Haïti, un an plus tard - Reconstruire sans répéter les erreurs du passé

La célébration de la messe à la mémoire des quelque 200 000 victimes du séisme du 12 janvier a attiré près d’un millier de personnes à la basilique de l’Oratoire Saint-Joseph.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir La célébration de la messe à la mémoire des quelque 200 000 victimes du séisme du 12 janvier a attiré près d’un millier de personnes à la basilique de l’Oratoire Saint-Joseph.

Plus de coopération sur le terrain, plus de transparence. Davantage d'investissements en éducation, davantage d'investissements dans les organismes non gouvernements locaux et dans la population haïtienne comme telle. Ce sont certaines des nécessités recensées par différents acteurs de la réalité haïtienne, au moment de la réunion commémorative du séisme du 12 janvier qui était organisée hier à la Perle retrouvée, organisme communautaire haïtien situé dans le quartier Saint-Michel, à Montréal. Cette réunion était suivie d'une messe prononcée à la basilique de l'Oratoire Saint-Joseph, à laquelle assistait notamment le premier ministre du Québec, Jean Charest.

Pour le chanteur et comédien Luck Mervil, qui fondait officiellement en août dernier le projet Vilaj Vilaj pour Haïti, la reconstruction du pays devrait se fonder sur trois priorités. Premièrement, dit-il, il faut investir dans la population haïtienne. Il rappelle qu'au Brésil, la classe moyenne s'est étendue après une telle prise de conscience. Ensuite, ajoute-t-il, il faut investir en éducation et, enfin, il faut investir dans les infrastructures.

Mais les villes ne se construisent pas en un an. Et Luck Mervil estime que bien que l'on entende beaucoup de plaintes sur la lenteur des travaux de reconstruction de Port-au-Prince, il faut prendre le temps de planifier les travaux, entre autres choses pour ne pas ériger de nouveau des édifices en terrain fragile. Il va jusqu'à envisager de déplacer ailleurs les secteurs de Port-au-Prince qui ont été démolis le 12 janvier précisément parce qu'ils étaient bâtis sur des failles.

Exode coûteux

Selon Jean-Ernest Pierre, de la station de radio haïtienne CPAM, il est aussi important que les Haïtiens de la diaspora comprennent le rôle qu'ils ont à jouer dans la reconstruction du pays. Luck Mervil mentionne d'ailleurs que lorsqu'il se rend en Haïti de Montréal, l'avion transporte généralement 30 % d'Haïtiens à l'aller, dont plusieurs vivent au Canada d'ailleurs souligne-t-il, tandis qu'au retour, il ramène en général quelque 70 % d'Haïtiens vers Montréal. C'est un exode coûteux pour le pays d'origine, dit-il, précisant d'ailleurs au passage qu'Haïti est somme toute moins dangereuse que la République dominicaine ou que la Jamaïque, malgré la mauvaise presse persistante dont elle fait les frais.

Reste que Marjorie Villefranche, directrice des programmes à la maison d'Haïti, relevait hier la lenteur à laquelle la réunification des familles a lieu, bien que le gouvernement du Québec eût promis l'ouverture de quelque 3000 dossiers après le séisme.

Selon la ministre de l'Éducation Kathleen Weil, qui était à la Perle retrouvée hier matin, plusieurs dossiers qui avaient été ouverts avant le séisme, et qui ne relevaient pas uniquement de la réunification des familles, ont été traités en priorité après le 12 janvier dernier. À ce jour cependant, seulement quelque 400 dossiers de réunification de familles ont été finalisés, les personnes visées ayant été admises au Québec.

Le processus se poursuit lentement, a admis Mme Weil, bien que les choses s'activent un peu depuis que l'on a éliminé certaines difficultés administratives. La mesure exceptionnelle mise en place permettait de parrainer des frères, des soeurs, et des enfants adultes de plus de 22 ans. Pour sa part, le premier ministre a signalé que 3000 certificats de sélection liés à ce programme ont été délivrés. Mme Weil ajoute cependant que seulement 60 % des Haïtiens ayant reçu ce certificat ont déposé leur candidature à Ottawa. Québec entend cependant remplir ses promesses de 3000 dossiers traités.

La célébration de la messe à la mémoire des quelque 200 000 victimes du séisme du 12 janvier a attiré pour sa part environ un millier de personnes à la basilique de l'Oratoire Saint-Joseph. Mercredi 12 janvier, une autre célébration, réunissant notamment des médecins et des infirmières impliqués dans la reconstruction d'Haïti, aura lieu à partir de 16 heures à la Perle Retrouvée.

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