Privatisation à Cuba: le taux de taxation pourra atteindre 50 % des revenus

Le gouvernement de Raul Castro ouvre à 178 métiers, dont celui de chauffeur de taxi, la privatisation devant permettre de compenser un peu la perte d’emplois dans le secteur public.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Adalberto Roque Le gouvernement de Raul Castro ouvre à 178 métiers, dont celui de chauffeur de taxi, la privatisation devant permettre de compenser un peu la perte d’emplois dans le secteur public.

La Havane — Le gouvernement de Raul Castro a annoncé hier le prélèvement d'un impôt pouvant atteindre 50 % des revenus pour les petits entrepreneurs privés dans le cadre d'une grande réforme du travail prévoyant la suppression de 500 000 postes dans le secteur public d'ici avril 2011.

Cette réforme, la plus importante en son genre depuis la Révolution de 1959 sur l'île confrontée à une crise socio-économique, ouvre à 178 métiers [fleuriste, plombier, maçon, chauffeur de taxi...] la privatisation entamée après la chute de l'allié soviétique en 1991 pour notamment compenser la suppression de postes publics.

Les travailleurs indépendants — au nombre de 144 000 fin 2009 — et les Cubains offrant en location leur habitation, doivent en contrepartie s'acquitter d'une licence et d'un impôt allant de 25 % de leurs revenus s'ils touchent entre 5000 [200 US$] et 10 000 pesos [400 US$] par an, à 50 % s'ils touchent 50 000 pesos [2000 US$] et plus par an. Ils doivent également souscrire à la sécurité sociale.

Le salaire mensuel moyen est de 20 dollars sur l'île communiste qui offre gratuitement l'éducation et les soins de santé.

Une taxe sur les ventes de 10 % est également appliquée à l'exception des produits agro-alimentaires soumis à une TVA de 5 %, selon le journal officiel qui ne fait pas mention de la possiblité très attendue pour les travailleurs indépendants d'obtenir des crédits bancaires. Ces derniers pourront toutefois pour la première fois depuis les nationalisations forcées de la fin des années 1960 embaucher des employés qui ne soient pas de leur parenté.

Le texte précise les règlements désormais en vigueur pour les travailleurs indépendants — et les amendes encourues en cas de non respect — ainsi que pour les fonctionnaires qui seront déclarés «disponibles» par un «Comité d'experts» de travailleurs.

Les fonctionnaires «mis en disponibilité» recevront un mois complet de salaire comme indemnisation et dans certains cas une proposition d'emploi dans des secteurs manquant de main-d'oeuvre, comme ceux du bâtiment ou de l'agriculture.

Les fonctionnaires qui, en un mois, n'auront pas trouvé un autre emploi auront droit de toucher 60 % de leur salaire de base pour une durée dépendant de leur ancienneté mais qui ne dépassera pas cinq mois. Ils n'auront pas droit à cette indemnisation s'ils refusent sans raison valable une proposition d'emploi.

Le président Raul Castro, qui avait annoncé en août cette réforme, s'est donné comme objectif depuis qu'il a formellement succédé à son frère Fidel en février 2008 d'augmenter la productivité et de réduire les dépenses d'un Etat ultra-bureaucratisé qui contrôle plus de 90 % de l'économie et emploie actuellement quelque 4,2 des 5 millions de travailleurs actifs.
6 commentaires
  • oracle - Inscrit 26 octobre 2010 08 h 19

    Aller au ciel sans devoir mourir.

    Si les chiffres de l'AFP sont exacts, avec 20 $ comme revenu mensuel, un Cubain moyen gagne actuellement 240 $ par an. Sous le nouveau régime, le même citoyen travaillant à son compte pour un revenu annuel de 200 $ se verrait soulagé d'un peu plus de 50 $ par le fisc.
    Le côté pernicieux de cette réforme est que celui qui vient d'être licencié par l'État n'aura aucun autre choix que de se recycler dans le privé, avec des revenus dramatiquement amoindris . Il faudra suivre attentivement l'évolution de l'économie cubaine dans les prochains mois. Les frères Castro devraient déjà savoir qu'on ne peut pas toujours emporter le beurre et l'argent du beurre, ni aller au ciel sans préalablement mourir.

