés.

Ces nouvelles recettes devront permettre de financer une refondation du système éducatif (avec la gratuité des études universitaires d’ici à six ans), ainsi que l’amélioration du système de santé et des services publics.

Mme Bachelet a promis d’entamer ses réformes dans les cent jours suivant son investiture, le 11 mars prochain. Mais si sa coalition de la « Nouvelle majorité » contrôle le Parlement, sa marge de manoeuvre risque d’être limitée pour engager les réformes les plus profondes figurant dans son programme.

Aux législatives organisées en même temps que le premier tour de la présidentielle, le 17 novembre dernier, la « Nouvelle majorité » s’était assurée une majorité absolue, avec 67 élus sur 120 à la Chambre des députés et 21 sièges de sénateurs sur 38.

Cet avantage sera insuffisant — sauf soutien d’autres partis — pour procéder aux révisions de la Constitution et du code électoral envisagées, la junte militaire (1973-1990) étant parvenue à l’époque à compliquer l’adoption de futurs amendements en imposant la majorité des 3/5e.

En outre, pour faire, sans heurts, ses réformes, la socialiste devra serrer les rangs d’une coalition pour le moins hétéroclite incluant, en autres, démocrates-chrétiens, socialistes et communistes.

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