Haïti sur le pied de guerre - La tempête tropicale Tomas touchera l'île ce matin

Les Haïtiens se préparaient hier à accueillir la tempête tropicale Tomas.<br />
Photo: Jean-François Leblanc - Le Devoir Les Haïtiens se préparaient hier à accueillir la tempête tropicale Tomas.

C'est sous une pluie entêtée et fouettées par un vent impétueux que les autorités haïtiennes et les organisations non gouvernementales (ONG) accéléraient, hier soir, les préparatifs à l'approche de la tempête tropicale Tomas. La violente perturbation atmosphérique, qui a déjà fait un mort, doit toucher ce matin les côtes de l'île d'Hispaniola.

«Il y a eu le tremblement de terre, il y a eu le choléra et maintenant il y a cette tempête. On s'attend à être coupés du monde pour les 24 prochaines heures», affirme Marie-Ève Bertrand, de CARE. Sur le pied de guerre, elle appréhende des inondations et des coulées de boue meurtrières... ainsi qu'une augmentation des cas de choléra, qui a fait près de 450 morts jusqu'à présent.

CARE a déployé au cours des derniers jours une petite armée de 450 travailleurs humanitaires dans différentes agglomérations susceptibles d'être frappées par la tempête. Ils s'affairaient, hier soir, à entasser du matériel d'urgence à l'intérieur d'entrepôts et de camions.

De son côté, la Croix-Rouge sera en état de distribuer des produits de première nécessité à 17 000 familles «juste après de fortes bourrasques ou de fortes pluies», notamment à Jacmel et à Les Cayes. «Déjà, on commence à sentir les effets de cette tempête tropicale qui fonce tout droit sur nous», a souligné la porte-parole de la Croix-Rouge, Sophie Chavanel, à RDI. «On s'attend à ce qu'il y ait 30 cm de pluie. C'est énorme ici en Haïti», a-t-elle ajouté.

Les autorités recommandaient fortement à des centaines de milliers de sinistrés du séisme du 12 janvier de fuir les camps de déplacés afin de trouver un abri plus sécuritaire dans des écoles, des églises ou même des prisons abandonnées. Mais, la plupart des déplacés sont restés sur place afin de protéger leurs biens.

«L'ouragan n'est pas une blague. Vous devez vous en aller d'ici», criait un policier équipé d'un mégaphone qui a fait la tournée, hier avant-midi, du camp de Corail-Cesselesse pour inciter les réfugiés à fuir.

Le président René Préval a aussi exhorté ses compatriotes à prendre toutes les précautions à quelques heures de l'arrivée sur le littoral haïtien de la tempête tropicale. «Protégez vos vies», a lancé le chef de l'État à la radio.

En plus de pluies torrentielles, le passage de la tempête risque de provoquer une vague de deux à trois mètres qui, en déferlant sur les zones côtières à très faible altitude, menace 1,5 million d'habitants, a averti le coordonnateur des affaires humanitaires des Nations unies en Haïti, Nigel Fisher.

Le gouvernement du Canada est «prêt à intervenir», a assuré, hier après-midi, le ministre des Affaires étrangères et du Commerce international, Lawrence Cannon. «Les gens sont aux aguets. Le matériel humanitaire est prêt», a-t-il dit.

Aide canadienne

Par ailleurs, M. Cannon a annoncé que le gouvernement du Canada construira le nouveau quartier général de la police nationale haïtienne. Il s'agit d'un projet de deux ans évalué à 9,5 millions de dollars, a-t-il précisé. «Grâce au nouveau quartier général, la police nationale fournira des services de sécurité cruciaux au pays et à ses concitoyens, ce qui préviendra la violence, la contrebande et la traite des humains.»

Un programme de formation en secourisme, réanimation cardiorespiratoire et préparation aux catastrophes sera aussi offert aux membres de la police nationale haïtienne par Ambulance Saint-Jean, et ce, au coût de 1,3 million. Sur deux ans, environ 7000 agents «acquerront les compétences essentielles pour l'intervention d'urgence».

Quelque 150 millions ont été engagés sur la somme promise, a répété hier le chef de la diplomatie canadienne. «Il reste beaucoup à faire [mais] nous progressons.»

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Avec Associated Press et Reuters
1 commentaire
  • oracle - Inscrit 5 novembre 2010 08 h 22

    Pauvre Haiti !

    "Protégez vos vies!, a donc lancé le chef de l'État à la radio. Des vies qui n'ont plus aucune signification pour ceux et celles qui les endurent, tant ce président n'a absolument rien foutu au cours de deux mandats de cinq ans, pour convaincre ses compatriotes que la vie valait la peine d'être vécue.

    Quant à l'intervention du ministre Canon, il ne faut pas s'y méprendre. Elle n'est ni plus ni moins que la réponse du ministre aux critiques acerbes dirigées contre son gouvernement pour avoir délaissé les missions de paix au profit d'initiatives guerrières, suite à la défaite cinglante du canada au Conseil de Sécurité. Voyons, nous claironne donc notre diplomate in chief, nous sommes bel et bien engagés dans une mission de paix en Haitri, où soit dit en passant, il ne sévit ni guerre ethnique, ni guerre tribale, encore moins des quelconques groupements belligérants. Dans ce registre, le Canada trouverait bien mieux à faire chez des voisins immédiats d'Haiti, tels que la Jamaique avec une moyenne de 5 meurtres par jour, ou le Honduras avec 286 par mois, sans oublier le Mexique, qui bat d'un jour à l'autre ses propres records d'assassinats.

    Pierre-Michel Sajous