Il y a 40 ans: Pinochet - Le Chili souligne «son» 11 septembre

Des membres d’une association chilienne de défense des droits de la personne ont pris part mardi à une cérémonie à la Villa Grimaldi, qui a servi de centre de détention et de torture sous le régime du général Augusto Pinochet (1973-1990). De nombreuses manifestations ont eu lieu à travers le Chili à la mémoire des disparus de la dictature à l’occasion du 40e anniversaire du coup d’État militaire contre le gouvernement socialiste de Salvador Allende, le 11 septembre 1973.
Photo: Agence France-Presse (photo) Martin Bernetti Des membres d’une association chilienne de défense des droits de la personne ont pris part mardi à une cérémonie à la Villa Grimaldi, qui a servi de centre de détention et de torture sous le régime du général Augusto Pinochet (1973-1990). De nombreuses manifestations ont eu lieu à travers le Chili à la mémoire des disparus de la dictature à l’occasion du 40e anniversaire du coup d’État militaire contre le gouvernement socialiste de Salvador Allende, le 11 septembre 1973.

Le 11 septembre des Chiliens n’est pas le même 11-Septembre que celui des Américains. Il y a 40 ans, jour pour jour, le général Augusto Pinochet commettait son coup d’État pour renverser le régime socialiste du président Salvador Allende. Pendant 17 ans, Pinochet a instauré au Chili une dictature sanglante qui a fait plus de 3000 morts et disparus, sans compter des dizaines de milliers de personnes arrêtées, emprisonnées et torturées. Le 11 septembre 1973 est donc loin d’être un jour de réjouissances pour l’ancien président du Chili, Ricardo Lagos, qui a été au pouvoir de 2000 à 2006 et qui a bien voulu s’entretenir avec Le Devoir.

 

« C’est une journée marquante, qu’il ne faut pas oublier, parce que la lutte a été longue et pénible pour rétablir un système démocratique dans notre pays », affirme M. Lagos, qui a été un des grands opposants au régime de Pinochet.

 

En 1988, c’est lui et ses proches collaborateurs qui ont forcé le général Pinochet à organiser un référendum pour demander à la population si elle était d’accord qu’il demeure pour huit autres années au pouvoir.

 

«15 ans de silence»

 

Cette année-là, Ricardo Lagos a parcouru tout le pays pour convaincre les Chiliens de voter « non » lors du scrutin du 5 octobre 1988. Et la veille, il a confronté le général Pinochet en direct à la télévision.

 

« J’avais préparé cette intervention depuis des mois, tout avait été prévu, je savais exactement ce que j’allais dire, à quel moment j’allais me tourner vers la caméra et quand j’allais montrer du doigt l’écran pour m’adresser à Pinochet parce que je savais qu’il nous écoutait et que je ne devais pas manquer mon coup », raconte M. Lagos, dont la déclaration « Je parle pour 15 ans de silence » est passée à l’histoire. Lorsque le camp du « non » a finalement remporté le référendum avec 57,8 % des voix, Ricardo Lagos parle d’un des plus beaux jours de sa vie, voire du plus beau.

 

« On avait tellement mis d’énergie à convaincre la population à surpasser sa peur, à aller voter, on savait que nous étions maintenant dans la bonne voie. Quand tu réalises aussi que les gens ont cru en toi, en ce que tu leur as dit, et qu’ils sont enthousiastes de te suivre, tu sais que tu as fait la bonne chose même si Pinochet nous a volés les belles années de notre vie », confie M. Lagos, qui est maintenant président d’une fondation pour la promotion de la démocratie à Santiago.

 

40 ans après le coup d’État d’Augusto Pinochet, l’ancien président chilien croit que la lutte pour le respect des droits des citoyens n’est jamais gagnée d’avance. Il rappelle qu’il a fallu 15 ans de jeux de coulisses, de discussions, de mobilisation, d’information pour chasser du pouvoir Pinochet sans utiliser la violence. « Nous ne devons pas tolérer ces régimes répressifs comme celui de Pinochet, où des milliers de personnes ont été exécutées arbitrairement. Ça prend parfois des années pour y arriver, c’est souvent dangereux, mais il faut y croire jusqu’au bout, et surtout, il faut par la suite s’atteler à tout reconstruire »,affirme M. Lagos qui reconnaît que la transition démocratique n’a pas été facile au Chili.

 

Lorsque Pinochet quitte officiellement le pouvoir en 1990, Ricardo Lagos a oeuvré à titre de ministre de l’Éducation, puis ministre des Transports, avant d’être élu président en 2000. « Nous avons fait beaucoup de chemin pour sortir la population de la pauvreté ces dernières années. En 1990, environ 45 % des Chiliens vivaient en dessous du seuil de pauvreté contre 13 % aujourd’hui. Nous voyons désormais une classe moyenne émerger et nous devrons répondre à leur demande dans l’avenir », mentionne M. Lagos, qui a défendu les couleurs du Parti socialiste.

 

« Je crois que les Chiliens doivent maintenant regarder devant eux s’ils veulent continuer de se développer et de prospérer, mais nous ne pourrons jamais oublier le passé et nous ne le devons pas », espère-t-il.


 
1 commentaire
  • François Dugal - Inscrit 11 septembre 2013 08 h 34

    Honneur

    Honneur aux chiliens qui ont fait triompher la démocratie.