La Cour suprême du Chili reconnaît ses manquements sous la dictature de Pinochet

Santiago – La Cour suprême du Chili, plus haute institution du pouvoir judiciaire, a reconnu vendredi pour la première fois ses manquements envers les victimes du régime pendant la dictature d’Augusto Pinochet, tout en s’abstenant de demander pardon.

 

« Nous sommes arrivés à la conviction qu’il n’y a pas d’autre attitude que de reconnaître les graves actions et manquements commis à l’époque », a déclaré le président de la Cour suprême, Rubén Ballesteros, dans une déclaration publique à l’issue de la session plénière des juges.

 

À quelques jours du 40e anniversaire du coup d’État qui a renversé le gouvernement socialiste de Salvador Allende et installé la dictature d’Augusto Pinochet, le 11 septembre 1973, la Cour suprême a estimé que « vu avec le regard d’aujourd’hui », il « lui appartenait clairement de dire que cela a constitué une abdication de son rôle judiciaire ».

 

Quelque 5000 demandes de protection pour les disparus ou les personnes détenues illégalement avaient été rejetées sous la dictature par les tribunaux chiliens, qui prétextaient ne pas avoir d’informations à ce sujet.

 

La Cour Suprême s’est néanmoins abstenue de demander explicitement pardon aux victimes de la répression et à leurs familles.

 

Demande de pardon

 

L’ex-président de la Cour, Milton Juica, qui a participé à la session vendredi a expliqué à la presse qu’une éventuelle demande de pardon avait été examinée, mais qu’il avait été décidé que cette démarche devait se faire de manière « personnelle ».

 

Mercredi, l’association des magistrats du Chili a elle demandé pardon pour avoir failli à protéger les victimes du régime de Pinochet.

 

« L’heure est venue de demander pardon aux victimes, à leurs proches et à la société chilienne », ont dit les juges dans une déclaration inédite.

 

Entre 1973 et 1990, environ 3200 personnes sont mortes ou ont disparu, selon les organisations de défense des droits de l’homme.

 

« Nous devons le dire et le reconnaître clairement et avec force : le pouvoir judiciaire - et, en particulier, la Cour suprême de l’époque - a manqué à son devoir de garant des droits fondamentaux et de protection des victimes face aux abus de l’État », ont également déclaré mercredi les juges.

2 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 7 septembre 2013 22 h 22

    Savoir-vivre

    Et pas l'ombre d'une petite excuse.
    Ben coudonc ...

  • Claude Saint-Laurent - Abonné 9 septembre 2013 00 h 25

    Lâcheté bien ordonnée...

    Lâcheté bien ordonnée commence par soi-même... Les juges l'ont bien compris après le coup d'État de 73: ne pas fermer les yeux devant les meurtres de la junte de Pinochet signifiait la perte de leur poste de juges, alors n'est-ce pas... pourquoi demander pardon aux victimes, suffit de s'excuser, c'est `suffisant. Bande de salauds!