Haïti au temps du choléra

Des parents d’Haïtiens souffrant du choléra attendent des nouvelles de leurs proches à l’extérieur d’un hôpital de la ville de Saint-Marc. <br />
Photo: Agence Reuters St-Felix Evens Des parents d’Haïtiens souffrant du choléra attendent des nouvelles de leurs proches à l’extérieur d’un hôpital de la ville de Saint-Marc.

L'épidémie de choléra qui sévit dans le nord d'Haïti depuis quelques jours a mis le pays en état d'«alerte maximale», hier, alors que l'Organisation panaméricaine de la santé (OPS) prévoit qu'elle s'étendra avant d'être freinée. Déjà, deux cas ont été confirmés dans la région administrative de la capitale, Port-au-Prince.

L'infection a fait au moins 150 morts jusqu'à présent. Et la situation dans les hôpitaux de la région rurale d'Artibonite tend à confirmer les prévisions de l'OPS. «Les malades continuent d'arriver et nous n'avons pas suffisamment d'espace pour les accueillir», raconte le responsable de l'unité sanitaire de la région, le Dr Raoul Voncent, tandis que des patients se font soigner à même le sol tout près de lui. Selon des médias locaux, des malades meurent sur la route qui les sépare de l'hôpital.

Neuf mois après le séisme qui a fait 250 000 morts autour de Port-au-Prince, le gouvernement haïtien est à nouveau ébranlé par une grave alerte. «Nous sommes en état d'urgence sanitaire, c'est un nouveau malheur qui frappe le pays», a affirmé le ministre haïtien de la Santé, le Dr Alex Larsen. Il a déclaré hier qu'il s'agit du type de choléra qui est le plus dangereux, soit la souche «01». «Cette maladie est très dangereuse. Elle peut tuer en trois heures, car une fois que la diarrhée commence, elle ne s'arrête pas.» Le malade se déshydrate ainsi rapidement et a besoin d'antibiotiques, en plus de liquide pour se réhydrater.

L'OMS sur place


L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a envoyé cinq experts sur le terrain pour surveiller et évaluer la situation, en plus de mobiliser des équipes médicales et de coordonner l'envoi de matériel de soin. L'assistante du secrétaire général des Nations unies pour les affaires humanitaires, Catherine Bragg, a dit que les responsables ne savent pas quand la crise sera maîtrisée. «Les décès attribuables au choléra peuvent être évités, et nous faisons tout ce que nous pouvons. Néanmoins, il est clair que nous devons en faire plus», a dit Mme Bragg, au siège social de l'organisation internationale, à New York. La vitesse de propagation de la maladie inquiète l'organisation.

Les Haïtiens n'ont aucune immunité contre le choléra, puisque la population n'a jamais été exposée à cette infection. Le choléra n'avait pas été repéré dans le pays depuis au moins 100 ans. Mais l'infection peut être évitée si les Haïtiens appliquent les mesures de prévention, selon le directeur adjoint de l'OPS, le Dr Jon Andrus.

La ministre de la Coopération internationale, Bev Oda, définira ce soir l'aide que fournira le Canada.

Les autorités médicales s'inquiètent à l'idée que l'épidémie puisse se rendre jusque dans les camps de réfugiés du séisme, établis dans la capitale, où vivent 1,5 million de sans-abri dans des camps de fortune. «Ce sera très, très dangereux, prévient le président de l'Association médicale haïtienne, Claude Surena. Port-au-Prince compte plus de 2,4 millions de personnes, et la façon dont elles vivent est déjà assez risquée», a-t-il ajouté.

La présence de nombreux organismes humanitaires, en raison du séisme, est une bénédiction pour le pays, selon le Dr Andrus, de l'OPS. «Nous avons heureusement un partenariat [d'intervention] qui n'a jamais été aussi solide», rappelle-t-il.

L'aide n'est toutefois pas encore toute parvenue dans les régions touchées par le choléra, selon les médecins interrogés. Les hôpitaux manquent de médicaments et sont débordés. «Nous avons un problème de véhicules pour transporter les malades et le personnel pour les soigner», raconte le responsable de l'unité sanitaire de l'Artibonite, le Dr Raoul Voncent. Le ministère de la Santé d'Haïti a envoyé trois ambulances supplémentaires dans la région, hier. Les organismes humanitaires présents dans le pays acheminaient, hier, du matériel vers le centre d'Haïti.

Informer la population

Après une réunion du gouvernement avec les autorités sanitaires, le président haïtien René Préval a indiqué que son équipe tente «maintenant de [s']assurer que la population est pleinement informée des mesures de précaution à prendre pour éviter d'être contaminée». Le choléra se contracte par ingestion d'eau et de nourriture infectée. Le fleuve de la région d'Artibonite, qui porte le même nom, semble contaminé. Il irrigue tout le centre du pays et des Haïtiens s'y abreuvent. Les Haïtiens doivent donc s'assurer que l'eau consommée et utilisée pour la cuisine est sûre ou traitée.

