La véritable histoire des mineurs au Chili commence à faire surface

Copiapo, Chili — Après le soulagement et l'euphorie de la remontée à la surface, sains et saufs, des 33 mineurs au Chili, la véritable histoire des «emmurés de l'Atacama» commence à filtrer par bribes.

Ainsi, les familles de certains d'entre eux ont appris pour la première fois comment, acculés au désespoir, les «33» ont incendié des pneus, déclenché des explosifs et bu de l'eau contaminée au pétrole pendant les 17 jours qui ont précédé leur localisation après l'effondrement de terrain.

«Le pire moment fut lors du second éboulement, lorsque le puits a été entièrement obstrué. J'ai alors pensé que je ne reverrais jamais plus ma femme et que je ne ferais jamais la connaissance de mon futur fils, a raconté Richard Villarroel, un mineur âgé de 27 ans. Lorsque je priais, je priais en fait pour eux.»

Après leur sauvetage, mercredi, les mineurs ont paru en bonne forme relative, dotés d'un moral également bon après 69 jours passés dans les entrailles de la Terre.

Et pourtant, plusieurs miraculés de l'Atacama ont avoué avoir eu peur de mourir lors des premières semaines de leur captivité.

Selon le témoignage de Richard Villarroel, les «33» se sont précipités vers les conduites d'air pour faire brûler des pneus afin d'attirer l'attention des sauveteurs en surface.

Comprenant que leur odyssée risquait de durer un certain temps, les mineurs ont limité leur alimentation quotidienne à deux cuillères de thon et à la moitié d'un biscuit sec chacun.

Lorsque le bruit des premiers travaux de forage est parvenu à leurs oreilles, le 22 août, les emmurés se nourrissaient très légèrement toutes les deux heures. Et quand leur réserve d'eau minérale est tombée à seulement dix litres, ils ont commencé à boire de l'eau provenant de fûts métalliques contenant des restes d'huile de moteur.

«Nous nous sommes serré les coudes dans les moments difficiles, lorsque nous n'avions plus rien, lorsque nous nous sommes résolus à boire de l'eau qui n'était pas potable», a raconté un autre mineur, Franklin Lobos.

Problèmes psychologiques

Les 33 mineurs doivent également se remettre de leurs émotions, ce qui prendra sans doute des semaines, voire des mois.

«Certains mineurs sont dans un état très délicat sur le plan psychologique», a déclaré hier le ministre de la Santé, Jaime Manlich.

«Ils font des cauchemars et se sentent angoissés. Ils vont passer par une période très difficile d'adaptation à la vie normale», a-t-il ajouté.

Les mineurs ont expliqué avoir senti poindre le désespoir durant les 17 premiers jours après l'effondrement de la mine de San José, où ils ont été bloqués 69 jours au total, lorsqu'ils n'étaient pas même certains que les recherches se poursuivaient.

Mais ils ont retrouvé le moral quand ils ont entendu les foreuses s'approcher de la cavité où ils avaient trouvé refuge, bien qu'une d'entre elles les ait manqués de quelques mètres.

Une fois atteints par une équipe de sauveteurs, ils ont gardé le contact avec des psychologues dont le soutien leur a permis de tenir moralement. L'étroit conduit qui les reliait à la surface leur a aussi permis d'être ravitaillés.

Mais ils subissent maintenant le contrecoup de leurs jours les plus sombres dans la mine.
 
3 commentaires
  • Pierre Rousseau - Abonné 16 octobre 2010 11 h 50

    La cause

    Il ne faut pas oublier non plus que la cause de cet effondrement réside dans le fait que cette minière se fichait éperdument de la sécurité de ses mineurs et que le Chili, qui a quand même des lois sur la sécurité dans les mines, ne fait pas grand chose pour les faire respecter. Souvent des lois très progressistes dans les livres ne sont tout simplement pas mises en vigueur.

    Il faut aussi se souvenir que les femmes des mineurs ont campé sur place dès les débuts, craignant que la minière et le gouvernement ne fassent pas d'efforts pour retrouver et sauver les mineurs. Ils avaient d'ailleurs déclaré au début que ces mineurs étaient probablement morts. C'est grâce à ces femmes de mineurs et, éventuellement, aux journalistes, que le gouvernement a mis autant d'efforts à les récupérer. Ça n'enlève rien aux sauveteurs qui ont fait une oeuvre admirable mais il ne faut pas non plus être naïfs et penser que le gouvernement chilien est tout à fait transparent dans cette affaire.

    Les 33 ont été victimes des pratiques laxistes des minières chiliennes et internationales au Chili et à la tolérance du gouvernement chilien qui n'a jamais fait grand chose pour faire respecter ses lois, de peur de perdre des minières et des emplois... Ils préféraient perdre des mineurs plutôt que des emplois. Espérons que les choses vont changer suite à cet incident qui a eu un impact indélébile sur les 33 victimes de cet accident.

  • Pierre-E. Paradis - Inscrit 16 octobre 2010 14 h 23

    Ça pourrait arriver dans notre p'tit Québec néo-duplessiste

    Vu l'aplat-ventrisme et l'amateurisme qui règnent à Québec dans le dossier des ressources naturelles, je me dis que ça pourrait bien nous arriver.

    Si le gouvernement n'est même pas capable de se faire payer en totalité les ridicules redevances qu'il exige des compagnies minières, qu'en est-il de sa capacité à faire appliquer les lois sur la sécurité au travail et l'environnement?

    Si un tel accident arrivait, je vois tout de suite Mme Normandeau appeler Ottawa à la rescousse. On aurait de belles nacelles rouges et blanches avec un « flag », gracieuseté d'une administration incapable d'entretenir correctement les ponts, d'assurer la pérennité des voies ferrées, de restaurer la centrale de Chalk River pour le bénéfice de la médecine, et qui laisse les compagnies aériennes s'auto-inspecter...

  • Nelson - Inscrit 17 octobre 2010 19 h 32

    L'humanité toute entière se sentit coincé dans le trou sous terre à 700 metres de profondeur.

    Nous nous sommes tous senti angoissés et à la place des 33 mineurs chiliens, et pour cela la mobilisation a été au niveau mondiale, pour les sauver.

    Machineries alemandes, américaines et canadiennes, à part de la contribution locale, ont été mis a contribution.

    Il est comme même positif et encourageant constater une fois de plus que nous sommes tous des soeurs et frères sur et sous la planète.