Brésil - L'héritière en route vers la victoire

À six jours du second tour de l'élection présidentielle au Brésil, José Serra a multiplié lundi soir les attaques contre Dilma Rousseff, la candidate du pouvoir, lors de l'avant-dernier débat de la campagne.

São Paulo — Dilma Rousseff, l'ex-directrice de cabinet du président Luis Inacio Lula da Silva, semble avoir définitivement pris le large dans les intentions de vote mesurées par les différents instituts de sondage brésiliens.

La candidate du Parti des travailleurs, qui croyait en sa victoire dès le premier tour, le 3 octobre dernier, a dû se résoudre à un ballottage, en grande partie en raison de la percée électorale inattendue de Marina Silva, candidat écologiste, et de la controverse sur ses positions en faveur du droit à l'avortement, un sujet particulièrement sensible pour les électeurs évangélistes.

Dans les jours qui ont suivi le premier tour, Dilma Rousseff a vu José Serra refaire une partie de son retard. Et la nervosité a gagné son camp. Mais Marina Silva et sa formation, le Partido Verde, ont refusé de donner des consignes de vote en vue du second tour, laissant les quelque 20 % d'électeurs s'étant portés sur l'ancienne ministre de l'Environnement déterminer seuls leur vote du second tour.

Depuis cette décision, les sondages sont redevenus très favorables à Dilma Rousseff. La dernière enquête d'opinion disponible, réalisée par l'institut Vox Populi et diffusée lundi, crédite l'héritière de Lula de

49 % des intentions de vote contre 38 % pour l'ancien gouverneur de l'État de São Paulo. Après retrait des votes blancs ou nuls, Rousseff serait créditée de 57 % des suffrages valides contre 43 % pour Serra. Les autres instituts de sondage sont parvenus à des résultats similaires ces derniers jours.

José Serra, qui ne veut pas désarmer avant d'avoir livré l'ultime bataille, a poursuivi lundi soir le fil de sa campagne de second tour en tentant de lier son adversaire à un scandale de corruption qui a coûté sa place à Erenice Guerra. Cette proche collaboratrice de Dilma Rousseff est soupçonnée d'avoir mis en place un système de rétrocommissions dans le cadre de l'attribution de marchés publics.

«Son bras droit était une femme qui a bâti un gigantesque réseau de corruption et fait aujourd'hui l'objet d'une enquête», a martelé José Serra. «En 40 années au service du public, moi, je n'ai jamais été cerné par les scandales», a poursuivi le candidat du Parti social-démocrate brésilien (PSDB), âgé de 68 ans.

Peu suivi


Pas sûr cependant que l'attaque soit profitable: les débats télévisés ne sont pas très suivis au Brésil — un quart des électeurs les regarderait — et celui de lundi a débuté après 23h.

En outre, l'équipe de campagne de Dilma Rousseff a réussi à ramener la campagne sur son atout maître, la solide croissance de l'économie brésilienne, et à écarter les thèmes délicats pour elle de l'avortement et de la religion. Lundi soir, les échanges n'ont pas porté sur les valeurs morales.

Au point que Dilma Rousseff est aujourd'hui en tête des intentions de vote des électeurs se disant croyants, selon l'étude de Vox Populi.

Si elle est élue dimanche, l'héritière de Lula, ex-guérilléra emprisonnée au début des années 1970 et torturée sous la dictature militaire, deviendra à 62 ans la première femme portée à la présidence du Brésil.

D'ici là, José Serra aura encore l'occasion de tenter de la mettre en difficulté: un dernier débat est programmé vendredi.