Un an après le séisme en Haïti - Un coup terrible pour les handicapés d'Haïti

Le secrétaire d’État à l’Intégration des personnes handicapées, Michel Archange Péan, lui-même aveugle, est entouré de son assistante, Guerline Dardignac, et du responsable du registre de la ville de Léogane, Junio Louidor.
Photo: François Pesant - Le Devoir Le secrétaire d’État à l’Intégration des personnes handicapées, Michel Archange Péan, lui-même aveugle, est entouré de son assistante, Guerline Dardignac, et du responsable du registre de la ville de Léogane, Junio Louidor.

Le Devoir en Haïti - Léogâne — Dans le hall de la mairie de Léogâne, le secrétaire d'État à l'Intégration des personnes handicapées, Michel Archange Péan, discute avec un groupe d'amputés très actifs dans cette ville. «Vous, il vous manque une jambe ou un bras?», dit-il en s'adressant à un jeune homme assis devant lui. Question étrange? C'est que le ministre est lui-même aveugle depuis l'âge de 18 ans. Il se trouve à Léogâne en compagnie de son attachée de presse pour souligner le triste anniversaire du séisme.

Selon le ministère de l'Intégration des personnes handicapées, il y aurait, en Haïti, près d'un million de «kokobés», un terme péjoratif créole qui signifie «invalide». Le tremblement de terre dévastateur a gonflé ce nombre, faisant de 3000 à 4000 nouveaux amputés. Sans compter les traumatismes et les problèmes psychologiques qui touchent tout le monde, sans discrimination.

M. Péan reconnaît que la tragédie du 12 janvier 2010 a aggravé considérablement la situation de ces personnes plus vulnérables. D'abord parce que les instituts et les écoles qui leur venaient en aide ont été complètement démolis sous l'effet de la secousse. «Le 12 janvier a été un coup terrible pour tous les Haïtiens, en particulier pour le secteur des personnes handicapées. À 98 %, tous les bâtiments, les institutions logeant les personnes handicapées ont été détruits», souligne-t-il.

L'Institut Montfort pour les sourds et muets, l'École Saint-Vincent, le Centre d'éducation spéciale pour les enfants souffrant de déficience intellectuelle... Même le bâtiment qui abritait son ministère s'est effondré en partie. «Mais comme j'ai l'habitude de le dire: les bâtiments sont détruits, mais les idées restent. La philosophie persiste et c'est grâce à ça que nous avons pu recommencer à travailler», note M. Péan.

Combattre l'exclusion

Il dit entendre les critiques faites à l'égard du gouvernement et des ONG pour la lenteur de la reconstruction. «La situation en Haïti était difficile même avant le 12 janvier, où il y avait 70 % des gens qui ne travaillaient pas, contre 90 % maintenant. C'est une situation compliquée et les moyens du gouvernement sont limités», admet-il, ne déplorant que le fait que certaines ONG ne maîtrisent pas bien la réalité haïtienne. «Les [organisations] sont venues en pensant que nous n'avions rien fait pour les handicapés avant le 12 janvier. Mais il y a la convention des Nations unies relative aux personnes handicapées ratifiée par le Parlement haïtien et le projet de loi pour l'intégration des handicapés a été voté par la Chambre des députés et est devant le Sénat», insiste-t-il.

Le secrétaire d'État à l'Intégration des personnes handicapées (SEIPH) est d'ailleurs le meilleur exemple de ce qui a été fait pour les handicapés en Haïti. Il a été créé en 2007, à la suite d'un arrêté présidentiel, et «s'inscrit dans la vision globale du gouvernement haïtien de combattre l'exclusion sous toutes ses formes», peut-on lire sur le site Internet de la SEIPH.

Michel A. Péan est d'avis que beaucoup de choses peuvent être faites, avec peu de moyens. Il en veut pour preuve les unités offrant aux handicapés des services de réadaptation installés un peu partout en partenariat avec Handicap international. Ces unités distribuent aussi des fauteuils roulants et de l'argent à certains handicapés pour des entreprises de microcrédit. «L'argent, contrairement à ce qu'on dit, ce n'est pas le nerf de la guerre. C'est le moral du combattant, sa stratégie et sa grande souplesse tactique», souligne-t-il, résolument optimiste.