Le Salvador interdit les maras

Alex Danilo Ramirez, un des dirigeants de la Mara 18, a été arrêté l’an dernier au Guatemala.
Photo: Agence France-Presse (photo) Alexander Martinez Alex Danilo Ramirez, un des dirigeants de la Mara 18, a été arrêté l’an dernier au Guatemala.

San Salvador — La toute nouvelle loi du Salvador interdisant les maras, ces bandes redoutées aux membres tatoués, suscite le scepticisme des milieux judiciaires et inquiète les pays voisins, qui redoutent une fuite des délinquants vers leur territoire.

«Celui qui rejoindra une telle bande sera puni de 4 à 6 ans de prison, les organisateurs ou dirigeants de 7 à 10 ans», indique le décret d'application de la nouvelle loi, entrée en vigueur dimanche. Le criminalité est en forte hausse au Salvador, avec une moyenne de 13 assassinats par jour et de très nombreuses attaques à main armée commises par les membres de ces bandes.

La Mara 18 et la Mara Salvatrucha, les gangs les plus célèbres, sont nées dans les années 80 dans les quartiers latinos de Los Angeles, puis le phénomène a gagné l'Amérique centrale avec l'expulsion de centaines de jeunes des États-Unis vers leur pays d'origine. Bien que 7000 de leurs membres soient en prison, elles pourraient toujours s'appuyer sur 9000 à 20 000 hommes, des jeunes recrutés dans les quartiers pauvres.

Les maras, abréviation de «marabunta», une fourmi carnivore d'Amazonie, comptent aussi des dizaines de milliers de membres aux États-Unis, au Honduras ou au Guatemala.

Au Salvador, la Mara 18 et la Mara Salvatrucha, impliquées dans le trafic de drogue et d'armes, l'extorsion et les enlèvements, ont également fait étalage de leur poids au début du mois en bloquant pendant trois jours les transports publics pour tenter d'empêcher la promulgation de la loi les interdisant.

Le procureur aux droits de la personne, Oscar Luna, a cependant relativisé l'impact de ce texte, en appelant les autorités à ne pas donner «de faux espoirs» quant à son efficacité. Les deux pays voisins, le Guatemala et le Honduras, eux, ne cachent pas leur inquiétude.

«Nous n'allons pas laisser les gangsters du Salvador utiliser le Honduras comme camp de vacances ou y venir en cure thermale», a affirmé lundi le ministre hondurien de la Sécurité, Oscar Alvarez. Des unités spéciales sont en alerte à la frontière, a-t-il ajouté.

Le Guatemala renforce lui aussi les contrôles à la frontière du Salvador, d'autant qu'il a déjà fort à faire avec les gangs mexicains. «Nous sommes pleins de Zetas [ membres de gangs mexicains]. Ils ont commencé à s'installer au Guatemala en 2004 et le mouvement s'est intensifié en 2007», a expliqué le président, Alvaro Colom, dans une interview au quotidien mexicain La Jornada.

Les Zetas, créés au Mexique à la fin des années 90 par des déserteurs des troupes d'élite de l'armée et tenus pour responsables du massacre récent de 72 clandestins près de la frontière américaine, sont «déjà parvenus à contrôler quatre régions» du Guatemala, selon M. Colom. Deux régions ont toutefois été récupérées par le gouvernement, ajoute-t-il.