    Pierre-Michel Sajous

  • Sylvain Archambault - Inscrit 26 octobre 2010 09 h 04

    Privatisation et Taux de taxation

    Cuba est confronté à une crise économique, lié à la crise mondiale. Ses entrées d'argent ont diminuées à cause de la baisse du prix de vente de ses ressources tandis que ses dépenses ont augmentées dû à la spéculation sur les aliments qui ont fait augmentés le prix des céréales. L'accroissement de la concentration de la richesse vers les quelques familles les plus riches de la planète est à la source des famines qui touchent plus d'une trentaine de pays. On se rappelle les manifestations pour avoir de la nourriture qui ont eu lieu dans différents pays. Pendant qu'un petit groupe dépense les richesses, des milliers de personnes meurent de la faim.
    Cuba ne fait pas face seulement à la crise. Il fait face au blocus américain, considérer comme un crime économique et un génocide par les lois internationales.( 19ième vote contre aujourd,hui)
    Mais en ce qui concerne la privatisation, les gens de Cuba possèdent à plus de 80% leur maison. Cela ne va pas à l'encontre du principe de contrôle collectif et démocratique de l'économie. Si on prend l'énoncé de l'article qui dit «le salaire moyen est de 20 dollars sur l'île communiste qui offre gratuitement l'éducation et les soins de santé», ce qui fait 240 par année. La taxation s'établiera donc pour les personnes qui font plus que le salaire moyen. Ce serait bon d'avoir cela ici, cela diminuerait les taxes pour nombre de familles ayant peu de revenu. Que les personnes qui ont plus de revenu soient plus imposées, permet une meilleure répartition de la richesse.
    Dans les conditions de Cuba, les mesures prisent permettent de relancer l'agriculture et de dévellopper une autonomie alimentaire. Parmi les besoins de base, il y a l'alimentation et si ce ne serait de la manière donc Cuba répartit sa richesse, le peuple serait dans les mêmes conditions qu'Haiti. Mais effectivement il y a un accent mis sur la santé et l'éducation, parce que vivre et s'émanciper, il faut comme la vieil maxi

  • MJ - Inscrite 26 octobre 2010 10 h 18

    Un petit pays du point de vue géographique mais courageux et égalitaire

    L’embargo économique américain des années 1960 à aujourd’hui a créé une pénurie de produits sur cette île des Antilles qui a survécu malgré tout grâce à son industrie touristique.

    Elle offre à sa population la gratuité des soins de santé (parmi les meilleurs médecins au monde) et de l’éducation universitaire. Pas négligeable! Le climat y est clément, donc pas de coûts liés au chauffage sauf pour la climatisation, essentiellement présente pour les habitations destinées aux touristes nordiques, habitués à leur confort. Le coût de la vie y est abordable.

    Beaucoup de Cubains désiraient une économie de marché et l’instauration du travail autonome (peti entrepreneur privé). Le gouvernement devant l’impasse socio-économique actuelle répond à la demande populaire et s’ouvre tranquillement à la liberté contractuelle via la possibilité d’exercer des métiers divers en tant que travailleurs autonomes.

  • MJ - Inscrite 26 octobre 2010 10 h 21

    Un petit pays du point de vue géographie mais courageux et égalitaire (suite)

    Le niveau de taxation est élevé pour ces petits entrepreneurs en devenir mais cela va dans le sens des valeurs collectives de partage des richesses, sans privilégier le privé sur le public. La bureaucratie de l’Etat était prégnante et les choix du gouvernement semblent aller vers un plus grand équilibre entre secteurs public et privé. Il faut noter que le gouvernement par sa politique fiscale, ne crée pas d’écarts déraisonnables entre les revenus de ses habitants. On verra comment se déroulera cette réforme importante à Cuba.

    Il semble y avoir des besoins prioritaires dans le domaine de la construction et de l’agriculture. La fin de l’approvisionnement en pétrole de la part des pays de l’Est, depuis l’effondrement du régime soviétique en 1990, a amené des réaménagements majeurs dans le domaine agraire. Ils n’utilisent presque pas, sinon pas de machinerie lourde énergivore et le style d’agriculture pratiqué ressemble aux sociétés agraires pré-industrielles. Les Cubains ne pratiquent pas la monoculture qui épuise les terres. Afin de subvenir aux besoins de leur population, ils cultivent leurs terres selon une approche de biodiversité qui fournit une bonne variété de produits agricoles, tout autant qu’un meilleur rendement. J’ai vu un aperçu de leur mode de culture à l’émission “La semaine verte”, si je me rappelle bien.

  • Sylvain Archambault - Inscrit 26 octobre 2010 12 h 53

    Aujourd'hui encore les pays du monde l'ont confirmés. 187 contre 2

    Encore et pour le 19 ième fois consécutives, les pays du monde réclament la fin du génocide, du crime économique, de l'agression unilatéral de États-Unis envers Cuba. Les interventions mentionnaient que cette agression et une négation foncamentale des droits de l'homme. ILs réclament que les É.U. respectent le droit international.