Amérique du sud: Brésil - À l'heure des choix

Antônio Gois, Folha de Saô Paulo Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial 7 milliards

Jusqu'au début de la dernière décennie, la crainte d'une explosion démographique dans le pays alarmait déjà les Brésiliens. Les experts savaient que la bombe avait été désarmée, notamment parce que le taux de croissance avait baissé de façon soutenue depuis des décennies. N'empêche, une grande partie de la population croyait néanmoins qu'il fallait agir de manière draconienne pour réduire le nombre moyen d'enfants par femme, en particulier chez les plus démunis.

Avec une moyenne de six enfants par femme en 1960, le Brésil a amorcé le nouveau millénaire avec une fécondité de 2,4. Le résultat final du recensement de 2010 n'est pas encore connu, mais les enquêtes annuelles indiquent qu'il est déjà en deçà du seuil de remplacement de la population, avec un taux oscillant probablement entre 1,8 et 1,9. L'ampleur de cette diminution a surpris les experts et l'Institut des statistiques officielles du Brésil (IBGE), les forçant à revoir leurs projections. La population commencerait désormais à décliner en 2062, et non en 2040, comme l'avaient prévu leurs calculs.

L'accélération de l'urbanisation, l'augmentation de la scolarité des femmes, un meilleur accès à la contraception et, à un degré moin-dre, l'influence des feuilletons télévisés — d'après ce que révèlent les tendances des grands centres urbains du pays — figurent parmi les raisons avancées par les chercheurs pour expliquer la baisse du taux de fécondité. Cette situation, qui était jadis l'apanage des femmes des milieux plus aisés dans les grands centres, s'est désormais étendue à tout le pays. Il y a dix ans, pour la première fois dans l'histoire, le nombre d'enfants par femme a chuté dans les favelas de Rio comme Rocinha, Alemão ou Maré.

Système de retraite menacé

La crainte de l'explosion démographique cédera alors progressivement la place à d'autres inquiétudes. Le déclin accéléré de la fécondité et l'espérance de vie accrue se mettent à constituer une menace pour le système de retraite public. Le pays doit se préparer à répondre aux exigences d'une population vieillissante dont la qualité de vie reposera sur les services publics.

Mais en même temps s'ouvrent de nouvelles avenues. Un plus petit nombre d'enfants permet d'augmenter les dépenses par habitant à la petite enfance. Et avant d'atteindre le niveau de vieillissement des pays riches, il y aura une forte proportion d'adultes en âge de travailler pour un nombre relativement faible d'enfants et de personnes âgées. C'est ce que certains démographes appellent «le bonus démographique», une phase dans laquelle la structure de la population est propice à une croissance économique, mais qui mettra un certain temps à prendre fin.

Le moment sera alors venu pour le Brésil. Les générations futures sauront alors si, dans les faits, le pays aura fait aujourd'hui les bons choix pour demain.

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Folha de São Paulo

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