Haïti - L'ONU s'inquiète de la mainmise des gangs sur les camps de réfugiés

New York — La sécurité demeure fragile en Haïti à l'approche des élections présidentielle et législatives du 29 novembre qui risquent d'être affectées par un nombre croissant d'armes en circulation et un trafic de drogue qui se renforce, soulignait mardi un rapport de l'ONU.

Ce nouveau rapport sur Haïti, touché par un tremblement de terre de magnitude 7 qui a tué 250 000 personnes le 12 janvier, souligne que les gangs ont augmenté leur emprise sur beaucoup des 1300 camps où vivent encore quelque 1,3 million de réfugiés.

«La situation de la sécurité en Haïti reste généralement calme, mais fragile. La sécurité dans les camps de personnes déplacées, en particulier la vulnérabilité des femmes et des enfants et l'étendue des violences sexuelles demeurent un motif d'inquiétude, en particulier dans les camps qui jouxtent les zones traditionnelles de bidonvilles comme la Cité Soleil et Martissant», ajoute le document.

«La période électorale pourrait apporter de nouveaux risques pour la stabilité. La MINUSTAH [mission de l'ONU en Haïti] a noté un nombre croissant d'armes en circulation, en particulier dans les zones de la capitale traditionnellement touchées par le crime», indique le rapport.

«En outre, il existe un risque que la campagne pour les élections à venir, surtout les élections législatives, soit affectée par des financements provenant d'activités illégales, y compris le trafic de drogue qui continue d'être un facteur déstabilisant en Haïti», explique la Minustah.

«Le transfert de drogue en Haïti est un problème qui, s'il n'est pas maîtrisé, va saper tous les efforts du gouvernement et de la communauté internationale pour construire les institutions de l'État et la stabilité politique», explique le rapport.

«Le trafic de cocaïne qui transite de Haïti vers les États-Unis, déjà important, a, semble-t-il augmenté depuis janvier, conséquence d'une autorité de l'État affaiblie par le séisme», souligne l'ONU.

«L'argent de la drogue, qui continue de trouver son chemin dans l'appareil de l'État, a eu un effet corrosif sur des institutions majeures telles que les douanes et des responsables de la justice», estime l'ONU. «Les incidents liés aux activités criminelles, notamment les kidnappings pour obtenir des rançons, ont augmenté depuis le tremblement de terre», relève encore le rapport.

Sur le plan humanitaire, le gouvernement haïtien estime qu'il reste 1,3 million de personnes déplacées, réparties dans quelque 1300 sites d'accueil à Port-au-Prince, Jacmel et Léogâne de même que dans le département d'Artibonite, selon l'ONU.

Dans le cadre du processus électoral, la MINUSTAH et le Conseil électoral provisoire ont inspecté la totalité des 1483 centres de vote à travers le pays et ont identifié de nouveaux sites devant remplacer ceux qui ont été endommagés lors du séisme, poursuit la MINUSTAH.

La partie militaire de la MINUSTAH continue de distribuer une aide critique aux réfugiés tout en reportant progressivement ses priorités sur trois secteurs: assurer un environnement sûr et stable, préparer des réponses aux désastres naturels et un soutien aux élections.

L'ONU souligne encore que «les conditions de vie dans les camps, y compris ceux qui sont surpeuplés» ont «contribué à des incidents sécuritaires, y compris des violences sexuelles».

«Les cas d'évictions forcées et parfois violentes sont devenus de plus en plus courants au cours des derniers mois, avec les propriétaires voulant récupérer leur propriété.»