Appel au départ des Casques bleus en Haïti

Selon les leaders de la diaspora haïtienne à Montréal, la MINUSTAH est une «occupation» «inutile et inefficace».<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Hector Retamal Selon les leaders de la diaspora haïtienne à Montréal, la MINUSTAH est une «occupation» «inutile et inefficace».

Devant la situation de «désordre» qui règne en Haïti, près d'un an après le séisme et près de trois semaines après le premier tour de l'élection présidentielle et des législatives, des leaders de la diaspora haïtienne de Montréal demandent le retrait de la mission de maintien de la paix des Nations unies dans le pays, la MINUSTAH.

Réunis en conférence de presse, le pasteur Jean Fils-Aimé, le directeur de la radio CPAM et avocat Jean-Ernest Pierre et le professeur Wilson Saintelmy ont dit vouloir «camper ce qui se dit dans la diaspora» montréalaise.

Dans une lettre au secrétaire général des Nations unies, qui devrait être publiée en ligne sous peu, les trois intellectuels demandent carrément le retrait de la MINUSTAH, cette mission de paix créée en 2004. Ils écrivent que le bilan de l'ONU «laisse à désirer» et que la mission de paix est une «occupation» «inutile et inefficace». «Depuis 2004, le pays est tout sauf stabilisé, a dit M. Fils-Aimé, en conférence de presse à Saint-Léonard. L'échec auquel nous assistons est aussi celui de l'ONU.»

Ils estiment que le pays n'a pas besoin de cette «tutelle». «Il y a 3000 policiers et 8000 militaires de la communauté internationale en Haïti. Pourtant, le pays n'est pas en guerre. Ce sont d'ingénieurs dont nous avons besoin», a ajouté le professeur Wilson, qui a enseigné la finance à l'UQAM. Les trois hommes jugent que la gestion de la crise haïtienne par les forces internationales ne tient pas compte des préoccupations de leurs proches restés en Haïti. «Ce que la population veut, c'est sortir des tentes dans lesquelles elle vit [depuis le séisme du 12 janvier 2010]», a dit Jean-Ernest Pierre.

Tous les candidats au second tour

MM. Pierre, Saintelmy et Fils-Aimé ont dit souhaiter que tous les candidats à l'élection présidentielle soient du second tour, ce qui est tout à fait inconstitutionnel. C'est justement ce qu'a demandé cette semaine Michel Martelly, chanteur populaire qui a terminé troisième et qui s'est donc vu écarté de la course, derrière le dauphin du président René Préval, Jude Célestin, et Mirlande Manigat, grande gagnante du premier tour. «Si tous les candidats étaient encore dans la course, ça aurait pour effet de décentrer les frustrations», estime le pasteur Pierre. Une entorse à la Constitution est nécessaire, ont-ils martelé hier. «La solution ne sera pas constitutionnelle, selon Jean Fils-Aimé. Martelly est populaire, Préval a son dauphin et les chiffres favorisent Manigat.» Ils doivent donc au moins tous être du second tour, prévu pour la mi-janvier.

Un second dépouillement des votes a été annoncé par le Conseil électoral provisoire de Haïti la semaine dernière.

Les trois hommes espèrent aussi qu'une enquête indépendante fera la lumière sur la provenance du choléra, qui a fait 2400 morts jusqu'à ce jour. Si la rumeur qui veut que ce soit des Casques bleus népalais de la MINUSTAH qui aient amené la maladie en Haïti se révèle fondée, les hommes souhaitent que le peuple reçoive un dédommagement. L'ONU a annoncé hier la mise en place d'un comité scientifique chargé d'enquêter sur l'origine de l'épidémie.