Les policiers de Rio tentent de contrôler l’une des favelas les plus dangereuses de la ville

La favela investie par les policiers est censée abriter des dizaines de trafiquants de drogue, dont cet édifice criblé de balles était, il y a quelques jours à peine, le « tribunal ».
Photo: Agence France-Presse (photo) Vanderlei Almeida La favela investie par les policiers est censée abriter des dizaines de trafiquants de drogue, dont cet édifice criblé de balles était, il y a quelques jours à peine, le « tribunal ».

Au sommet de la colline, une maison en ruine criblée de centaines d’impacts de balles. C’était il y a encore quelques jours le « tribunal » des trafiquants de drogue de la favela de Mangueirinha à Rio. La police vient d’y prendre ses quartiers.

 

Cet océan de misère est censé abriter des dizaines de trafiquants de drogue ayant fui les favelas de la zone sud et touristique progressivement « pacifiées » depuis 2008 par les forces de l’ordre, dans la perspective du Mondial 2014 de football et des Jeux olympiques d’été de 2016 à Rio de Janeiro.

 

Les premiers policiers ont pénétré en juillet dans cette favela située dans la Baixada Fluminense, dans le nord de Rio. Depuis lundi, 180 membres de la police militaire patrouillent sur place : ils sont entrés pour y rester.

 

À quelques mètres de la masure où les trafiquants s’entraînaient au tir, jugeaient et exécutaient leurs victimes, des porcs s’ébrouent au milieu des ordures. Des chiens des rues sautent au milieu d’enfants pieds nus jouant au cerf-volant. Une femme de 60 ans édentée, mais aux ongles des orteils parfaitement vernis, désigne sa cahute en carton : « C’est mon appartement de luxe. » Hilarité des voisins.

 

Les policiers patrouillent désormais jour et nuit dans Mangueirinha et trois favelas voisines, Saopo, Santuario et Corte 8, considérées comme les plus dangereuses de Rio. Ils ont interpellé 25 suspects en quelques jours.

 

« Ces gens manquent de tout. Ils déjeunent sans savoir ce qu’ils vont avoir pour le dîner », commente le commandant Ranulfo Brandao, du Bataillon de la police militaire de Duque de Caixas.

 

Des dizaines de policiers inspectent leur nouvelle base - pour le moment deux toilettes chimiques au milieu d’un terrain vague, sur lequel sera bientôt installé un conteneur qui servira de bureau. Ils s’abritent un moment pour se protéger de tirs dans leur direction, partis des favelas sur lesquelles ils ont une vue à 360 degrés.

 

Migration de trafiquants

 

« Oui, il y a eu ici une migration » de trafiquants des favelas « pacifiées », explique le commandant Brandao. « Mais pas autant que ne le disent les gens. Il y a aussi des délinquants locaux. » « Nous avons arrêté des enfants de 12 ans avec des armes. S’ils arrivent un jour à l’âge de 25 ou 30 ans, ils auront eu de la chance, commente le policier. À cet âge-là, la majorité sont en prison ou ont été tués, y compris par les leurs. »

 

Mangueirinha et les favelas environnantes sont contrôlées par le Commando Vermelho, l’une des factions les plus redoutées.

 

« Ce que je pense de la police ? Cela ne pourra pas être pire qu’avant », commente Paulinho Dantas, un habitant de 60 ans, en tentant de réparer une vieille Coccinelle avec du ruban adhésif noir. « Les enfants ne pouvaient pas sortir dans la rue, ni moi d’ailleurs, sans risquer de prendre une balle. »

 

La police reconnaît qu’elle ne pourra pas éradiquer le trafic de drogue, mais le commandant Brandao assure que le Commando Vermelho « est déjà fragilisé ».

 

L’objectif est d’« en finir avec le port d’armes ostentatoire et le tapage des bals funk remplis de trafiquants armés », affirme-t-il. « Mais aussi que les bennes à ordures et l’électricité puissent arriver ici. Que les problèmes d’eau et d’égouts à ciel ouvert puissent être réglés. » Beaucoup d’habitants n’ont même pas un seau. Ils jettent toutes leurs ordures par la fenêtre.

 

« Ici, la vie est difficile. On cohabite avec les trafiquants. Qu’y faire ? Baisser la tête », commente Bruno de Oliveira Palmeira, un chômeur de 19 ans qui réparait avant des pneus. « Je n’aurais jamais cru que la police arriverait jusqu’ici. Maintenant, j’y crois, ajoute-t-il. Avant, aucune ambulance ni benne à ordures ne montait ici. » Son souhait : que le quartier soit un jour équipé d’un « poste de santé », d’« une garderie, d’un centre sportif ».

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