Au Pérou, la fonte des glaciers menace l’approvisionnement en eau potable

Un glacier en voie de disparition dans la Cordillère des Andes.
Photo: Agence France-Presse (photo) Un glacier en voie de disparition dans la Cordillère des Andes.

Huancayo, Pérou — À Huancayo, province de la cordillère des Andes au Pérou, un vestige de la nature disparaît, goutte après goutte. Les neiges du glacier Huaytapallana, encore visibles au sommet, reculent et auront disparu d’ici 2030, préviennent les glaciologues. 

« Quand j’étais petit, mon père faisait de la crème glacée avec la glace qu’il prenait de l’Huaytapallana, sans même grimper ! Aujourd’hui, il ne reste qu’une couronne de neige », se désole Juan Ospino Nuñez, 70 ans, inquiet pour les neiges autrefois éternelles de ce glacier qui alimentent les communautés avoisinantes en eau potable.


Il y a sept ans, le septuagénaire, qui complète un doctorat en sciences environnementales, s’est attribué une ambitieuse mission : celle de sauver les glaces et l’eau de l’Huaytapallana. « Je suis un Don Quichote, s’exclame Juan Ospino Nuñez en riant. Il y a des spécialistes pour confirmer que l’eau manquera très bientôt. Mais il faut sensibiliser la population, l’administration de la province, les banques et faire des études. Pour le moment, je me bats seul. »

 

Une ressource convoitée


Depuis 2005, l’eau est rationnée dans la province de 380 000 habitants de Huancayo. Selon les estimations de la SEDAM, l’entreprise publique chargée de distribuer et vendre l’eau, il manquera plus de 12 milliards de litres d’eau potable en 2020, soit l’équivalent de la consommation annuelle de 40 % des abonnés, si aucune mesure n’est prise pour récupérer l’eau des glaciers et des précipitations.


Le cas de l’Huaytapallana est la règle plutôt que l’exception au Pérou. Les glaciers tropicaux ont perdu plus de 20 % de leur masse au cours des 30 dernières années, selon le Service national de météorologie du Pérou (SENAMHI). Encore récemment, l’organisme d’État projetait que la fonte des glaciers entraînerait une baisse considérable de la disponibilité d’eau dans les Andes entre 2030 et 2050, particulièrement lors de la saison sèche qui s’échelonne sur trois à quatre mois.


Or une équipe de chercheurs de l’Université McGill et l’Université d’État de l’Ohio a publié en février dernier un rapport d’études attestant que ces diminutions drastiques d’eau potable, prévues pour les décennies à venir, ont déjà eu lieu.


« Lorsque le glacier commence à reculer, il vient un temps où il n’arrive plus à fournir assez d’eau pour alimenter les rivières au même rythme qu’il le faisait avant sa fonte accélérée. Lorsque le glacier atteint ce pic, le débit des rivières qu’il alimente n’augmentera plus jamais. C’est le cas de la majorité des glaciers de la cordillère Blanche », explique Michel Baraer, chercheur à l’Université McGill.


La cordillère Blanche est la plus haute chaîne de montagnes tropicales glacières au monde. Elles alimentent des rivières dont la plus puissante est le Rio Santa qui, selon Michel Baraer, perdra dorénavant 30 % de son débit en saison sèche. Principale source d’eau potable pour la population de la région, le Rio Santa est aussi utilisé pour produire de l’énergie, pour l’exploitation de projets miniers et l’irrigation en agriculture, dont le projet Chavimovic - un grand complexe d’agriculture d’exportation installé à Trujillo, une région désertique au nord de la cordillère Blanche.


« On arrive véritablement à un point critique, s’inquiète Michel Baraer. Des bassins de populations grandissants dépendent de cette eau. D’ores et déjà, il y a une grande compétition qui s’installe pour l’accès à l’eau. »

 

Un pays au bord de la crise hydrique


Le Pérou, qui possède 70 % des réserves de glaciers tropicaux du monde, est considéré comme l’un des pays les plus vulnérables au stress hydrique en Amérique du Sud en raison de sa géographie et de la répartition de sa population. Plus de la moitié des Péruviens, soit environ 15 millions d’âmes, habite la région de la côte désertique et s’y partage 2 % des ressources hydriques disponibles au pays.


Lima, la deuxième plus grande ville désertique au monde après Le Caire, y risque gros. La surexploitation de l’eau pour l’agriculture, l’hydroélectricité et l’usage commercial et résidentiel, ont vidé une grande partie de son aquifère au cours des dernières années. Avec des précipitations de 5 ou 6 millimètres annuellement, la capitale péruvienne est dépendante de ses réserves d’eau… qui s’épuisent.


« Lima est la seule ville d’Amérique du Sud avec aussi peu de réserve d’eau, soit moins d’un an de provision. S’il survenait deux années de grande sécheresse consécutives, elle ne pourrait plus répondre à la demande… Nous sommes très vulnérables », soutient le météorologue Carlos Silvestri.


Le spécialiste est d’autant plus inquiet que la fréquence et l’intensité des sécheresses provoquées par le système El Nino ne cessent d’augmenter. « Avec la fonte des glaciers, il y aura moins d’eau dans les rivières, donc moins d’eau souterraine. Nous sommes réellement au bord du précipice », prévient-il.

 

Des pistes de solutions


En 2003, une stratégie nationale sur les changements climatiques a été adoptée au Pérou. Un ministère de l’Environnement chargé de mettre en place des programmes pour contrer les changements climatiques aux côtés d’organismes nationaux et internationaux a été mis en place en 2008. En plus des projets de reforestation qui devraient permettre d’annuler les impacts de la déforestation d’ici 2021, le gouvernement, avec l’appui de la Banque mondiale, a mis en place des stations de prévision de la fonte des glaciers ainsi que des programmes pour sensibiliser la population à l’économie d’eau.


En mars dernier, le gouvernement d’Ollanta Humala a annoncé qu’il réserverait un budget de 37 millions de dollars pour la construction de réservoirs d’eau dans les zones les plus pauvres de l’intérieur du pays. Selon l’ingénieur en gestion de ressources hydriques, Jaime Llosa, ces mesures ne pourront être durables que si des études de faisabilité approfondies sont effectuées. « Avant de construire des réservoirs, il faut des études préalables de viabilité au projet, d’autant plus que nous affrontons un scénario climatique variable, précise l’ingénieur. Par ailleurs, pour que ces réservoirs soient vraiment utiles, il faudra planifier leur construction avec les communautés, car ce sont elles qui les utiliseront. »

1 commentaire
  • Modlich Hans - Inscrit 23 septembre 2012 12 h 45

    Et pire encore les ravages minieres!

    En plus des facteurs climatiques, il y a la predation miniere de l'aquifer. Pendant plus d'une decennie la compagnie Newmont opere une des plus grandes mine d'or a ciel ouvert au monde a une altitude de 3800m -- appelee la Yanacocha -- en Cajamarca, Perou. Une mine encore plus grande, la Conga, est en train d'etre installee sur une surface de 30,000 ha.

    Donc on ne devrait pas etre surpris que la population indigene s'est revoltee presque unanimement
    contre cette ravage et enpoisonnement par metaux lourdes de leurs eaux -- essentielles pour la survie de generations futures -- et en contre de la duplicitee de leurs gouvernements complices avec les interest minieres imperiales yanquis et canadiens aussi. Cela se nomme maintenant 'le libre echange' (plutot que le libre vol)