Cuba - Fille du président et militante

Mariela Castro Espín
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Mariela Castro Espín

Mariela Castro Espín est devenue célèbre pour le combat qu’elle mène en faveur des droits des LGBT (lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres), à Cuba et ailleurs. Fille du président Raúl Castro, et nièce du lider maximo Fidel, elle défend par ailleurs ardemment la révolution menée par son illustre famille. Le Devoir a rencontré lundi matin Mme Castro, invitée à Montréal par le Conseil québécois LGBT, qui lui décernera son grand prix pour souligner le travail auprès de cette communauté. Elle a répondu avec beaucoup de franchise à nos questions sur l’actualité cubaine.

 

Psychologue, pédagogue et sexologue de formation, Mariela Castro a joué un rôle important dans la mise sur pied du programme national d’éducation sexuelle à Cuba à la fin des années 1980.

 

Elle est devenue directrice du Centre national d’éducation sexuelle en 2000. Bientôt, elle s’est intéressée aux problèmes vécus par les personnes LGBT, suivant en cela la trace de sa mère, Vilma Espín, fondatrice en 1960 de la Fédération des femmes de Cuba. En 2007, Mariela Castro, qui est elle-même mariée et hétérosexuelle, a créé un service de counseling à l’intention des personnes LGBT qui subissent de la discrimination

 

« Les problèmes qui surviennent sur les lieux de travail sont résolus sans qu’on ait à se rendre devant les tribunaux, parce que le droit cubain interdit toute forme de discrimination », dit-elle, ajoutant qu’un débat public a eu lieu avant que les entreprises adoptent la réglementation voulue. « C’est plus compliqué quand la discrimination se fait au sein des familles. Dans certains cas, nous avons dû appuyer des personnes LGBT dans des procès. »

 

Un monde machiste

 

La société cubaine est-elle particulièrement machiste ? avons-nous demandé à Mariela Castro.

 

« C’est le monde qui est machiste, répond-elle. Toutes les sociétés sont patriarcales, homophobes et misogynes. Le monde est en train de changer, mais il y a encore beaucoup de résistance en faveur du pouvoir patriarcal. C’est pourquoi nous allons continuer à travailler partout dans le monde, pas seulement à Cuba. »

 

Le débat sur le mariage entre personnes du même sexe sévit à Cuba depuis quelques années. Le consensus, nous dit Mariela Castro, se limite actuellement à une reconnaissance légale des « unions consensuelles » entre ces personnes, excluant le mariage et l’adoption.

 

Vilma Espín, la mère de Mariela, avait proposé en 1975 que le nouveau Code de la famille définisse le mariage comme l’union de deux personnes, sans plus de précision. « À l’époque, c’était très révolutionnaire. Si Cuba avait approuvé cette définition, il aurait été le premier pays du monde à le faire », dit aujourd’hui la fille du président.

 

Au fait, ce dernier approuve-t-il ses idées ? « Oui, répond-elle sans hésitation, bien que nous ayons eu des discussions sur la façon de procéder. Il dit parfois que je suis assez desperada, que je devrais plutôt agir commema mère, qui était très calme et très douce. Il trouve que je suis moins calme, que je lui ressemble, à lui. Mais il est un stratège d’expérience, il me donne toujours de bonnes idées. »

 

Aussi étonnant que cela puisse paraître, Mariela Castro affirme que la presse cubaine, réputée être aux ordres du pouvoir politique, a longtemps boudé les débats qu’elle a contribué à soulever.

 

« C’est complexe. La société est pleine de nuances. Dans tous les pays du monde, la presse n’est-elle pas contrôlée ? » dit-elle, avant de citer les WikiLeaks faisant état de l’espionnage exercé par l’État américain, notamment dans l’île antillaise.

 

Émancipation?

 

Mariela Castro affirme qu’il y a toujours eu « des histoires d’horreur à propos de la révolution, afin d’empêcher que Cuba soit une référence en matière d’émancipation pour d’autres pays, pour les jeunes en particulier. On préfère que les jeunes s’en tiennent au Nintendo, qu’ils ne lisent pas et qu’ils soient stimulés pour consommer ce qu’offre le marché », ajoute-t-elle.

 

Et puisqu’il est question d’Internet, Mme Castro a accepté de dire ce qu’elle pense de la célèbre blogueuse Yoani Sánchez, très controversée, mais considérée par certains comme une héroïne de la lutte pour la liberté à Cuba. « C’est une mercenaire commune et vulgaire, tranche Mariela Castro. Elle reçoit beaucoup d’argent sans travailler. […] Elle dit beaucoup de mensonges. C’est une incroyable création médiatique. »

 

Les frères Castro se ressemblent-ils ? « Leurs idées politiques sont les mêmes. Ils ont participé au processus révolutionnaire en même temps, adoptant la même stratégie. Les temps ont changé. Il faut donc adapter cette stratégie, qui consiste à développer notre pays dans l’équité et la justice sociale, la souveraineté et l’indépendance.» Et côté personnalité ? « Ils sont très différents, comme tous les frères, répond la fille de Raúl. Mon père est très joyeux, il aime jouer, mais il a une grande admiration pour Fidel, pas seulement parce que c’est son frère, mais parce que c’est un frère génial, qui a été le leader d’un processus révolutionnaire. Mon père a été toujours très modeste. Il s’est toujours consacré à l’avancement de la société cubaine, comme l’ont fait Fidel, Jose Marti et tous les leaders révolutionnaires dans le monde. »

1 commentaire
  • Michel Gélinas - Abonné 22 octobre 2013 11 h 47

    Pays proche

    Je savais que Mariela Castro venait à Montréal et j'espérais tellement que Le Devoir fasse un interview de cette femme remarquable.
    Merci M. Lévesque de savoir que les Québecois s'intéressent beaucoup à Cuba, veulent toujours en savoir plus sur ce pays qui fait sa propre politique, de façon indépendante et que vous en ayez tenu compte en obtenant cet interview. On aurait voulu en lire davantage, le texte est court.