Pour une Haïti nouvelle - Le GRAHN souhaite contribuer au renforcement de l'éducation en Haïti

Brigitte Saint-Pierre Collaboration spéciale
Le Groupe de réflexion et d’action pour une Haïti nouvelle (GRAHN) a plusieurs projets en chantier pour venir en aide à ce pays dévasté par un tremblement de terre en janvier 2010.
Photo: Agence Reuters Eduardo Munoz Le Groupe de réflexion et d’action pour une Haïti nouvelle (GRAHN) a plusieurs projets en chantier pour venir en aide à ce pays dévasté par un tremblement de terre en janvier 2010.
Le Groupe de réflexion et d'action pour une Haïti nouvelle (GRAHN) travaille à la mise sur pied de l'Alliance québécoise pour le renforcement de l'éducation en Haïti, en collaboration avec la Fondation Paul-Gérin-Lajoie.

La Fédération des commissions scolaires du Québec fait partie de cette alliance, annoncée en novembre. Le GRAHN souhaiterait que les cégeps et les universités du Québec s'y joignent également.

«Ce que nous préconisons, c'est une démarche concertée», explique Samuel Pierre, coordonnateur général et membre fondateur du GRAHN-Monde et professeur titulaire à l'École polytechnique de Montréal. L'objectif serait de créer un guichet unique de demande d'aide et un guichet unique d'offre d'aide québécoise, pour répondre à des besoins d'Haïti concernant le renforcement de son système éducatif.

«Nous croyons que l'éducation doit être au coeur de la reconstruction d'Haïti. On a oublié trop souvent que les problèmes d'Haïti ne datent pas du 12 janvier 2010, mais de bien avant, mentionne M. Pierre. Le grand défi auquel on fait face, et ce, depuis plus de deux siècles, c'est qu'on n'a jamais pu mettre en place un système éducatif qui soit suffisamment inclusif pour permettre à tous les jeunes Haïtiens d'accéder à l'école.»

Plan d'action

En novembre, le GRAHN a dévoilé son plan d'action à court terme, qui inclut la création de l'Alliance québécoise pour le renforcement de l'éducation en Haïti. Il souhaite aussi contribuer à l'organisation d'une conférence nationale sur la réforme du système éducatif haïtien et offrir un soutien à la création d'un établissement universitaire à Port-de-Paix et d'une université virtuelle à Jacmel.

Le GRAHN désire également créer un fonds d'investissement et de développement d'Haïti, qui mettrait à contribution la diaspora haïtienne et les amis de ce pays. M. Pierre explique qu'il s'agirait d'un outil à mi-chemin entre l'aide humanitaire et le financement bancaire, s'apparentant à un fonds de solidarité. «On reconnaît la nécessité qu'en certaines circonstances on puisse intervenir sur la base de l'aide d'urgence ou de l'aide humanitaire, mais ce n'est pas ça qui va développer le pays. Nos amis, on leur dirait: "Si vous voulez vraiment aider Haïti, acceptez de verser une partie de votre aide dans un Fonds d'investissement et de développement".» Selon le coordonnateur général du GRAHN-Monde, il faut sortir de la logique d'assistanat. M. Pierre indique avoir communiqué avec des gens des fonds Filaction et Fondaction CSN en vue de la création d'un fonds d'investissement et de développement d'Haïti.

Le plan d'action du GRAHN comprend aussi la création d'une radio éducative en Haïti, en partenariat avec l'Université du Québec à Montréal et grâce au soutien du ministère des Affaires étrangères et du Commerce international du Canada. Dans le cadre de ce plan, la section française du GRAHN a pour sa part fait parvenir 300 ordinateurs à des écoles et à des universités haïtiennes. Par ailleurs, le GRAHN veut créer un journal pour poursuivre sa mission de réflexion et d'action.

Organisation et activités

Le GRAHN est principalement composé de gens d'origine haïtienne, dont certains représentent des organismes de cette communauté. Selon ce mouvement qui se veut rassembleur, la reconstruction d'Haïti doit aller «au-delà de la simple réfection des infrastructures physiques». M. Pierre précise que le GRAHN souhaite «travailler à l'amélioration des conditions de vie de la population haïtienne, selon une démarche humaniste qui prend en compte les valeurs de justice sociale, de participation citoyenne et le culte du bien commun».

À l'heure actuelle, le GRAHN-Monde compte des sections à Montréal, à Québec, en Mauricie, à Ottawa et Gatineau, à Chicago, à Miami et en France. Il envisage de créer d'autres sections ailleurs ultérieurement.

Il a mis sur pied dix comités thématiques. Au sein de ces comités, diverses personnes réfléchissent à l'aménagement du territoire et à l'environnement, au développement économique et à la création d'emplois, aux infrastructures nationales, à la reconstruction de l'État et à la gouvernance, à la santé publique et à la population, à la solidarité et au développement social, au système éducatif, au patrimoine et à la culture, aux interventions urgentes et posturgentes ou à la planification globale et au financement. Le GRAHN a organisé un colloque en mars 2010, puis une conférence internationale en mai, à l'École polytechnique de Montréal.

Contribution

En novembre, il a lancé un livre intitulé Construction d'une Haïti nouvelle. Vision et contribution du GRAHN, publié aux Presses internationales Polytechnique. M. Pierre a assumé la direction de cet ouvrage collectif et de nombreuses autres person-nes y ont contribué.

Dans ce livre, le GRAHN fait 175 propositions pour la «construction d'une Haïti nouvelle», sur un horizon de 20 ans. Certaines sont des recommandations faites à l'intention des dirigeants actuels et futurs d'Haïti et d'autres sont des projets qualifiés de structurants, au nombre de 24. Le Fonds d'investissement et de développement d'Haïti est l'un de ces projets. Le GRAHN propose aussi par exemple de créer des guichets uniques de services de soutien aux entreprises, ainsi qu'une école et université d'été (EUE).

Dans le cadre de l'EUE, des personnes qualifiées issues de l'extérieur du pays viendraient offrir des formations en Haïti à des enseignants ou à des gens actifs dans d'autres secteurs d'activité. «Pour l'ampleur de la tâche, il n'y a pas suffisamment d'enseignants, de formateurs de maîtres en Haïti, mentionne le coordonnateur général du GRAHN-Monde. Il faut qu'on vienne en renfort.» L'objectif serait que, après dix ans, ce soutien ne soit plus nécessaire. «Il ne faut pas qu'on soit une béquille perpétuelle», affirme M. Pierre.

Les membres du GRAHN souhaitent que leurs propositions fassent leur chemin. «On va travailler avec beaucoup de conviction pour essayer d'amener les gens à adhérer à nos idées. On va les diffuser. On va chercher des alliés», indique M. Pierre.

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Collaboratrice du Devoir

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