Choléra en Haïti - L'épidémie menace Port-au-Prince

Mieux vaut prévenir que guérir: hier, l’hôpital Saint-Nicolas à Saint-Marc, dans le nord de Port-au-Prince, était «assiégé» par des centaines d’habitants de la capitale haïtienne.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Thony Belizaire Mieux vaut prévenir que guérir: hier, l’hôpital Saint-Nicolas à Saint-Marc, dans le nord de Port-au-Prince, était «assiégé» par des centaines d’habitants de la capitale haïtienne.

L'épidémie de choléra, qui a fait plus de 250 morts dans le centre d'Haïti, menace la capitale Port-au-Prince et ses camps de fortune, où vivent des centaines de milliers de rescapés du séisme du 12 janvier dernier.

Le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (Office for the Coordination of Humanitarian Affairs, OCHA) a fait état, ce week-end, de cinq cas de choléra à Port-au-Prince, où les autorités sanitaires et les organisations non gouvernementales sont sur un pied de guerre.

«Ces cas ne constituaient pas une propagation de l'épidémie, car il ne s'agit pas d'un nouveau foyer d'infection», a rapidement fait savoir l'OCHA. Quatre malades étaient originaires du département de l'Artibonite, où l'épidémie frappe le plus, et un du département du Centre.

Les autorités sanitaires faisaient état, hier, d'au moins 250 décès et de plus de 3000 malades du choléra, surtout dans l'Artibonite. Dix cas de choléra ont été signalés à Gonaïves, la ville la populeuse du département, selon l'organisation humanitaire Partners in Health.

Le nombre de cas augmente dans les villes proches de la capitale. Des patients seraient venus se faire soigner dans des hôpitaux plus proches de Port-au-Prince puisque celui de Saint-Nicolas à Saint-Marc, au bord de la mer, est débordé, a expliqué la porte-parole de l'agglomération Margaret Aguirre. Quelque 3000 personnes ont été admises dans les hôpitaux et centres de santé de la seule ville de Saint-Marc. Médecins sans Frontières a promis d'implanter un hôpital de campagne dans la ville, et Oxfam s'est engagé à envoyer des spécialistes pour «mettre sur pied un plan d'alimentation en eau, hygiène et sanitaires pour 100 000 personnes».

«Si le choléra arrivait aux portes des camps et aux alentours de la capitale, nous serions dévastés», a souligné la directrice de CARE en Haïti, Virginia Ubik. «Les gens vivent à une proximité telle que la moindre présence du virus risquerait de s'étendre à un rythme incontrôlable. L'hygiène est inexistante dans les camps, le peuple est donc à risque devant toutes formes de maladies. Nous sommes extrêmement chanceux de n'avoir connu jusqu'à maintenant aucune épidémie majeure de maladies depuis le tremblement de terre, mais, maintenant, tout peut changer», a-t-elle expliqué.

Dans le département de l'Ouest, où se trouve la capitale, les autorités ont confirmé au moins cinq cas de choléra à Arcahaie et quatre autres à Limbé. À la prison de Mirebalais, au nord de Port-au-Prince, 50 détenus sont malades, selon le ministère de la Santé. Des experts examinaient aussi des cas possibles de choléra à Croix-des-Bouquets, un faubourg de la capitale où est sise une gare routière très fréquentée. «C'est un pays très mobile. Cela peut se répandre comme une traînée de poudre», a fait valoir Paul Namphy, de l'agence nationale de l'eau en Haïti.

Eau potable


L'agence de l'eau a augmenté la quantité de chlore dans l'eau potable, rappelant que le choléra est une infection propagée par un bacille présent dans l'eau ou des aliments contaminés. Des organisations humanitaires fournissent quant à elles du savon et des comprimés de purification de l'eau et enseignent aux habitants de Port-au-Prince l'importance de se laver les mains.

Mark Schuller, un employé humanitaire travaillant pour International Action Ties, a déclaré qu'il avait, avec d'autres collègues, rencontré des réfugiés dans les camps au cours des derniers jours et qu'il était étonné du fait que «beaucoup de ces gens ne savent même pas qu'il y une épidémie de choléra».

La porte-parole de la Croix-Rouge, Julie Sell, a indiqué que des équipes commenceraient aujourd'hui à expliquer aux réfugiés du tremblement de terre dans les camps comment se prémunir contre le choléra. L'Organisation internationale pour les migrations (OIM) formait aussi du personnel avant de dépêcher 64 employés dans les camps aujourd'hui, selon sa porte-parole, Sabina Carlson, qui a précisé que l'OIM avait commencé par envoyer des messages par SMS sur les voies de propagation et de prévention du choléra. «C'est une maladie très nouvelle en Haïti. Nous devons nous assurer d'avoir toutes les informations en bon ordre», a-t-elle souligné.

En marge du Sommet de la Francophonie, le premier ministre Stephen Harper a fait savoir que le Canada fournira de l'aide de base à Haïti en réponse à l'épidémie de choléra. «Le Canada va continuer de répondre aux besoins du peuple haïtien, qui connaît de graves problèmes depuis le tremblement de terre», a assuré M. Harper.

Le gouvernement canadien va octroyer une aide maximale d'un million de dollars pour endiguer l'épidémie et prévenir d'autres pertes de vie. De ce montant, 450 000 $ ont déjà été affectés en réponse à l'appel lancé par l'Organisation panaméricaine de la santé.

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D'après l'Associated Press et l'Agence France-Presse