Guantánamo s’attend à plus de rébellion des prisonniers après la trêve du ramadan

Des militants participaient à une simulation de gavage le 30 juillet dernier à Washington pour protester contre l’alimentation forcée des prisonniers de Guantánamo qui refusent sporadiquement de s’alimenter depuis environ six mois.
Photo: Agence France-Presse (photo) Brendan Smialowski Des militants participaient à une simulation de gavage le 30 juillet dernier à Washington pour protester contre l’alimentation forcée des prisonniers de Guantánamo qui refusent sporadiquement de s’alimenter depuis environ six mois.

À Guantánamo, où la fin du ramadan est traditionnellement vécue comme une trêve, les autorités militaires s’attendent à une résurgence de débordements dans le centre de détention où des hommes sont retenus depuis plus de dix ans sans procès.

 

Le soleil cuisant n’est pas encore levé sur Cuba, pour l’Aid el-Fitr vendredi, fin du 12e ramadan à Guantánamo, qu’une quinzaine de détenus du bloc Echo entament dans la cour de promenade la prière du matin. Leurs incantations montent entre les murs du camp 6 où les plus accommodants sont autorisés à vivre en communauté.

 

Cette année, le Fitr, la fête qui s’ouvre pour la rupture du jeûne jusqu’à dimanche soir à Guantánamo, est assombri par une grève de la faim sans précédent, suivie par 53 prisonniers.

 

Au « menu spécial » servi pendant ces trois jours « poulet halal, boeuf halal, agneau, dattes, miel », énumère Sam Scott, la cuisinière en chef, dans l’agitation des cuisines.

 

Pour les grévistes de la faim, ce sera gavage forcé à la tombée de la nuit. Samedi, 38 des 53grévistes devaient subir ce traitement.

 

Un bilan quotidien en recul, peut-être grâce à l’amnistie accordée traditionnellement par les autorités à la faveur du mois du ramadan. Cette « grâce de ramadan » permet d’effacer l’ardoise de procédures disciplinaires des 166 détenus souvent incarcérés sans aucune charge sur des soupçons de liens ou d’activités terroristes.

 

« Certains ont profité de cette occasion pour se calmer, mais, pour d’autres, il n’a pas fallu deux jours pour qu’ils recommencent à insulter les gardiens, rapporte le capitaine Robert Durand, directeur de la communication à Guantánamo. Nous ne nous attendons pas à une émeute majeure, mais à une augmentation des débordements à la sortie du ramadan », avertit-il.

 

Projection d’urine et d’excréments, crachats ou coups de poing, « s’il y a une fenêtre de tir pour qu’un détenu fasse des siennes, ils seront nombreux à saisir l’occasion », ajoute le responsable, qui a observé, comme d’habitude, « un grand calme dans le camp » et « une très faible activité » des détenus pendant le mois sacré du calendrier musulman.

 

« Pendant le ramadan, les détenus ont tendance à être plus coopératifs », explique le commandant de la prison, le colonel John Bogdan. « Cela n’arrête pas les agressions, mais cela les réduit de manière significative », dit-il dans un entretien sur place à l’AFP.

 

« Nous avons plusieurs détenus qui ont été très conciliants et ont obéi aux règlements, nous leur avons proposé de regagner les zones où ils vivent en communauté plutôt qu’en cellules individuelles », explique le grand chef, souvent critiqué pour sa politique de fouilles musclées.

 

La quasi-totalité des prisonniers avaient été transférés dans des cellules individuelles le 13 avril, après un important mouvement de protestation, marqué par le tir de balles en plastique, la casse de caméras de surveillance et des blessures sans gravité. « Ils ont fait ça avant le ramadan, car ils savaient qu’après, on remet les compteurs à zéro », commente Zak, le conseiller culturel employé par le Pentagone pour servir de « passerelle » entre les détenus et leurs geôliers. Maintenant, « ils sont obéissants, c’est ce qu’on veut, qu’ils laissent les gardiens tranquilles », ajoute le conseiller qui estime que les prisonniers « utilisent la religion comme une arme ».

 

« On m’a craché au visage », confie, hésitant, Joshua Holmes, un gardien du camp 5. « On a eu quelques projections [d’urine ou d’excréments], agressions ou des choses comme ça […], mais c’est ainsi, rien de grave ».

 

Un infirmier a reçu un coup de poing en tentant d’intuber un gréviste de la faim, raconte « Hermione » du service médical, qui se cache derrière ce nom d’emprunt pour rencontrer les détenus.

1 commentaire
  • Nicole Bernier - Inscrite 13 août 2013 09 h 36

    Aux États-Unis, on a fait la même chose pour les féministes revendiquant le droit de vote des femmes dans la constitution fédérale et qui ont été emprisonnées. Lucy Burns et Alice Stokes Paul, par exemple, ont aussi fait des grèves de la faim en prison... et comme bien des prisonniers politiques dont le seul crime c'est de faire entendre leur désaccord avec le pouvoir en place, les gardiens de prison ne se gène pas pour essayer de casser leur esprit de survie sans transgresser leurs principles et leur capacité de résistance ...

    En Allemangne, il y a eu la même chose de la part des gardiens de prison contre les juifs qui refusaient de se soumettre... et ils n'étaient pas des terroristes pour autant....