Sommet des Amériques - La conclusion achoppe sur l'exclusion de Cuba

Stephen Harper à Carthagène<br />
Photo: Agence Reuters Chris Wattie Stephen Harper à Carthagène

Carthagène — Le sixième sommet des Amériques s'est achevé hier en Colombie sans déclaration finale, en raison d'un différend avec les États-Unis sur l'exclusion de Cuba, une épine qui met en péril l'avenir même de cette conférence continentale.

«Il n'y a pas eu de déclaration parce qu'il n'y a pas eu d'accord», a annoncé le président colombien Juan Manuel Santos, à l'issue de cette rencontre qui réunissait depuis samedi une trentaine de dirigeants des pays de l'Organisation des États Américains (OEA) dans le port caribéen de Carthagène.

Soulignant que «la majorité des pays soutient la participation de Cuba», M. Santos, qui avait qualifié d'«anachronisme» l'exclusion, a appelé à lancer un «processus pour que cela devienne réalité» lors de la prochaine édition.

Exclue de l'OEA depuis un demi-siècle et le blocus économique infligé par les États-Unis, Cuba n'a jamais assisté à ces sommets organisés tous les trois ans depuis 1994, ni demandé sa réintégration.

Seuls les États-Unis et le Canada s'opposent au retour de La Havane, de même qu'au soutien sud-américain à l'Argentine pour la souveraineté de l'archipel des Malouines, trente ans après la guerre contre la Grande-Bretagne. Un autre sujet explosif qui a empêché la signature d'un accord final.

Depuis La Havane, le vieux leader cubain Fidel Castro a ironisé sur la mise en minorité du président américain Barack Obama qu'il a jugé «pensif et parfois absent» lors des débats, dans un article publié hier par la presse officielle.

La survie du sommet des Amériques se trouve désormais clairement posée depuis la réunion de Carthagène.

Les pays de l'Alba (Alliance bolivarienne pour les Amériques), un bloc rassemblant notamment Cuba et ses alliés du Venezuela, de l'Équateur et de Bolivie, ont lancé un ultimatum, brandissant la menace d'un boycottage.

Le président équatorien Rafael Correa et nicaraguayen Daniel Ortega ont boudé le sommet en Colombie, duquel était aussi absent le dirigeant vénézuélien Hugo Chavez, retenu à Cuba pour son traitement contre le cancer.

La position américaine n'a toutefois pas varié d'un iota.

M. Obama avait expliqué, avant même le début du sommet, que Cuba n'avait montré «aucun intérêt à modifier ses relations avec les États-Unis».

Une autre pomme de discorde a marqué le sommet, où les dirigeants latino-américains ont critiqué l'efficacité du programme de lutte contre la drogue financé par les États-Unis à hauteur de 8 milliards de dollars depuis 2000.

M. Obama a jugé le débat «utile», mais exclut toute idée de dépénalisation promue notamment par certains dirigeants d'Amérique centrale, endeuillée par la mort de 20 000 personnes, l'an dernier, liées aux cartels.

À la tête du premier pays producteur de cocaïne, le président colombien a toutefois assuré que le sommet avait permis de s'accorder sur la «nécessité d'explorer de nouvelles pistes».

Position canadienne


De son côté, le premier ministre canadien Stephen Harper a insisté sur le fait que le Canada avait fait preuve d'ouverture vis-à-vis de Cuba et qu'il n'était pas d'accord avec l'embargo américain imposé à ce pays. Il a cependant ajouté que le Canada avait fait le choix d'observer le principe voulant que les participants au sommet soient des démocraties — une idée mise de l'avant par le premier ministre libéral Jean Chrétien durant le sommet de Québec, en 2001.

«Bien que nous n'appuyons pas la position visant à isoler Cuba, nous croyons que le Sommet des Amériques devrait être restreint aux pays démocratiques, et que Cuba devrait être encouragé à devenir un pays démocratique à l'avenir [...] et nous soutenons que la politique canadienne est la façon de parvenir à ce résultat plutôt que la politique observée par nos amis américains», a-t-il déclaré à des journalistes.

L'objectif premier de M. Harper au sommet était de faire la promotion du Canada comme lieu de commerce et d'investissement, et d'appuyer les entreprises canadiennes à la recherche de nouvelles occasions d'affaires en Amérique centrale.

Le gouvernement conservateur tente de redonner du souffle à sa Stratégie pangouvernementale pour les Amériques, portant sur l'engagement du Canada dans la région.

À la suite du sommet, M. Harper devait se rendre à Santiago pour y entreprendre un séjour officiel au Chili.

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Avec La Presse canadienne
4 commentaires
  • racso - Inscrit 16 avril 2012 04 h 28

    La bonne foi d'Obama mise à l'épreuve

    Obama est un homme intelligent et sans doute des mieux informés. Il connait les véritables motifs du blocus mis en place par son pays depuis plus d'un demi-siècle: faire tout ce qui est possible pour que la révolution soit un échec, rendant la vie des citoyens le plus difficile de manière à que ces derniers en rapportent la responsabilité sur leurs dirigeants. Des centaines de millions de dollars ont été investis pour saper de toutes les manières l'économie et créer le chao. Cela, M. Obama le sait et ça n'a absolument rien à voir avec la démocratie et le respect des droits des citoyens. Si c’était le cas il faudrait qu’il en fasse autant avec les Émirats arabes, la Chine et bien d’autres pays qui vivent sous d’autres régimes. Les premières victimes du blocus, ce sont les citoyens. La question à poser est de savoir quel droit les États-Unis se permettent-ils de jouer les gendarmes et les moralisateurs du monde? Les Nations Unies sont là pour jouer ce rôle. À Cartagena, 31 des 33 pays des Amériques ont voté pour que Cuba participe à ce Sommet. Obama et Harper sont les deux seuls à dire non. Les pays de l’Amérique latine et des caraïbes ont fait front commun, laissant Obama et Harper seuls dans leur coin. Pas surprenant que l’OEA laisse la place à la CELAC, regroupant les premiers sans les derniers.

  • David Duchesne - Inscrit 16 avril 2012 11 h 56

    Lâche et hypocrite

    Je ne suis pas d'accord avec M. Harper lorsque qu'il aborde la question de Cuba au Sommet des Amérique. Cuba n'est certes pas un pays démocratique mais ça n'a jamais empêcher les Canadiens d'y aller en vacance, profiter des plages, boire des mojitos et passer du bon temps à bon prix. Dans ce dossier comme dans tant d'autres je trouve la position canadienne lâche et hypocrite.

  • Monique Girard - Abonnée 16 avril 2012 20 h 04

    Quelle hypocrisie!

    Je lis que l'objectif premier de Harper à ce sommet était de faire la promotion du plus meilleur pays au monde comme lieu de commerce et d'investissement et d'appuyer les entreprises canadiennes qui veulent faire des affaires.....Cuba n'était pas présent car on démonise ce pays. Harper s'est pourtant rendu récemment en Chine pour parler affaires....Quelle hypocrisie! Harper et nombre d'autres gouvernants occidentaux vont s'agenouiller devant les tristes sires chinois pour parler affaires. Est-ce que la Chine s'achemine vers la démocratie? Est-ce que j'aurais manqué quelque chose????

  • Josse - Inscrit 18 avril 2012 07 h 52

    La démocrassie l'emporte

    Quelle belle exemple de démocratie Mr. Harper, quand la volonté de deux l'emporte sur sur la volonté de 29.