Le pouvoir brésilien tente de désamorcer la fronde populaire

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	Des milliers de personnes ont manifesté en soirée à São Paulo.</div>
Photo: Agence France-Presse (photo) Daniel Guimaraes
Des milliers de personnes ont manifesté en soirée à São Paulo.

São Paulo — Des milliers de Brésiliens se sont de nouveau rassemblés mardi soir à São Paulo, où la présidente Dilma Rousseff devait s’entretenir avec son mentor politique, l’ex-président Lula, au lendemain de manifestations historiques dans tout le pays.


Jouant l’apaisement, Mme Roussef avait promis le matin à Brasilia que son gouvernement était « à l’écoute » des aspirations légitimes des 250 000 manifestants qui ont envahi lundi les grandes villes du pays, en pleine Coupe des Confédérations et à un an du Mondial-2014.


La présidence a annoncé sans donner de détails qu’elle se rendait à São Paulo pour rencontrer M. Lula da Silva.


Selon le site du journal Folha de São Paulo, le maire de São Paulo, Fernando Haddad, doit participer à la réunion qui porterait sur les moyens de faire marche arrière en abaissant le prix des transports publics.


Plus tôt dans la journée, M. Haddad avait annoncé qu’il acceptait d’analyser les revendications après une réunion avec des représentants du mouvement pour la gratuité des transports qui campent fermement sur leurs positions.


Porto Alegre, Recife et d’autres grandes villes brésiliennes ont déjà annoncé mardi des réductions des prix des transports publics, dont la hausse est à l’origine d’une fronde née à São Paulo et qui s’est étendue comme une traînée de poudre à l’ensemble du pays.


Mardi soir, quelque 10 000 manifestants, selon la police, 50 000 selon l’institut Datafolha, ont commencé de nouveau à défiler dans le centre de São Paulo. Certains faisaient le siège de la mairie, où la police a tiré quelques gaz lacrymogènes lorsque quelques manifestants ont tenté d’en forcer l’entrée.


Outre le prix du billet d’autobus ou de métro, ils s’insurgent contre les dépenses colossales (11 milliards d’euros) engagées par le pays pour le Mondial dans un an, alors que certains services publics comme la santé sont sinistrés.


« Je suis venue d’abord parce que mon budget est très juste maintenant avec la hausse des transports », déclare Isabela Neves, une étudiante de 21 ans au visage peint en vert et jaune, les couleurs du Brésil. « Mais surtout parce que je me rends compte qu’on en a ras-le-bol, que c’est le moment de dire basta ! ».


« C’est le début du Printemps tropical ! », lance un activiste de gauche à la foule, en référence aux mouvements populaires du monde arabe.


Avec l’essor économique et social du pays qui s’est hissé au rang de septième puissance économique mondiale au cours de la dernière décennie, « ont surgi des citoyens qui réclament plus et ont droit à plus », avait analysé dans la matinée Dilma Rousseff.


Il est normal que « les exigences de la population changent au fur et à mesure que nous transformons le Brésil, que nous augmentons la richesse, l’accès à l’emploi et à l’éducation », avait-elle souligné.


« Il y a un profond changement social en toile de fond, marqué par l’ascension d’une nouvelle classe sociale », a expliqué l’économiste André Perfeito, de l’entreprise de consultants Gradual Investimentos.


« De grandes parties de la population, principalement urbaine, sont mécontentes de l’état pitoyable des transports collectifs, du système de santé désastreux et de la grande violence, une situation compensée pendant des années par une amélioration des salaires et de l’emploi » qui atteint ses limites, a affirmé à l’AFP Ricardo Antunes, sociologue à l’Université de Campinas.

1 commentaire
  • André Le Belge - Inscrit 19 juin 2013 17 h 37

    Bizarre, bizarre

    Oui, c'est bizarre que ces dirigeants issus de la gauche radicale, deviennent de grands défenseurs du statu quo social et donc du néo-libéralisme...