Cannabis: l’Uruguay ose la légalisation

Des manifestants en faveur de la légalisation de la marijuana en Uruguay ont marché mardi à Montevideo.
Photo: Matilde Campodonico Associated Press Des manifestants en faveur de la légalisation de la marijuana en Uruguay ont marché mardi à Montevideo.

Le Parlement de l’Uruguay a adopté définitivement mardi soir un texte régulant la production et la vente de cannabis sous autorité de l’État, une expérience sans précédent dans le monde qui pousse encore plus loin les initiatives lancées dans certains pays comme les Pays-Bas ou l’Espagne.

 

Le projet de loi a déjà été approuvé le 31 juillet par la majorité du Frente amplio (Front large, coalition de gauche au pouvoir) à la Chambre des députés. Mardi, les sénateurs du FA, également majoritaires, ont commencé les débats autour du texte et devraient le voter sans encombre.

 

Avec cette loi, l’État aura la mainmise sur la culture et la vente de ce produit psychotrope à des fins récréatives, repoussant les limites des expériences menées dans les États américains du Colorado et de Washington, aux Pays-Bas ou en Espagne, qui autorisent ou tolèrent la production de cannabis dans un cadre privé.

 

Avec cette loi inédite de « régulation du marché du cannabis », l’objectif du président Jose Mujica est de priver les narcotrafiquants d’une importante source de revenus, alors que la lutte contre le trafic de drogue coûte environ 88 millions de dollars par an au pays. Il vise aussi, selon le gouvernement, à limiter les risques liés à la consommation du cannabis et à détourner ses amateurs des dealers et des drogues dures.

 

L’exécutif a dit que les décrets d’application de la loi ne seront prêts qu’en avril 2014. C’est seulement alors que pourront débuter la culture et l’enregistrement des usagers et cultivateurs.

 

En Uruguay, le texte est favorablement accueilli parmi les consommateurs, mais il se heurte au rejet de plus de 60 % de la population et de plusieurs organisations. « La loi présente des défauts de forme et de fond », assurait lundi le sénateur du parti Colorado (opposition) Alfredo Solari. « La certitude qu’il y aura une plus grande disponibilité de cannabis […] me fait craindre une plus grande disponibilité également pour les enfants et les adolescents, ce qui est la conséquence la plus grave » de cette loi de régulation, a-t-il déclaré.

 

Pour rassurer ses détracteurs, M. Mujica a déjà annoncé qu’il était « prêt à faire marche arrière » si la loi ne produit pas les résultats escomptés.

 

Assurant mener une « expérience pour le monde », le chef de l’État uruguayen a appelé ce week-end la communauté internationale à appuyer l’initiative. Il bénéficie déjà du soutien d’un groupe d’ex-présidents latino-américains qui mènent une campagne internationale visant à faire reconnaître l’échec des politiques de répression contre le trafic de drogue.

 

Le texte prévoit trois modes d’accès au produit : l’auto-culture, la culture dans des clubs de consommateurs et la vente en pharmacie, sous contrôle public (40 grammes maximum par mois). Toute publicité sera interdite et les cultivateurs ou consommateurs — des résidents obligatoirement majeurs — devront s’inscrire sur un registre national.

 

Les autorités envisagent d’autoriser la culture de 20 hectares de chanvre indien pour couvrir les besoins de ce pays de 3,2 millions d’habitants. Plusieurs entrepreneurs uruguayens et étrangers se sont déjà portées candidats pour cultiver la plante.

 

La consommation de cannabis n’est actuellement pas pénalisée en Uruguay, mais les associations de consommateurs se réjouissent déjà de cette loi, censée selon eux améliorer la qualité du produit et faire sauter le tabou du cannabis au sein de la société uruguayenne.

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