Argentine - La mort de Nestor Kirchner brouille les jeux de pouvoir politiques

En 2007, Cristina Kirchner avait succédé à son mari à la présidence de la République d’Argentine avec plus de 45 % des suffrages. Selon un éditorial du journal d’opposition La Nación, Nestor Kirchner «exerçait réellement le pouvoir, et non pas son épouse [...] Elle n’a jamais cherché à se constituer un espace propre de pouvoir, ou même symbolique».<br />
Photo: Agence Reuters Enrique Marcarian En 2007, Cristina Kirchner avait succédé à son mari à la présidence de la République d’Argentine avec plus de 45 % des suffrages. Selon un éditorial du journal d’opposition La Nación, Nestor Kirchner «exerçait réellement le pouvoir, et non pas son épouse [...] Elle n’a jamais cherché à se constituer un espace propre de pouvoir, ou même symbolique».

Quel destin pour l'Argentine? La mort totalement inattendue de son ex-président, Nestor Kirchner, laisse le pays dans un grand vide politique. Le journal d'opposition La Nación publiait jeudi un éditorial dans lequel il soulignait l'originalité de la situation. «C'est la première fois dans l'histoire de l'Argentine que la mort de quelqu'un qui n'est pas le président génère une situation pareille», écrit-il.

«Jusqu'au dernier moment, il nous a bien fait comprendre que c'est lui qui exerçait réellement le pouvoir, et non pas son épouse, la présidente Cristina Kirchner. Elle ne l'a jamais refusé, et elle n'a jamais cherché à se constituer un espace propre de pouvoir, ou même symbolique.»

Mais ce décès prématuré pourrait permettre à la présidente de faire ses preuves. «Elle peut maintenant prendre des décisions qui s'imposent [et auxquelles Nestor Kirchner était opposé], comme prendre ses distances d'avec Hugo Moyano.» La famille Kirchner doit beaucoup à ce personnage controversé, secrétaire général du principal syndicat, la CGT, et homme politique de gauche.

«Une chance historique»?

L'influence de Moyano serait devenue si grande (financement de campagnes électorales, soutien politique...) que les Kirchner auraient envisagé de s'en séparer. «Ce sera probablement la première chose que le monde politique observera pour voir si elle a la volonté de changer», poursuit La Nación.

Le journal se veut rassurant, mais ferme: «La continuité institutionnelle n'est pas en danger, mais la gouvernance dans la dernière partie du mandat de Cristina [Kirchner] pourrait le devenir si elle ne saisit pas cette chance historique: cesser d'être la présidente d'une faction pour devenir la présidente de tous les Argentins.»

Ricardo Kirschbaum, éditorialiste du journal Clarín, rejoint La Nación dans son analyse de la situation. «La disparition du leader politique ET du candidat met sur la table deux questions auxquelles devra répondre Cristina. Sa candidature à la réélection a été abordée [mercredi] par Hugo Moyano, et il a aussi parlé de restructurer le PJ [Partido Justicialista, parti des Kirchner]. [La CGT] sait qu'au-delà de la douleur et du chagrin, les espaces politiques doivent être comblés rapidement.»

Il est encore trop tôt pour connaître les intentions de chacun, à l'heure des commémorations. Les leaders de l'opposition ont ainsi rendu hommage au bon sens politique de Nestor Kirchner, mais sa mort pourrait bien attiser des convoitises. Du côté de Cristina Kirchner, elle ne recueillerait pour le moment que 35 % des votes. Trop peu pour espérer une victoire au premier tour de l'élection présidentielle d'octobre 2011.

Le 28 octobre 2007, Cristina Kirchner avait pourtant succédé à son mari à la présidence de la République d'Argentine avec plus de 45 % des suffrages. Après Isabel Perón, elle était la seconde femme à devenir présidente de l'Argentine. Avocate et sénatrice péroniste de 54 ans, la «reine Cristina», comme l'appelaient ses détracteurs, avait alors pris les commandes de l'Argentine pour quatre ans avec «le changement dans la continuité» comme slogan. L'opposition craignait déjà le retour de son mari en 2011 et l'installation d'une dynastie «tournante» des Kirchner.

Un tandem de la politique

À propos des époux Kirchner, Rafael Bielsa, ministre des Affaires étrangères jusqu'en novembre 2005, avait eu cette définition: «C'est un magnifique animal politique bicéphale.» Cristina Kirchner n'est pas la première femme à gouverner le pays, mais c'est la seule qui a la stature d'une femme d'État. «C'est une dirigeante politique dont le discours est beaucoup plus élaboré que celui de son mari», a déjà assuré Edgardo Mocca, professeur d'analyse politique à l'Université de Buenos Aires. «Bien sûr, on peut s'interroger sur la manière dont elle a été désignée candidate, par son mari, sans aucun débat, mais c'est simplement dû à la détérioration des institutions politiques de l'Argentine», estime le chercheur.