Espionnage - L’affaire Snowden fait des vagues en Amérique latine

Un reportage sur Edward Snowden diffusé à Hong Kong, à la fin du mois de juin.
Photo: Vincent Yu AP Un reportage sur Edward Snowden diffusé à Hong Kong, à la fin du mois de juin.

L’errance forcée de l’avion du président bolivien, Evo Morales, dans l’espace aérien européen a scandalisé l’Amérique latine, mais prouve à quel point il semble improbable que l’ex-consultant en fuite Edward Snowden puisse se réfugier dans la région, estimaient des analystes mercredi.


Il « semble extrêmement improbable que Snowden puisse se rendre en Amérique latine », a estimé Michael Shifter, président de Inter-American Dialogue, un centre d’études et d’analyse à Washington.


« Le prix à payer serait trop élevé », ajoute-t-il. « Les pays d’Amérique latine ont conscience de l’effet dévastateur d’une rupture avec les États-Unis, essentiellement sur le plan économique. »


« En termes pratiques », relève quant à lui Francisco Carrion, ancien ministre des Affaires étrangères de l’Équateur, « si l’avion officiel du président d’un pays peut se voir privé d’autorisation de survoler un territoire, par quel moyen Snowden pourrait-il se rendre en Amérique latine ? »


« Même s’il existe une tradition très forte en Amérique latine de droit d’asile, s’il y a des conventions, en termes pragmatiques, il semble extraordinairement difficile que Snowden puisse se rendre matériellement en Équateur », dit-il.


Pour sa part Patricio Navia, analyste et universitaire chilien, note que plusieurs pays d’Amérique latine ont refusé « intelligemment de ne pas se mêler à cette controverse ».


« Il existe de bonnes raisons pour croire que Snowden doit être protégé », dit-il. « Mais créer un précédent serait dangereux car les États ne veulent pas protéger des personnes qui révèlent les secrets d’autres États et s’exposer à devenir eux-mêmes de futures victimes de fuites. »


L’avion du président bolivien a quitté Vienne en Autriche où il est resté bloqué pendant 13 heures, après s’être vu refuser l’entrée dans l’espace aérien de plusieurs pays européens en raison de rumeurs sur la présence à bord d’Edward Snowden


« C’était quasiment comme un enlèvement de près de 13 heures », a déclaré le président bolivien lors d’une conférence de presse à l’aéroport autrichien, montrant du doigt la France, l’Italie, le Portugal et l’Espagne.


Ces pays ont été également sévèrement critiqués en Amérique latine. « On peut penser qu’ils ont été mis sous pression par Washington », relève l’analyste péruvien Ernesto Velit Grande.


L’Union des nations sud-américaines (UNASUR) a pour sa part dénoncé « l’attitude dangereuse de la France et du Portugal en annulant intempestivement des autorisations de survol » de l’avion présidentiel bolivien, de retour de Moscou. Ses membres devraient se réunir dans les prochains jours, selon le gouvernement bolivien.


L’affaire Morales « a gravement détérioré les relations entre l’Amérique latine et l’Europe », a indiqué Velit Grande. « Ce genre d’attitude arrogante de gouvernements comme ceux de France, d’Italie ou du Portugal ne va pas contribuer à un rapprochement entre l’UE et l’Amérique latine » qui est « pourtant en train de devenir un refuge pour les investisseurs européens », ajoute-t-il.

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