Affaire Snowden - Quand le Venezuela, la Bolivie et le Nicaragua défient ouvertement les États-Unis

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	Une quarantaine de personnes, militants d’organisations de défense des droits et libertés sur Internet, se sont rassemblés dimanche à Paris pour soutenir Edward Snowden.</div>
Photo: Agence France-Presse (photo) Kenzo Tribouillard
Une quarantaine de personnes, militants d’organisations de défense des droits et libertés sur Internet, se sont rassemblés dimanche à Paris pour soutenir Edward Snowden.

En offrant publiquement l’asile à l’ex-consultant du renseignement américain Edward Snowden, le Venezuela, la Bolivie et le Nicaragua défient une fois de plus ouvertement les États-Unis, avec lesquels ils entretiennent à la fois d’importants échanges économiques et des relations politiques tendues.

Le président bolivien Evo Morales est devenu samedi le troisième président latino-américain à se dire prêt à accueillir celui qui a révélé le programme américain secret de surveillance des communications mondiales, après le Vénézuélien Nicolas Maduro et le Nicaraguayen Daniel Ortega.


Pourtant, seul ce dernier avait effectivement reçu une demande d’asile de la part de l’ex-consultant de l’Agence de la sécurité nationale (NSA). Mais le président bolivien comme son homologue vénézuélien, successeur d’Hugo Chávez, sont généralement au premier rang lorsqu’il s’agit de défier la grande puissance continentale.


« En signe de protestation, je voudrais dire aux Européens et aux Nord-Américains : maintenant, nous allons accorder l’asile si cet Américain persécuté par ses compatriotes nous le demande. Nous n’avons pas peur », a assuré Evo Morales.


La veille, Nicolas Maduro s’était dit prêt à offrir « l’asile humanitaire au jeune Snowden pour le protéger de la persécution de l’empire le plus puissant du monde, qui s’est déchaînée sur lui ».


La réponse du président du Nicaragua Daniel Ortega, qui lui a effectivement reçu une demande d’asile, est plus modérée. Mais là où de nombreux pays contactés par Snowden avaient immédiatement signifié leur refus, il a tout de même affirmé que si les circonstances le permettaient, son pays recevrait Snowden « avec grand plaisir » et lui accorderait l’asile.


Les États-Unis ne se sont pas prononcés ouvertement, mais analystes et diplomates estiment que ces offres d’asile pourraient détériorer encore un peu plus les relations déjà tendues entre ces pays et Washington.


Le président bolivien, dont l’avion en provenance de Moscou s’était vu cette semaine refuser l’autorisation de survol par quatre pays européens qui soupçonnaient qu’il puisse ramener Snowden, n’a pas exclu jeudi de fermer l’ambassade des États-Unis dans son pays - même si les États-Unis sont le troisième destinataire des exportations boliviennes, avec 1,76 milliard de dollars en 2012.


Au Venezuela, l’affaire Snowden survient alors que le gouvernement de Maduro était justement parvenu à un accord en juin avec Washington pour rétablir des relations diplomatiques normales, alors que les deux pays n’ont plus d’ambassadeurs depuis 2010.


Milos Alcalay, ancien vice-ministre des Affaires étrangères, voit dans la « diplomatie de l’insulte » de Maduro une menace pour cette normalisation.


« Le Venezuela peut recevoir Snowden, mais sans pour autant lancer une tempête d’insulte contre un pays, les États-Unis, qui a tout à fait le droit de le poursuivre pour ce dont il est accusé », a-t-il expliqué à l’AFP.


« Si l’asile est accordé, cela paralysera certainement le processus de normalisation des relations avec les États-Unis, qui a pourtant été demandé par le Venezuela », a commenté de son côté, à l’AFP, l’experte en relations internationales et professeur d’université Maria Teresa Romero.


Et cela pourrait également, souligne-t-elle, pousser Washington à réduire ses achats de pétrole vénézuélien. Les États-Unis sont actuellement le principal client du Venezuela, qui lui vent 900000 barils de pétrole par jour.


D’ailleurs, le ministre des Affaires étrangères, Elias Jaua, s’est montré plus réservé que son président. Si Snowden décidait d’accepter leur offre d’asile, a-t-il déclaré, il faudrait encore « entrer en contact avec la Russie [et…] établir la position du gouvernement russe sur ce point » et il faudra ensuite « prévoir la route » lui permettant d’arriver jusqu’en Amérique latine.


Quant au Nicaragua, son président, tout en se disant prêt à recevoir Snowden, s’est gardé de grande rhétorique anti-américaine. Les États-Unis sont en effet le premier partenaire économique de son pays, qui lui vend 28 % de ses exportations, et dont il reçoit chaque année environ 25 millions de dollars en prêts et dons.