Des examens ont été réalisés en laboratoire pour déterminer la cause de l'apparition du choléra. La mauvaise qualité de l'eau et les faiblesses du réseau sanitaire et des conditions d'hygiène favorisent généralement l'apparition de la maladie.

Hors des frontières

La République dominicaine, voisine d'Haïti, a lancé hier un programme de veille de l'épidémie. L'arrivée du choléra en Haïti «représente tout le danger du monde» pour les Dominicains, puisque les épidémies ne s'arrêtent pas aux frontières, rappelle le ministre de la Santé publique dominicain, Bautista Rojas Gomez. «Il n'y a pas de possibilité d'empêcher une bactérie ou un virus de passer.» Aucun cas n'a été rapporté pour l'instant dans ce pays. Les centres de santé haïtiens à la frontière des deux pays se préparent tout de même à affronter une éventuelle propagation jusque-là.

Selon l'OMS, le choléra est toujours une menace dans le monde et est un bon indicateur du développement social. Hier, le Fonds des Nations unies pour l'enfance annonçait que 1555 personnes sont mortes après avoir contracté le choléra depuis janvier au Nigéria, pays d'Afrique de l'Ouest qui connaît aussi une épidémie.

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D'après l'Agence France-Presse et Reuters
5 commentaires
  • oracle - Inscrit 23 octobre 2010 08 h 05

    La vérité SVP.

    Il est utile de noter que le fleuve Artibonite, qui prend sa source en République Dominicaine voisine, est sans aucun doute le point de départ de la contamination, à partir d'un point précis de son parcours, le Plateau Central haitien. Ce cours d'eau n'a absolument aucun rapport avec les zones affectées par le séisme du 12 janvier dernier. Les ONGs devraient éviter de sauter à nouveau sur ce prétexte pour gonfler davantage leurs portefeuilles déjà bien garnis de millions n'ayant jusqu'ici servi à rien du tout pour l'avancement d'Haiti.
    De grâce messieurs et dames les "bienfaiteurs", pitié pour un petit peuple tétanisé par la misère et privé d'informations conséquentes pour agir sur son destin.

    Pierre-Michel Sajous

  • glanglais - Inscrit 23 octobre 2010 09 h 32

    Pauvre peuple

    Bonjour,

    De pseudo-leaders haïtiens voudront encore profiter de ce nouveau malheur qui frappe leur peuple, le choléra. Ils doivent attendre avec impatience l'arrivée de médicaments gratuits, fournis par l'aide internationale, pour les détourner puis les vendre aux mourants. La misère en Haïti est incrustée et perdurable. Tant et aussi longtemps que les chefs d'état étrangers commettront l'erreur de toujours parler avec leurs vis-à-vis de Port-au-Prince, les cadavres continueront à joncher le sol de l'Île aux malheurs. Pour sauver des décennies sinon des siècles de souffrances au peuple haïtien, il faudrait commencer par se débarrasser intégralement de tous ceux qui prétendent à la moindre parcelle de pouvoir chez ces miséreux.

    Gaston Langlais - Gaspé

  • Fernande Trottier - Abonnée 23 octobre 2010 23 h 30

    les haïtiens ont tous les malheurs du monde...

    Si nous étions surs que nos dons se rendent et sont utilisés pas dans un an mais tout de suite... et pour traiter ceux qui sont malades, je n'hésiterais pas à les aider, mais quand on nous dit que les ONG mènent en Haïti, ce dont je me dou-
    tais bien avant que ce soit confirmé, je n'ai pas envie de leur payer une belle vie;
    comment expliquer que ce qui a été donné en janvier est arrêté q.q. part, cela me révolte... qui s'emplit les poches ? le gouvernememt, les ONG, les pilleurs, etc... j'ai couriellé avec la Croix Rouge et on m'a répondu mais pas à la question
    que je posais... f.t.

  • Ronald CAZEAU - Inscrit 24 octobre 2010 08 h 23

    C'était prévisible

    Après le 12 janvier, malgré les éfforts que la communauté internationale a fait pour venir en aide en urgence avec le peuple haïtien, l'argent est resté entre les mains des "ONG" qui ont les gros frais de fonctionnement, une fois encore le peuple se fait anarquer.
    Où sont passé les aides promises, les 12 milliards de dollars). Après une telle catastrophe et un peuple qui est larché tout seul, peusonne ne peut dire que cet épidémie n'était pas prévisible.
    Si non on prend vraiment pour des bêtes, si c'est pour donner et pour rendre les responsables des grand "ONGS deviennent plus riche, alors vaut mieux qu'on réfléchisse autrement.
    Mr CAZEAU Ronld
    Secretaire général FHAH
    www.fhah.org

  • France Marcotte - Inscrite 24 octobre 2010 13 h 43

    Le temps recule en Haïti

    Nous voilà rendu au XIXe siècle, dans le roman de Gabriel Garcia Marquez. Mais alors, c'était l'amour au temps du choléra. C'est vrai que l'amour n'a pas d'âge. Si notre argent bloqué n'a pu prévenir ce recul, ne reste-t-il à présent qu'à espérer que l'amour fera mieux l'ouvrage?