Haïti - Deux autres candidats demandent l'annulation des élections

Les candidats à la présidence Mirlande Manigat et Michel Martelly dimanche lors d’une conférence de presse à Port-au-Prince.<br />
Photo: Agence Reuters Kena Betancur Les candidats à la présidence Mirlande Manigat et Michel Martelly dimanche lors d’une conférence de presse à Port-au-Prince.

Port-au-Prince — Deux autres candidats à la présidence haïtienne ont dénoncé hier les conditions d'organisation du scrutin de dimanche et réclamé l'annulation de ce premier tour.

Mais Michel Martelly, qui avait demandé dès dimanche soir cette annulation avec 11 autres candidats, est revenu sur sa décision et a souhaité que le dépouillement des suffrages se fasse normalement. Le musicien a expliqué ce revirement par le fait qu'il était en tête dans les bureaux où il n'y a pas eu de fraudes. «Je veux que le Conseil électoral, le président Préval et la communauté internationale respectent le suffrage populaire», a-t-il dit.

Sur les 18 candidats qui briguaient la magistrature suprême, seuls cinq, dont Jude Célestin, protégé du président sortant, René Préval et champion du mouvement Inite (Unité), reconnaissent donc la validité du scrutin.

Le groupe des candidats à la présidence qui demande l'annulation du scrutin comprend notamment l'ancienne première dame Mirlande Manigat et l'avocat Jean-Henry Céant. Le Conseil électoral provisoire (CEP), ignorant plaintes et manifestations, a pourtant estimé que ces élections s'étaient «dans l'ensemble bien déroulées».

Au lendemain du vote, la tension et l'incertitude régnaient hier à Port-au-Prince. Dans certains quartiers, des affiches électorales et des bulletins de vote inutilisés jonchaient les rues.

Une centaine de personnes se sont rassemblées près du palais présidentiel, en grande partie effondré depuis le tremblement de terre, pour dénoncer les fraudes et réclamer l'annulation des élections. «Nous ne comprenons vraiment pas ce qui se passe, on attend toujours les résultats», a déclaré un électeur, Fritz Étienne. Le CEP a fait savoir qu'il faudrait peut-être une semaine pour connaître les premiers résultats.

La mission des Nations unies en Haïti (MINUSTAH), ainsi que les observateurs de l'Organisation des États américains (OEA) et de la Communauté caraïbe ont fait savoir qu'ils recueillaient des informations sur le déroulement du scrutin avant de se prononcer. Pour les organisations internationales, accepter le résultat du vote risque de provoquer la colère de l'opposition, le rejeter pourrait affaiblir les autorités qui ont organisé le scrutin — un dilemme potentiellement explosif.

Le Center for Economic and Policy Research, dont le siège est à Washington, considère le vote de dimanche «comme une farce grossière du début à la fin» et parle notamment de bourrage des urnes, comme l'ont dénoncé des opposants qui affirment que «des victimes du tremblement de terre ont voté». «La communauté internationale devrait rejeter ces élections et affirmer son soutien aux institutions démocratiques», dit Mark Weisbrot, codirecteur du centre. «Sinon, il y aura en Haïti un gouvernement largement considéré comme illégitime.» Weisbrot demande que le CEP, accusé de favoriser Jude Célestin, soit remplacé en vue de l'organisation de nouvelles élections dont le résultat sera crédible.

Des manifestations avaient éclaté dès la fermeture des bureaux de vote dimanche soir. Les stations de radio haïtiennes ont fait état de la mort de deux personnes lors de violences dans le sud du pays.

Onze mois après le séisme meurtrier du 12 janvier, le pays est confronté actuellement à une épidémie de choléra qui a fait plus de 1700 morts.

Des émeutes contre les Casques bleus ont éclaté ces dernières semaines à la suite de rumeurs accusant le contingent népalais de l'ONU d'avoir été le vecteur de la bactérie du choléra. Ces violences ont compliqué encore un peu plus la lutte contre la maladie ainsi que l'organisation des élections.