Chaos électoral en Haïti - Le Conseil électoral valide le scrutin malgré l'appel à l'annulation pour cause de fraude lancé par 12 des 18 candidats à la présidence

Un homme ramasse des bulletins de vote après que des électeurs, mécontents de ne pas trouver leurs noms sur les listes, eurent saccagé un centre de vote à Port-au-Prince, hier, jour d’élections législatives et présidentielle. Le scrutin a été annulé dans 56 des 1500 bureaux de vote en raison de violences.<br />
Photo: Agence Reuters Eduardo Munoz Un homme ramasse des bulletins de vote après que des électeurs, mécontents de ne pas trouver leurs noms sur les listes, eurent saccagé un centre de vote à Port-au-Prince, hier, jour d’élections législatives et présidentielle. Le scrutin a été annulé dans 56 des 1500 bureaux de vote en raison de violences.

Les élections présidentielle et législatives en Haïti se sont déroulées hier sur fond de dénonciation de manœuvres politiques et de violences. Douze candidats à la présidence ont demandé à ce que le scrutin soit annulé, appuyés par des milliers de manifestants. Le Conseil électoral provisoire (CEP) a tout de même validé le scrutin dans la grande majorité du pays.

«Nou bouke» (Nous sommes fatigués), criaient des manifestants hier à Port-au-Prince, déchirant au passage des affiches électorales de Jude Célestin, le dauphin du président sortant, René Préval. Ils faisaient écho aux douze candidats à la présidence qui ont rencontré ensemble la presse pour dénoncer ce qu'ils considèrent comme «un complot du gouvernement et du Conseil électoral provisoire pour trafiquer les élections au profit du candidat du parti au pouvoir».

Le groupe comprend de grands noms de cette élection, tels ceux de Mirlande Manigat et de Michel Martelly, les deux candidats qui se partageaient le plus d'intentions de vote avec Jude Célestin ces derniers jours. Les candidats affirment que le parti de René Préval a rempli des urnes et qu'il retournait les électeurs susceptibles d'appuyer d'autres candidats que M. Célestin. Ils ont indiqué qu'ils se rencontreraient aujourd'hui pour trouver une solution. La foule présente pour la conférence de presse scandait «Arrêtez Préval». Plus tard, la radio de Port-au-Prince indiquait que deux candidats à la présidentielle se seraient ajoutés aux revendications.

Le CEP a indiqué en soirée que la consultation était «réussie», malgré les contestations. Le scrutin a été annulé dans 56 des 1500 bureaux de vote. «On va étudier au cas par cas les endroits où il y a eu un problème», a déclaré le directeur général, Pierre-Louis Opent. «Dans 48 ou 72 heures, on décidera de ce qu'on fait.» «Nous n'avions pas la prétention d'organiser des élections sans irrégularités, a ajouté le vice-président du CEP, Theleve Toussaint. Ce sont des irrégularités qui sont dues aux faiblesses des structures de l'État.» Un bilan sur le scrutin sera publié dans deux jours.

Électeurs retournés


Les Haïtiens ont été nombreux à se rendre aux bureaux de vote, qui dans certains cas ont ouvert leurs portes deux heures en retard. Même dans les églises, on incitait les gens à aller voter. Les candidats ont aussi interpellé les électeurs ce week-end, envoyant des textos sur les téléphones portables.

Mais de nombreux électeurs pourtant inscrits n'ont pas réussi à mettre leurs bulletins dans les urnes, car le personnel des bureaux de vote leur expliquait que leur nom ne figurait pas sur la liste électorale. Certains observateurs avancent que le manque d'organisation pourrait expliquer les problèmes rencontrés, plutôt qu'une fraude.

Le CPE explique plutôt que «dans la fièvre électorale de la journée, des électeurs n'ont pas réussi à trouver leur bureau de vote», a souligné M. Dorsainvil.

Le chanteur d'origine haïtienne Wyclef Jean, qui aurait voulu se présenter à la présidentielle malgré le fait qu'il habite aux États-Unis depuis de nombreuses années, a donné son appui aux contestataires en défilant hier dans la rue avec eux hier. «On ne doit pas voler le vote populaire», a-t-il dit. En général, les manifestations se sont déroulées dans le calme.

Mais les protestations ont tout de même causé la mort d'au moins deux personnes et en ont blessé plusieurs, selon un policier interrogé par l'Agence France-Presse. Des bureaux de vote ont d'ailleurs été fermés dans deux villes du nord d'Haïti, en raison de violences. Un centre de vote de la capitale a été complètement saccagé. «Une trentaine de personnes sont arrivées d'un coup et ont tout saccagé. Elles n'avaient pas leurs noms sur les listes et ne pouvaient pas voter», a expliqué un responsable du bureau de vote. Plusieurs assurent avoir vu les noms de proches décédés sur les listes électorales affichées.

