«Tribunal populaire» en Colombie: une pétrolière canadienne au banc des accusés

L’USO, qui est le principal syndicat du secteur pétrolier en Colombie, projette de « juger » à compter du 13 juillet une société canadienne devant un « tribunal populaire ».


Les audiences, auxquelles la Pacific Rubiales Energy (PRE) est invitée à présenter sa version des faits, se tiendront à Puerto Gaïtan, dans le département de Meta, où la pétrolière exploite l’un de ses principaux gisements de pétrole et de gaz.


Le syndicat, dont une délégation s’est rendue à Montréal récemment, reproche à la pétrolière des pratiques qu’il juge antisyndicales, tout en dénonçant les conditions de travail des ouvriers du pétrole dans cette région.


D’autres organisations de la société civile sont également impliquées dans l’organisation de ces audiences prévues en Colombie, qui se veulent « dans la lignée du Tribunal permanent des peuples des années 2000 ». La Pacific Rubiales est accusée par certaines de ces organisations de ne pas respecter l’environnement et les droits fonciers des populations locales.


La PRE, en association avec la société d’État Ecopetrol, produit environ 40 % du million de barils qui sont extraits quotidiennement du sous-sol colombien. La société, dont les actions se transigent aux Bourses de Toronto et de Bogotá, compte environ 12 000 employés en Colombie, dont 90 % doivent signer avec une nébuleuse de sous-traitants des contrats de travail renouvelables d’un mois en moyenne.

 

Pas de renouvellement de contrats


L’USO a convaincu 4000 de ces employés indirects de signer des cartes d’adhésion en vue d’une accréditation syndicale. Selon les délégués de l’USO, la Pacific Rubiales a réagi en demandant à ses sous-traitants de ne pas renouveler les contrats des ouvriers ayant adhéré au syndicat.


Les conditions de travail dans les installations de la PRE seraient en deçà des normes internationales : longues heures de travail, contrats à court terme, mauvaise qualité du logement et de la nourriture. Selon César Loza, secrétaire aux Affaires internationales de l’USO, la société contreviendrait à au moins deux conventions de l’Organisation internationale du travail, une agence de l’ONU.


Le Canada a signé avec la Colombie un accord de libre-échange qui est en vigueur depuis 2011. « L’USO a demandé des rencontres avec les entreprises et les autorités canadiennes, mais il n’y a pas eu beaucoup de dialogue. Pendant ce temps, on a assisté à une augmentation de la répression contre les syndicalistes », a expliqué Rodolfo Vecino, le président de l’USO.


« Nous demandons votre solidarité pour que ces choses soient dénoncées au niveau international, plus précisément pour que soient dénoncés l’État colombien qui laisse faire la Pacific Rubiales et ses sous-traitants, et le gouvernement canadien qui laisse des entreprises canadiennes commettre ces violations des droits dans les pays étrangers », a plaidé Cesar Loza, faisant remarquer que des fonds de retraite de salariés canadiens détiennent des actions de la Pacific Rubiales.


« En signant un accord de libre-échange avec la Colombie […], le gouvernement canadien s’est engagé à promouvoir le respect des droits de la personne dans un pays tristement reconnu comme étant l’un des plus dangereux pour la défense de ces droits et où un conflit armé perdure depuis plus de 50 ans », fait valoir le Projet Accompagnement Solidarité Colombie dans un communiqué où il déplore le fait que les agressions commises contre les syndicalistes et les défenseurs des droits fondamentaux sont en hausse en Colombie.


Selon la Confédération syndicale internationale, 35 syndicalistes ont été assassinés dans ce pays en 2012. En décembre, un membre de l’USO a trouvé la mort dans le département de Meta.

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