8 commentaires
  • André Michaud - Inscrit 8 juillet 2013 01 h 18

    Marketing ?

    Les gens au pouvoir dans ces pays le font-ils par conviction ou comme coup de marketting pour leur image internationale ? Qui peut croire qu'au Vénézuela il n'y a pas d'espionnage de l'état sur ses citoyens de l'opposition ?

    • Simon Chamberland - Inscrit 8 juillet 2013 21 h 28

      Les convictions des ces pays ne s'appliquent pas à leurs citoyens, alors faut croire que c'est par pur électoralisme. Ça parait bien de passer pour un courageux résistant.

  • Aydée Montano Rodriguez - Abonnée 8 juillet 2013 06 h 55

    Défi ou reconnaissance des lois?

    Pouvons-nous parler de défi ou s'agit-il tout simplement de reconnaître et d'appliquer des lois internationales? Ces pays de l'Amérique latine font-ils preuve de courage et dignité face à un empire? Tandis que les pays européens se plient aux "diktats" des États-Unis, ces pays donnent un sens au terme "souveranéité".

    Les pertes économiques risquent d'être énormes pour ces trois pays de l'Amérique latine, mais peut-on mettre un prix à la dignité et à la souveranéité? Je ne crois pas.

  • Martin Simard - Inscrit 8 juillet 2013 07 h 15

    Bullying américain

    De toute évidence, le bullying ne se produit pas uniquement dans les cours d'école... Pourquoi des pays souverains se laissent-ils "intimider" par les américains? Ils devraient au contraire tous se liguer et offrir l'asile à Snowden. Imaginez 190 pays offrant l'asile politique à Snowden. Tiens-toi....

    • Mathieu des Ormeaux - Inscrit 8 juillet 2013 09 h 14

      C'est de toute évidence comme vous le dites; de l'intimidation pure et simple. Mais ce pays (voire cet empire) en déclin n'aura bientôt plus les moyens de faire concrétiser ses menaces, qui sont de moins en moins prises au sérieux.

      Entre temps, ce qui vient de se produire concernant l'avion présidentiel d'Evo Morales semble provoquer un réflexe de solidarité parmi les nations de l'Amérique Latine... Réflexe qui, une fois de plus, réduira d'un pan la crédibilité déjà vascillante de l'ancien maître.

      http://www.mondialisation.ca/25-verites-sur-laffai

  • Georges LeSueur - Inscrit 8 juillet 2013 07 h 30

    Rebondissement

    Edward Snowden a finalement reçu des appuis de l'Amérique Latine.
    De la part d'Evo Morales, on comprend que sa réaction, plus émotive que réfléchie vient de ce que son avion a été obligé de faire une escale de 13 heures afin qu'on vérifie -en vain- la possible présence de Snowden.
    Ce dernier n'aura plus de liberté. Le voilà traqué à vie. Mais il le savait.
    En dévoilant au nom de principes élevés les secrets dont il était dépositaire, peut-être eut-il dû pousser plus loin l'esprit de sacrifice en se livrant. L'avenir le dira.
    Les Assange et Snowden de ce monde méritent qu'on reconnaisse leur sacrifice.

  • Denis Boyer - Inscrit 8 juillet 2013 08 h 27

    Désinformation en règle!

    Le Nicaragua qui reçoit des millions en prêts et dons a été dévasté par une guerre illégale et asymétrique dont l'aggresseur a été reconnu coupable par la Cour Pénale Internationale à payer des "réparations" en compensation, ce que l'aggresseur a toujours refusé de faire, malgré la réaffirmation de ce devoir par le Conseil de Sécurité des Nations Unies (à part le véto américain!) L'aggresseur dans ce cas était Washington, à l'époque de Reagan. Si le Nicaragua n'avait jamais eu de relation économique et politique avec les É-U, il s'en porterait mieux aujourd'hui.

    Quand aux 900 000 barils de pétrole quotidien du Vénézuela, il y a fort à parier que ce pays trouvera facilement preneur ailleurs, en Chine par exemple. Est-ce dans l'intérêt des É-U de refuser ce pétrole?

    Faut-il laisser le pays le plus belligérent de la planète continuer sa politique d'intimidation non seulement des "whistleblowers" mais aussi des leaders politiques du globe? Si les leaders européens n'ont pas assez de courage pour tenir tête à Washington, il est admirable que les leaders de quelques-uns des pays qui ont le plus à gagner dans une relation économique stable avec les É-U (mais qui ont aussi été récipiendaires de la violence américaine) se tiennent debout pour une émergence de Justice Internationale et les Droits de l'Homme (dont la déclaration universelle se trouve fièrement exposée à Paris alors que la France est si rapide à se plier aux exigences de Washington à l'encontre de cette même déclaration!)