L’armée investit quatre localités après des manifestations contre une minière canadienne au Guatemala


	Des soldats patrouillaient jeudi dans les rues de Mataquescuintla, dans le département de Jalapa, à 125 kilomètres au sud-est de la capitale. Le president Otto Pérez Molina y a imposé l’état d’urgence pour un mois.
Photo: Agence France-Presse (photo) Johan Ordonez
Des soldats patrouillaient jeudi dans les rues de Mataquescuintla, dans le département de Jalapa, à 125 kilomètres au sud-est de la capitale. Le president Otto Pérez Molina y a imposé l’état d’urgence pour un mois.

Mataquescuintla — L’armée guatémaltèque a investi jeudi quatre localités du sud-est du pays, où l’État d’exception a été décrété après de violentes manifestations contre le projet minier de la compagnie canadienne Tahoe Resources, qui a notamment causé la mort d’un policier mardi.

« Dans ces lieux où se sont produits des assassinats, des enlèvements et des destructions de biens de l’État et de biens privés […], je ne permettrai pas que cela continue », a déclaré jeudi soir le président Otto Perez, ancien général de l’armée, décrétant « l’État d’exception » dans cette zone pour une durée de 30 jours.


Les localités de Jalapa et Mataquescuintla, dans la province de Jalapa, et de Casillas et San Rafael Las Flores, dans la province de Santa Rosa, ont été occupées jeudi soir par des centaines de militaires accompagnés de blindés. Les soldats ont installé des points de contrôle dans les principales rues de ces localités et les droits de manifestation, de port d’arme, de circulation et de réunion y seront restreints.


Le ministre de la Défense Ulises Anzueto s’est rendu sur place pour superviser les opérations de l’armée.


Ces mesures font suite à une série d’affrontements entre villageois et forces de l’ordre ayant fait un mort parmi les policiers et huit blessés mardi. La veille, 23 policiers avaient été séquestrés par des villageois, qui les accusaient de complicité avec des gardes privés de la mine. Au cours de ces violences, quatre véhicules de la police ont notamment été incendiés.


Les manifestants protestent depuis le début de l’année contre une projet de mine d’or et d’argent de la compagnie minière canadienne Tahoe Resources à San Rafael Las Flores. Ce projet menace les ressources naturelles et les nappes phréatiques de la zone, selon des défenseurs de l’environnement et les villageois des environs.


De son côté, Tahoe Resources assure que son projet respectera strictement l’environnement local, attribuant ces protestations à des « éléments extérieurs ». Le gouvernement lui a accordé le 3 avril dernier un permis d’exploitation, qu’elle entend mettre en oeuvre dès cette année.


Le 13 janvier dernier, des heurts entre agents de sécurité de la compagnie et des manifestants avaient déjà fait trois morts aux abords de la mine.


Le ministre de l’Intérieur, Mauricio Lopez Bonilla, a indiqué jeudi que des policiers et des soldats ont été déployés, sans en révéler le nombre. Le décret leur permet de procéder à des arrestations, de mener des perquisitions et de questionner des suspects à l’extérieur du cadre juridique habituel.


Les habitants de la région appartienenent en majorité au groupe autochtone Zinca.


« Je n’interviens pas parce que je suis pauvre et que je dois travailler pour faire vivre ma famille mais la vérité c’est que la mine nous affecte du point de vue environnemental, a dit Mariano Lopez Escobar, qui vit à Xalapan. Avec l’ordre présidentiel qui autorise l’explotation de la mine, il n’y a pas grand chose que nous puissions faire. »


« Nous croyons que si des crimes ont été commis il devrait y avoir des poursuites, mais le droit légitime de la communauté de se défendre ne devrait pas être criminalisé », a dit Yuri Melini, directeur du Centre d’action juridique pour les droits humains.

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