Selon AlterPresse-Haïti, certains électeurs qui n'ont pu voter ont l'intention de descendre dans la rue à nouveau aujourd'hui pour demander à pouvoir exercer leur droit de vote. «Nous demandons à ce qu'on dresse un procès-verbal pour que tous les détenteurs de la carte électorale puissent voter», ont dit des électeurs de la capitale.

Dans un communiqué diffusé hier soir, l'Organisation des Nations unies et la communauté internationale ont exprimé «leur préoccupation suite aux nombreux incidents» survenus au cours des élections.

Cinq candidats avaient déjà demandé le report du scrutin, la semaine dernière, en raison de l'épidémie de choléra, qui a déjà affecté 57 000 personnes, en plus d'en tuer 1400.

Les résultats des élections devraient être révélés le 7 décembre, tandis que la passation des pouvoirs se fera en février. Le second tour de la présidentielle se tiendra en janvier si aucun candidat n'a obtenu plus de 50 % des voix.

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D'après l'Agence France-Presse et l'Associated Press
7 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 29 novembre 2010 00 h 57

    POURQUOI DIABLE, UNE FRAUDE DES VOTES DANS UN PAYS SI PAUVRE?

    Aux USA, ce comprendrais, une terre d'abondance. Mais Haïti démoli par un tremblement de terre, ravagé par le choléra et quoi d'autre. Puis, je crois comprendre. Comme en Afganisthan et autres pays du genre, le président élu se réclamera souverain dans l'aide à ses concitoyens. Autrement dit, le Canada n'aidera pas directement le peuple mais devra passer parle gouvernement haitien. Et lors de tel passage, les gens au pouvoir se prennent une cotes et deviennent vite très riches.

    Donc, on ne passe pas par les politiciens pour aider le peuple, même si son gouvernement se targue d'être souverain...

  • meme moi ici - Inscrite 29 novembre 2010 07 h 28

    la première page...

    c'est très important cette élection en Haiti. Cependant, il y a une élection (même si elle est partielle ) au Québec, kamouraska le saviez-vous?
    et les médias parlent et parlent encore de l'élection en Haiti et par la suite nous verrons probablement comme titre: "Les gens de karmouraska sont peu nombreux à avoir exercer leur droit de vote"
    les médias, le Devoir compris n'ont-ils pas une importante part de responsabilité dans le fait que les gens ne sortent pas pour aller voter... et encore kamouraska contrairement aux deux autres partielles ne passe pas inaperçue... Si on veut que les gens sortent pour voter, il faut que ce soit assez important pour en parler...

    ceci dit, si on revient à cette nouvelle, vous avez raison madame Dionne, il ne faut pas passer par les politiciens de Haiti pour aider leur peuple et on ne peut pas non plus se fier à nos gouvernements non plus pour que notre générosité se rende à bon port... il y a beaucoup trop de mains tendues entre ce peuple dans le besoin et le nôtre aux grands coeurs

  • André Michaud - Inscrit 29 novembre 2010 08 h 49

    Aucun espoir

    Si j'étais haitien et j'avais des enfants je chercherais a tout prix a quitter ce pays de misère sans espoir..corruption endémique, famine, maladie, désastres, chance d' éducation presque nulle, graves problèmes écologiques, vivre dans des taudis immondes.....

    La seule solution concrète qui pourrait être efficace serait de fermer le pays et que les pays riches accueillent ces humains, y a t'il vraiment d'autres solutions efficaces ??

  • Sylvain Auclair - Abonné 29 novembre 2010 09 h 18

    Pourquoi si compliqué?

    Je me demande bien pourquoi un pays si petit qu'Haïti a besoin d'un système électoral si compliqué, avec une assemblée, un sénat et un président, ce qui implique un gouvernement redevable à la fois devant le président et l'assemblée (ou les deux assemblées)? En plus des municipalités et des départements. Et pourquoi on n'avait pas, par exemple, affiché par avance les listes électorales devant les bureaux de vote, comme on le faisait ici il n'y a pas si longtemps, sur les poteaux (certains s'en souviennent sans doute)? Et j'imagine qu'ils utilisent le système français, avec un bulletin de vote par candidat, des enveloppes et des urnes en plastique transparent: même nous trouverions ce système trop compliqué et trop coûteux, alors que nous sommes plus instruits et plus riches que les Haïtiens. Un système de style britannique ou israélien serait plus simple et tout à fait convenable.

  • pagerry3 - Inscrit 29 novembre 2010 09 h 30

    Que de malédictions.

    Après que la terre eut tremblé, voilà que le choléra et les élections en Haïti font trembler. Enfin, que restera-t-il de cette terre de la culture des malédictions ?