La prison à vie pour les tueurs de journalistes

Ciudad Juarez — L'État le plus violent du Mexique, miné par le trafic de drogue, a décidé que les meurtriers de journalistes seraient désormais passibles de la prison à perpétuité, mais des ONG et médias doutent de l'efficacité de cette mesure.

Le Congrès de l'État de Chihuahua, à la frontière avec les États-Unis, a annoncé sur sa page Internet qu'il avait inclus jeudi, par un vote à l'unanimité, dans son code pénal la prison à vie «pour les homicides contre des journalistes».

«C'est un pas très intéressant. Mais cela ne sert pas à grand-chose qu'il y ait des peines plus lourdes s'il n'y a pas d'enquêtes, s'il n'y a pas de coupables. Et il n'y en a pas», a dit à l'AFP Mike O'Connor, représentant au Mexique du Comité de protection des journalistes (CPJ), dont le siège est à New York.

Le Mexique est considéré comme le pays le plus dangereux pour la presse en Amérique latine, et l'État de Chihuahua, où se trouve la ville de Ciudad Juarez à la sinistre réputation, est sur la liste noire en matières d'assassinats de journalistes.

En tout, 12 journalistes y ont été tués depuis 1991, et personne n'a été condamné, assure la Société interaméricaine de Presse (SIP), dont le siège se trouve à Miami.

De fait, il n'y a qu'une seule personne sous les verrous pour tous ces meurtres, selon la SIP.

Il s'agit d'un suspect de l'homicide en 2008 du reporter du Diario Juarez Armando Rodriguez, mais de sérieux doutes pèsent sur son implication réelle. Ses proches affirment qu'on l'a torturé pour lui extorquer des aveux. L'État de Chihuahua et surtout la ville de Ciudad Juarez (1,3 million d'habitants et le taux d'homicides le plus élevé du pays, 2000 par an), sont l'épicentre de la politique antidrogue du président mexicain Felipe Calderon. Soixante-huit professionnels des médias mexicains ont été tués depuis 2000, 11 depuis le début de l'année, selon Reporters sans frontières (RSF).