Haïti : la campagne présidentielle menace de sombrer dans la violence

Des Haïtiens faisaient la file hier à Port-au-Prince pour recevoir leur carte d’identité.<br />
Photo: Agence Reuters Kena Betancur Des Haïtiens faisaient la file hier à Port-au-Prince pour recevoir leur carte d’identité.

Port-au-Prince — Un candidat visé par un attentat, deux hommes abattus lors d'affrontements entre militants: à cinq jours des élections présidentielle et législatives de dimanche en Haïti, la campagne électorale menaçait de céder à la violence, en pleine épidémie de choléra.

Des heurts ont éclaté lundi soir à Beaumont (sud-ouest) entre sympathisants de deux candidats à la présidentielle, Jude Célestin, du parti INITE, proche du pouvoir, et Charles-Henri Baker, du parti RESPE, qui effectuaient tous deux une tournée électorale.

Les militants se sont affrontés à coups de jets de pierre, de bouteilles et en tirant avec des armes à feu, a indiqué un officier de la police locale, sous couvert de l'anonymat. Il y a eu un mort dans chaque camp, et cinq blessés, a-t-il précisé.

Lundi également, un bureau électoral a été saccagé dans le nord-ouest du pays par les partisans de la candidate Mirlande Manigat, rapportaient des radios de Port-au-Prince. Ils protestaient contre la composition des bureaux électoraux (chargés d'organiser les élections), formés exclusivement, selon eux, de proches de M. Célestin.

L'ancien premier ministre Jacques-Édouard Alexis a mis en garde contre la possibilité que des armes aient été distribuées dans le pays à l'approche des élections.

Ce climat de violence menace la bonne tenue d'élections cruciales pour la stabilité d'un pays exsangue qui se débat depuis la mi-octobre avec une épidémie de choléra dont le bilan ne cesse de grimper. La maladie a fait 1415 morts et entraîné plus de 25 000 hospitalisations, selon le décompte communiqué hieri par le ministère de la Santé.

Des fonds d'urgence doivent être débloqués, car le financement de la lutte contre le choléra est beaucoup trop faible, a estimé hier la porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU, Élisabeth Byrs. «C'est une situation d'extrême urgence, une question d'heures.»

La maladie a suscité des manifestations violentes la semaine dernière, notamment à l'encontre des casques bleus népalais, accusés d'avoir importé la bactérie mortelle.

Des groupes de défenses des droits de la personne américains et haïtiens ont lancé hier un appel commun demandant le report des élections, estimant qu'il était impossible d'organiser un scrutin crédible dans ce contexte. La menace de la maladie semblait d'ailleurs éclipser en partie l'enjeu des élections, comme en témoignait hier la une du Nouvelliste, le plus ancien quotidien du pays, consacrée aux morgues qui «refusent les cadavres contaminés».

Le choléra poussait les Haïtiens à changer leurs habitudes: nombre d'entre eux ont arrêté de se serrer les mains. À la place, ils s'entrechoquent les poings ou les coudes.

Malgré tout, des centaines de personnes attendaient mardi matin devant le commissariat de police de Pétionville, au nord de Port-au-Prince, espérant recevoir une carte d'identité qui leur permettra de voter.