Haïti - Appel massif à l'annulation de l'élection

Douze des 19 candidats au premier tour de la présidentielle en Haïti ont appelé dimanche à l'annulation du scrutin, accusant le parti du président sortant René Préval de fraudes électorales. De nombreux électeurs n'ont pas pu déposer leur bulletin dans l'urne, le personnel des bureaux de vote leur expliquant que leur nom n'était pas inscrit sur la liste.

La plupart des candidats importants de l'opposition ont apporté leur soutien à une déclaration commune dénonçant des irrégularités. La candidate Anne Marie Josette Bijou a lu ce message qui appelle les Haïtiens à descendre dans les rues pour protester contre les fraudes électorales. Elle a été applaudie par la foule, qui a chanté l'hymne national et a scandé «Arrêtez Préval».
 
Le président sortant René Préval est accusé de favoritisme envers Jude Célestin, le candidat de son parti Inité («Unité» en créole).
 
On ignore pour l'heure si les problèmes signalés résultent d'une tentative de triche de grande ampleur ou d'une désorganisation liée au tremblement de terre meurtrier du 12 janvier - des cartes d'électeur ont été perdues, des bureaux de vote détruits.
Célestin Favori
Quelque 4,5 millions d'Haïtiens étaient appelés aux urnes ce dimanche dans ce pays où le choléra continue de se propager.
 
En ce premier tour de la présidentielle, 19 candidats se disputent la succession de René Préval, qui n'a pas le droit de se représenter. Son parti Unité soutient Jude Célestin, qui fait figure de favori, et dont la plus sérieuse opposante semble être l'ex-première dame Mirlande Manigat.
 
Les bureaux de vote devaient ouvrir à 6h du matin. Mais la plupart ont connu des retards d'au moins une heure. La confusion régnait autour des isoloirs: les observateurs envoyés par des dizaines de partis encombraient les lieux tandis que des électeurs étaient repoussés car leur nom n'apparaissait pas sur la liste du bureau.
 
Ailleurs, des électeurs ont trouvé porte close quelques heures à peine après le début du scrutin. Des témoins ont signalé des violences et des intimidations, ainsi que le vol d'une urne à la Cité Soleil, un grand bidonville de Port-au-Prince.
 
Manifestations

À la radio nationale, on parle d'un coup d'état démocratique. Les premières manifestations ont commencé près de l'hôtel où a eu lieu la conférence de presse. Les gens criaient: «Nou bouke» (nous sommes fatigués). Les hélicoptères de l'ONU survolent également le ciel de Port-au-Prince.
 
Ce matin, dans l'ensemble des bureaux de vote, la situation était
relativement calme. La première manifestation a commencé vers 10 heures. Les gens accusaient le candidat du président, Jude Célestin, d'avoir fait campagne avec l'argent du peuple. Une deuxième vague de manifestations a eu lieu vers 11 heures, certains affirmant que «des morts sont en train de voter».
 
Il y avait une réelle volonté ce matin pour les gens de voter. Ils étaient
très nombreux aux urnes. Même les curés dans les églises avaient demandé aux électeurs de se déplacer.
 
Manigat bien placée

Des élections municipales, locales et législatives sont organisées en même temps que la présidentielle: onze sièges sont à pourvoir au sénat et 99 à la chambre des députés. Mais c'est le premier tour de la présidentielle qui retient toutes les attentions.
 
Jude Célestin, qui dirige une société publique de construction, n'a pas lésiné sur les moyens de campagne. Des avions tractant des calicots où était imprimé son nom ont largué des prospectus au-dessus des villages de tentes où vivent des milliers de rescapés du séisme, aujourd'hui sans abri. Samedi, les téléphones portables haïtiens ont reçu un SMS reprenant un slogan de Jude Célestin: «Assurons la stabilité». Et son équipe de campagne l'appelle déjà «le président».
 
Les sondages donnent bien placée Mirlande Manigat, 70 ans, dont le mari avait été amené au pouvoir puis écarté par l'armée. Également candidat, le chanteur Michel Martelly, ou Sweet Micky, est populaire auprès des jeunes.
 
Certains sympathisants de Jean-Bertrand Aristide, l'ancien président en exil, pourraient donner leur voix à l'avocat Jean Henry Ceant, qui se présente sous la bannière «Aimer Haïti». Le parti d'Aristide, Fanmi Lavalas (La famille Lavalas), a été disqualifié pour une raison technique qui n'a pas été expliquée - certains de ses partisans ont alors menacé de boycotter l'élection.
 
À la recherche d'une réhabilitation

Les anciens Premiers ministres Jacques Edouard Alexis et Yvone Neptune se présentent aussi au premier tour, à la recherche sans doute d'une réhabilitation politique, tout comme Charles-Henri Baker, le patron d'une firme textile qui avait perdu face à René Préval il y a cinq ans.
 
Les dernières semaines de la campagne ont été émaillées de violences. Au moins une personne a été tuée lors d'un affrontement entre les partisans de Célestin et de Baker à Jérémie, dans l'ouest du pays.
 
L'élection est compliquée par les ravages du séisme du 12 janvier qui a fait 300 000 morts et 1,6 million de sans-abri, et l'épidémie de choléra qui a fait à ce jour 1400 morts et 25 000 malades.
 
Les résultats préliminaires ne sont pas attendus avant le 7 décembre. Un second tour se tiendra en janvier dans le cas très probable où aucun candidat n'obtiendrait la majorité absolue dimanche.
 
En cas de victoire, M. Célestin devrait maintenir le cap politique de son prédécesseur et conserver l'actuel Premier ministre Jean-Max Bellerive et une grande partie du gouvernement.
 
Le futur chef de l'État sera à la tête de l'une des économies les plus calamiteuses du monde. Et il aura la responsabilité de gérer les dix milliards de dollars d'aide étrangère promis pour la reconstruction du pays après le séisme du 12 janvier.
1 commentaire
  • Louis-Philippe,Roussel - Abonné 28 novembre 2010 20 h 39

    Opportunisme politique?

    Considérant que le pays est dans un crise humanitaire depuis janvier dernier et que celle-ci s'accentue depuis qu'une récente crise de choléra a débuté, comment s'attendre à ce qu'une élection ait lieu normalement dans ce pays? Qui était assez naïf pour le croire?

    Ceux qui demandent actuellement l'annulation de l'élection savaient très bien que celle-ci se déroulerait dans le chaos.

    Des irrégularités dites-vous? Dans ce pays qui n'a pas une tradition démocratique bien établie, comme peut-il en être autrement? Chaque élection en Haïti a connu des irrégularités!

    Comme si l'opportunisme n'était pas suffisant, nous faisons également face à un manque de jugement de la part des leaders politiques qui demandent au Haïtiens de sortir dans la rue. Faire cela, c'est provoqué et même encouragé les dérapages et les actes violents!

    Le peuple est fatigué et impatient face à tant de misère. Il ne manque qu'une étincelle pour que la situation dégénère vers des actes de violence.

    Et que ferrons-nous si la violence dégénère en conflit armé entre groupes politiques interposés? C'est l'ensemble de l'aide humanitaire qui sera mis en péril.

    L'opportunisme et l'irresponsabilité de ces politiciens font peine à voir.