Retour à la normale en Équateur

Cette policière, qui se tenait hier devant le quartier général de la police, à Quito, aura bientôt un nouveau patron.<br />
Photo: Agence Reuters Guillermo Granja Cette policière, qui se tenait hier devant le quartier général de la police, à Quito, aura bientôt un nouveau patron.

Quito — Une certaine normalité régnait hier en Équateur au lendemain d'une rébellion policière qualifiée par le président Rafael Correa de «tentative de coup d'État», qui s'est soldée par la mort d'au moins deux personnes lors d'affrontements entre policiers et militaires.

Selon la présidence, Rafael Correa a repris vers 9h ses activités normales, sous haute garde de l'armée, qui a instauré un périmètre de sécurité élargi autour du palais présidentiel, dans le centre colonial de Quito.

Douze heures plus tôt, le président quittait l'hôpital de Quito où il était retenu depuis la mi-journée, protégé par des militaires et une unité de police d'élite, au milieu d'un échange nourri de tirs avec les rebelles, diffusé en direct par les télévisions.

Selon la Croix-Rouge, au moins deux personnes ont été tuées et 37 blessées durant cette opération, dénouement d'une journée de violences motivées, selon les manifestants, par l'adoption d'une loi réduisant les primes à l'ancienneté au sein des forces de l'ordre.

Hier matin, le chef de la police Freddy Martinez, a présenté sa démission pour n'avoir pas su éviter la rébellion. Il a assuré qu'un «calme relatif» régnait au sein de l'institution de quelque 40 000 membres.

Le Congrès, occupé jeudi par des policiers, et l'aéroport international, bloqué plusieurs heures par un groupe de militaires, fonctionnaient également de nouveau normalement hier, selon des journalistes de l'AFP.

Les frontières terrestres avec la Colombie et le Pérou, fermées la veille, ont en outre été rouvertes.

La police va désormais «chercher à se réconcilier avec la société» équatorienne, a assuré le ministre de l'Intérieur Gustavo Jalkh.

Selon le vice-ministre de l'Intérieur Edwin Jarrin, interrogé par l'AFP, seuls 600 policiers ont participé à cette rébellion dans cinq des 24 provinces du pays.

Une source proche de la rébellion a pour sa part estimé qu'au moins 2300 agents s'étaient joints au mouvement dans la capitale, un chiffre corroboré par des photographes et journalistes.

Rafael Correa, qui n'a pas levé l'état d'urgence instauré jeudi, attendait aussi vendredi la visite d'une délégation de ministres des Affaires étrangères membres de l'Union des nations sud-américaines. Les ministres devaient arriver dans la capitale aux alentours de 16h, pour lui exprimer le soutien de leurs nations.

Le secrétaire général de l'Organisation des États américains (OEA) José Miguel Insulza, a également annoncé qu'il se rendrait en Équateur pour exprimer «en personne son soutien et sa solidarité» avec le gouvernement en place.

Le président de l'Union européenne, Herman Van Rompuy, s'est lui dit «rassuré» sur la situation dans ce petit pays andin de 14 millions d'habitants, ajoutant que l'Union européenne soutenait «pleinement» Rafael Correa.

«Jour triste»

Ce fut «l'un des jours les plus tristes de ma vie», avait lancé la veille Rafael Correa aux partisans accourus aux abords du palais présidentiel après sa «libération». «L'Histoire jugera», a-t-il ajouté, alors que la justice a déjà annoncé de lourdes sanctions contre les mutins.

M. Correa a désigné Lucio Gutierrez, ancien putschiste élu président puis renversé en 2005, comme l'un des instigateurs de la rébellion, ce que ce dernier a démenti.

Rafael Correa, au pouvoir depuis janvier 2007, a multiplié les programmes sociaux dans ce pays où 38 % de la population vit sous le seuil de pauvreté avant de voir sa popularité s'effriter ces derniers mois.

Depuis plusieurs mois, il affrontait la fronde de divers secteurs de la société, dont les indigènes, les enseignants, ou encore les chauffeurs, ainsi que des divisions au sein même de sa majorité.