Les Haïtiens vont aux urnes - Ayiti eleksyon 2010: n ap vote! On va voter!

Port-au-Prince —Haïti et tout Port-au-Prince vibrent en attendant les élections du 28 novembre. Dans les derniers jours, les candidats aux élections présidentielles, sénatoriales et législatives, ont augmenté la cadence. Tous les moyens sont bons pour convaincre, séduire et inviter la population à se rendre massivement aux urnes. Certains candidats plus fortunés n'hésitent pas à déployer l'artillerie lourde pour monopoliser l'espace public — la rue, les murs des édifices et même le ciel de la capitale haïtienne — pour se faire voir.

Les nombreuses affiches représentant le visage et le numéro des différents candidats ont donné une nouvelle couleur à Port-au-Prince. Elles sont partout présentes. Sur les poteaux, les murs des édifices, les poubelles et sur les véhicules de transport public. Même les panneaux utilisés habituellement pour de la publicité ont été monopolisés. De nombreuses banderoles sont installées au-dessus des rues avec le slogan des partis politiques. «C'est la première fois, en Haïti, qu'il y a autant d'affiches dans les rues et dans tout le pays pour des élections présidentielles. C'est étonnant en même temps», remarque le Dr Max Millien.

Un des candidats au poste de président, Jude Célestin, deuxième favori selon le dernier sondage du 25 novembre avec 20,1 % des intentions de vote, se fait reconnaître en utilisant le jaune et le vert pour sa campagne. Un clin d'oeil s'adressant, entre autres, aux passionnés de football et de l'équipe brésilienne. Dans le ciel de Port-au-Prince, un hélicoptère circule avec ces couleurs et la figure du candidat plusieurs fois pendant la journée. Deux avions avec des banderoles au slogan de Célestin ont également sillonné l'espace aérien dans la journée de jeudi.

Dans les quartiers de Port-au-Prince, des scènes ont été installées aux couleurs des candidats. Elles sont utilisées comme espace public pour s'adresser à la population. Lors du passage d'un candidat, le déplacement des militants venus l'écouter cause un embouteillage monstre. Les Haïtiens chantent, dansent et rient. Le passage des candidats est une occasion de faire la fête et de chanter l'espoir du changement. On retrouve principalement des jeunes lors de telles manifestations, comme si l'élection allait insuffler un vent nouveau: «Ap gen chanjeman», peut-on entendre.

Dans ce mélange de couleurs partisanes, on aperçoit les affiches du Conseil électoral provisoire (CEP). Leur slogan est: «N ap vote!» (On va voter!), qui s'accompagne de la phrase: «Wi n ap vote! pou Ayiti vin pi bèl» (Oui on va voter! Pour une Haïti plus belle). Pour le directeur des opérations électorales au CEP, Louiner Jean Mary, les campagnes électorales des candidats ont contribué à augmenter l'effervescence au sein de la population. «Les candidats ont fait une grosse campagne. Ça devrait inciter les gens à venir voter», estime-t-il. Dans les bureaux du CEP fourmillent de nombreux travailleurs électoraux. Le coût des élections est estimé à près de 30 millions de dollars américains. De ce nombre, environ 8 millions proviennent du gouvernement haïtien. «Les bureaux de vote vont ouvrir à 6 heures du matin et fermeront à 16 heures. Les électeurs recevront trois bulletins de vote, député, sénateur et président, où seront inscrits le nom des candidats, leur numéro, logo et leur photographie», précise le directeur des opérations électorales, indiquant qu'il y a quatre millions d'électeurs inscrits sur la liste électorale officielle.

Pour voter au premier tour dimanche, les citoyens doivent avoir leur carte d'identité nationale. Ils peuvent la récupérer dans les bureaux de vote, pourvu qu'ils se soient inscrits dans les délais établis. Le processus d'attribution est chaotique. Les gens se bousculent à l'extérieur pour entrer. La distribution est faite par appel alphabétique. Selon les Nations unies, la liste électorale n'a pas été épurée depuis 2005. Les morts des cinq dernières années figurent sur cette liste, y compris ceux du tremblement de terre. Il sera donc difficile d'établir le véritable taux de participation. La récupération des cartes va se terminer tard dans la nuit de d'aujourd'hui. La liste des candidats au deuxième tour sera dévoilée le 7 décembre, pour une élection le 16 janvier.

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Collaboratrice du Devoir