Second tour de la présidentielle haïtienne - Des incidents sans impact sur le scrutin

Dans un bureau de vote hier à Port-au-Prince. Les résultats du scrutin devraient être connus le 31 mars.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Hector Retamal Dans un bureau de vote hier à Port-au-Prince. Les résultats du scrutin devraient être connus le 31 mars.

Quelque 4,5 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes hier en Haïti pour le second tour de l'élection présidentielle. Ils devaient départager deux candidats que tout oppose: un nouveau venu en politique, le chanteur populaire Michel Martelly, et l'universitaire Mirlande Manigat, épouse de l'ancien président Leslie Manigat.

Port-au-Prince — Le président du Conseil électoral provisoire haïtien a déclaré hier que «quelques incidents» avaient été enregistrés au cours du deuxième tour de la présidentielle en cours hier, mais qu'ils n'auraient aucun impact sur l'ensemble du processus.

«Quelques incidents ont été enregistrés, mais ils n'auront pas d'impact sur l'ensemble de l'opération électorale», a indiqué Gaillot Dorsinvil qui n'a pas précisé la nature de ces incidents.

En outre, Mario Andrésol, directeur général de la police haïtienne a fait part à l'AFP d'une vingtaine d'arrestations sur tout le territoire haïtien pour la journée d'hier. Quelques armes ont également été saisies.

Le deuxième tour de l'élection présidentielle voit s'affronter Michel Martelly et Mirlande Manigat.

Le premier tour de l'élection, le 28 novembre, avait été marqué par des fraudes et les appels de nombreux candidats à l'annulation du scrutin.

Selon le premier constat du Conseil électoral provisoire (CEP), la participation était légèrement supérieure à celle du premier tour.

Le CEP, qui supervise les élections, a également indiqué que les résultats préliminaires pourraient être connus avant le 31 mars, date limite de la proclamation de ces résultats.

Dans un communiqué, le CEP a dit avoir «relevé des retards dans le démarrage des opérations de vote», retards «dus à des problèmes logistiques».

Pendant ce temps, le chanteur Wyclef Jean, partisan du candidat à la présidentielle haïtienne, Michel Martelly, a assuré hier avoir été blessé par balle dans la nuit de samedi à dimanche à Port-au-Prince, juste avant l'ouverture du scrutin.

«J'ai reçu une éraflure consécutive à un tir. Je n'en veux à personne. Beaucoup de gens me demandent si j'en veux à l'opposition. Non», a expliqué Wyclef Jean, Américain d'origine haïtienne, dans un centre de vote de Delmas, une banlieue de Port-au-Prince, au moment de glisser son bulletin dans l'urne pour l'élection présidentielle.

La main droite de l'ex-chanteur des Fugees était enroulée dans un bandage.

De son côté, Mario Andrésol, directeur général de la police haïtienne, a affirmé à l'AFP n'avoir pas pu «déterminer s'il s'agissait d'une blessure par balle». Mais il a confirmé, avec l'hôpital où Wyclef Jean a été admis, que l'artiste a effectivement été blessé, mais que pour des raisons de déontologie, les médecins n'ont pas souhaité préciser l'origine de cette blessure.

Gary André, un des proches de Wyclef Jean, avait auparavant raconté à l'AFP que «Wyclef était en voiture à Delmas [un quartier de Port-au-Prince] samedi soir. On lui a tiré dessus. La balle a éraflé la paume de sa main droite, mais ne l'a pas traversée». Sur Twitter, Pras Michel, qui faisait partie du groupe des Fugees avec Wyclef Jean, a indiqué: «Oui, on a tiré sur Wyclef, il est à hôpital, mais il va bien. On lui a seulement tiré sur la main.»

Sur le compte Twitter de Wyclef Jean (@Wyclef), un message envoyé hier matin indiquait en anglais: «Nous avons parlé à Wyclef, il va bien. Merci de vos pensées et prières».

Renforts

Pour le scrutin d'hier, la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) a déployé des renforts afin d'aider la police locale à sécuriser le vote.

Au premier tour, Michel Martelly avait dans un premier temps été exclu de la course, ce qui avait déclenché trois jours d'émeutes paralysant la capitale, Port-au-Prince. L'Organisation des États américains (OEA), qui avait envoyé des observateurs, avait demandé l'exclusion du candidat gouvernemental Jude Célestin du second tour, avalisée par la Commission électorale provisoire (CEP).

Mirlande Manigat est arrivée en tête du premier tour, mais Michel Martelly a depuis gagné en popularité. Les deux candidats ont des programmes semblables: reloger les quelque 800 000 sinistrés qui vivent toujours dans des «camps d'hébergement temporaires» après le séisme dévastateur de janvier 2010; relancer la reconstruction, à l'arrêt; rebâtir l'économie; favoriser l'éducation dans un pays où la moitié seulement des enfants va à l'école; combattre le choléra, qui sévit toujours.

C'est donc la personnalité et le passé des deux candidats qui dominent ce second tour. Universitaire, auteur de plusieurs traités et manuels de droit constitutionnel, Mirlande Manigat est une figure connue de la politique à Haïti. Cette femme de 70 ans qui se présente comme une «mère» et une «grand-mère» pour la population est l'épouse de Leslie Manigat, qui fut président de février à juin 1988 avant d'être renversé par un coup d'État militaire. Michel Martelly est lui totalement dépourvu de diplômes. Il en a fait un argument électoral, soulignant le besoin de sang neuf d'un pays lassé de la classe politique traditionnelle.

À 50 ans, «Sweet Micky» Martelly était jusqu'à présent connu pour être un des maîtres du compas, un style de musique haïtien proche du merengué, dansant et très populaire.

«Sweet Micky» aime faire la fête, proférer des jurons sur scène et a reconnu avoir consommé de la marijuana ou de la cocaïne. C'est du passé, assure-t-il aujourd'hui. «Dans la musique, vous aimez faire plaisir à vos fans. Mais parfois, ça prête beaucoup à controverse. En politique, il faut être responsable». Il répond à ceux qui critiquent son manque d'expérience qu'il saura s'entourer de gens compétents.